Illusion du mur du café

par Jean Marie Champeau 19 Janvier 2021, 10:54 illusion géométrique

L'illusion du mur du café est une illusion d'optique qui fait apparaître comme convergentes des droites parallèles. Hugo Münsterberg avait créé vers 1890, une illusion similaire qu’il appelait l'échiquier décalé. Elle a été décrite pour la première fois en 1898 sous le nom d'illusion de jardin d'enfants. Richard Gregory lui a donné ce nom en 1979. Un collaborateur avait observé ce curieux effet dans les carreaux de faïence du mur extérieur d'un café de Bristol

Description de l’illusion

lignes parallèles de briques noires et blanches semblent converger

L'illusion du mur du café présente des colonnes de carreaux sombres et clairs légèrement décalées à chaque rang. L'illusion ne se produit pleinement que si une fine ligne de mortier, à peine visible et de teinte intermédiaire à celles des carreaux, sépare chaque rangée. Un effet de bordure répété est à l'origine de la curieuse distorsion. Quand un rectangle gris est bordé de part et d'autre par un fin trait, d'un côté plus clair, de l'autre plus foncé, sa position apparente se décale quand on intervertit les bordures. Cette disposition fait apparaître en pente les lignes pourtant horizontales.

Preuve

preuve que les bandes des joints grisés entre les briques sont parallèles

 

Etude des causes

Ce phénomène est grandement amplifié par le choix de la couleur du "ciment" reliant les carreaux de faïence de notre café.

comparaison de différentes disposition des briques et de couleur grise des lignes des joints

Cette illusion est créée lorsque des rangées décalées de carreaux sombres et clairs alternés sont entourées par une ligne visible. Idéalement, cette ligne est une nuance située entre les deux couleurs de carreaux. Lorsque les carreaux sont décalés d'une demi-largeur, les lignes horizontales apparaissent en oblique en diagonale, ce qui crée l'apparence de coins. L'effet illusoire est affecté à la fois par la position des carreaux ainsi que par l'épaisseur et la couleur de la ligne entre eux. Si les lignes sont supprimées, il n'y a plus aucune illusion de lignes diagonales.

Gregory et son laboratoire ont pu développer un ensemble de « lois » entourant ce phénomène. Le recadrage du motif n'affectait pas la distorsion, ni les proportions des rectangles.
Les facteurs qui ont influé sur la distorsion des carreaux de mur de café sont :

- le contraste de luminance des carreaux

- leur différence de luminance par rapport aux lignes de mortier (plus la luminance est éloignée, plus la distorsion est grande)

- l'épaisseur des lignes de mortier (plus la ligne de « verrouillage des bordures » est épaisse, plus la distorsion est grande) 

- l'angle de vision du motif (plus grande distorsion dans une vue biaisée ou floue).

Explication(s)

Les lignes diagonales sont perçues en raison de la manière dont les neurones du cerveau interagissent. Différents types de neurones réagissent à la perception des couleurs sombres et claires et, en raison de leur emplacement décalé, ils induisent des « hachures » sur les lignes.

Illusions comparables

lignes parallèles qui semblent cintrées quand elles sont traversées par des lignes en biais

Par son effet de « hachures », cette illusion est à rapprocher de l’illusion de hering faisant apparaître des lignes droites parallèles comme cintrées quand elles ont traversées par des lignes obliques.

parallèles traversées par des hachures semblent se rapprocher

Les mêmes effets d’angles sont perçus dans d’autres dispositifs comme l’illusion de Zollner où les lignes parallèles sont simplement porteuses de petits traits inclinés.

lignes parallèles portant un dessin en spirale semblent convergentes

Une des propositions les plus proches est l’illusion de Fraser où des lignes horizontales parallèles semblent s’incliner quand, dessinées avec un motif en spirale, elles portent des carrés alternativement noirs et blancs.
Ici ce sont les contrastes entre les blancs et les noirs qui matérialisent les hachures inclinées.

Je vous propose, pour terminer, une illusion mises au point par le japonais Kitaoka qui « optimise » tous les ressorts de l’illusion de Fraser avec la couleur. On serait presque prêt à prendre les paris.

lignes parallèles de briques de deux bleus différents qui semblent se rapprocher

"Waterways"

Copyright Aiyoshi Kitaoka 2005 (February 15)

 

Ma proposition d’explication

Si les ressorts de ce type d’illusion sont maintenant bien maîtrisés, il semble que l’on ne sache pas encore quels sont les mécanismes mis en oeuvre dans le système visuels pour aboutir à cet effet.   

Comme l’indique Gregory en 2009 « Ce processus complexe implique plusieurs canaux neuronaux. La structure répétitive et l'absence de repères de direction rend l'illusion du mur de café plus difficile à comprendre et à dévoiler. » 

Comme je l’indiquais dans la conclusion de l’illusion de hering, je pense que le système visuel fait, comme pour les couleurs, une moyenne des directions entre la droite principale et l’orientation des « hachures ».

En effet, nous avons vu que, concernant les couleurs, dans l’illusion des spirales bleues et vertes expliquée par les « damiers de De Valois », De Valois a prouvé que le cerveau fait une moyenne des teintes.

Ainsi, il est logique que le système visuel adopte la même stratégie pour différents aspects d’une scène visuelle quand il y a juxtaposition d’éléments contrastés et décalés.

Cette explication me semble valable tant pour l’illusion de Hering que l'illusion de Zollner, et donc maintenant pour celle du mur du café.

    - Pour les couleurs, Il fait une moyenne des teintes, (prouvé par De Valois

    - Pour les directions, il ferait une moyenne des directions.   

ACCUEIL

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page