Le paradoxe de Newcomb

par Jean Marie Champeau 5 Mai 2021, 10:21 illusion curiosité

Deux boites, une boite transparente avec 1000 et une boite opaque.

Le paradoxe de Newcomb fut inventé vers 1960 par le physicien William Newcomb du Laboratoire national de Lawrence Livermore de l'Université de Californie, et a été l'objet de discussions acharnées depuis.


Cette expérience et le paradoxe qui en découle ont été analysés pour la première fois dans un article publié par le philosophe Robert Nozick en 1969, et sont apparus dans un article de Martin Gardner dans Pour la Science en 1974.

Description

                                                            
Certaines descriptions font état d’un devin, d’autres une fée, j’ai choisi la fée. Pour d'autres on parle de dollars, j'y ai mis des Euros. 

 

Une fée vous dit :


(1) Je ne me trompe jamais dans mes prédictions;

 

(2) Voici une boîte transparente et une boîte opaque ;


             
(3) Tu pourras ouvrir soit la boîte opaque, soit les deux boîtes et tu prendras le contenu des boîtes ouvertes ;

 

(4) Dans la boîte transparente, je mettrai 1000 € ;

 

(5) Avant de remplir la boîte opaque, je ferai une prédiction (que je ne te communiquerai pas): si je prédis que tu prendras la boîte opaque toute seule, je mettrai 10 000 € dedans ; si je prédis que tu prendras les deux boîtes, je ne mettrai rien dans la boîte opaque.

 

Que faut-il faire? 

 

Ouvrir les deux boîtes, comme la règle nous y autorise, ou se contenter d'ouvrir uniquement la boîte opaque?

Les réponses

La plupart des gens à qui l'on pose le problème disent qu'il vaut mieux n'ouvrir que la boîte opaque,
seule. 
En effet, comme les prédictions de la fée sont toujours justes, cela rapportera 10 000 €, alors que
prendre les deux boîtes ne rapportera que 1000 €.

 

 
Mais certaines personnes font un autre raisonnement.

Je choisis de prendre le contenu de la boîte opaque uniquement, et au moment de prendre la boîte opaque, j’ouvre aussi la boîte transparente partant du principe que la prédiction a été faite et que les boîtes ont déjà leur contenu.
D’ailleurs, pour couvrir le cas où l’on choisit de n’ouvrir que la boîte opaque, il est probable que celle ci contient déjà la somme de 10 000 €.  

Je ne veux pas me priver du contenu de la boîte transparente que je sais être de 1000 €! 
J’ouvre les deux boîtes.

Le paradoxe 

Les deux raisonnements, qui semblent justifiés, conduisent à deux conclusions opposées. L'une des hypothèses de départ doit être absurde. 

Le paradoxe de Newcomb montre que la prédiction logique des choix humains est impossible puisque les actions humaines peuvent procéder de la ruse ou de la triche.
       
Personne aujourd'hui n'a réussi à formuler clairement l’erreur dans les raisonnements autour du paradoxe de Newcomb, et le vertige dont on est saisi quand on cherche à approfondir le problème n'a d'égal que la conviction très forte que rien ne peut en être tiré concernant le monde réel.

Moralité


Le problème n’est pas un problème de logique, c’est un problème métaphysique.

Certains énoncés détournent la règle en supposant que les prédictions (là d’un devin) sont « presque certainement » correctes, et que « l'explication de la prédiction qu'il a faite ne se fonde pas sur la connaissance de ce que vous décidez de faire » comme dans la version de Robert Nozick dans son article de 1969, suggérant que la prédiction pourrait être fausse.

Dans ces cas il est question d’un autre problème qui répond à d’autres prémisses.
                                                                              
Ces énoncés modifiés veulent nier l’omniscience de la fée ou du devin, qui n’existe que chez un Dieu « pouvant sonder les coeurs ». Dans tous les cas, si les prédictions sont infaillibles, la ruse sera déjouée.

Le problème du paradoxe de Newcomb est très débattu dans la branche philosophique de la théorie de la décision.
  
Et pour cause ! Si l’on reste dans le domaine de la pure logique, la triche n’est ni prévisible ni mesurable. L’omniscience ne sera jamais à la portée d’un raisonnement logique, c’est pourquoi ce problème est logiquement indéterminable.


Au mieux, la triche pourrait être prévue dans x % des cas sans jamais pouvoir être affectée à une situation individuelle.

Métaphysique

 

Dans un ciel nuageux le doigt de Dieu et le soleil.

Sans le vouloir, ce paradoxe offre une belle démonstration de la métaphysique.


- Si l’on est croyant en une divinité omnisciente, la réponse est évidente : on ne triche pas car on ne le peux pas.


- Si l’on n’est pas croyant on suppose que l’omniscience n’existe pas, et que l’on peut tricher. On fait semblant de ne prendre qu’une boîte et on prend les deux.

Passez muscade! 
  
C’est d’ailleurs pour cela que Robert Nozick observe des réactions tranchées sur les convictions respectives des sujets de l’expérience : « Pour presque tout le monde, le choix à faire est parfaitement clair et évident. Le problème est que les gens semblent se répartir à peu près à parts égales en deux groupes, chaque groupe faisant un choix différent, le consensus se limitant à penser que l'autre groupe fait preuve d'un rare aveuglement. »

 

En effet l’expérience aborde les notions de connaissance parfaite et de vérité universelle qui sont l’essence des religions, lesquelles induisent une conviction forte de détenir la vérité et de savoir les autres dans l’erreur, d’où une absence de doute et des prises de positions marquées. 

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