Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage

par Jean Marie Champeau 11 Mai 2021, 12:57 application guerre

14-18, Le camouflage au front

 

peintre décorateur bariolant un canon.

Dès 1914, l'irruption de l'aviation bouleverse les règles de l'observation militaire. Du ciel, on distingue désormais aisément les positions ennemies. Il faut donc cacher les batteries de tirs. 

 

Plusieurs artistes servant une batterie d’artillerie au fort de Dongermain près de Toul, dirigée par le peintre Guirand de Scévola, constatent que les canons brillent au soleil, ce qui les rend aisément repérables. L’idée du camouflage était née, des techniques de trompe-l'oeil et de camouflage sont mises au point, et l’imagination débordante des " camoufleurs" va aller bien au-delà de la simple dissimulation. 


L’illusion est devenue une arme. 
 

Les ateliers de camouflage

Le nombre de civils et militaires impliqués témoigne de l’extraordinaire essor du camouflage: plus de 10 000 femmes ont été employées dans les ateliers de fabrication pendant la guerre. En 1918, 3 000 officiers et hommes de troupe travaillaient au camouflage de l’armée française.

Atelier de Nancy, 1 er mai 1918

Ouvrières travaillant à la confection de filets tendus sur des cadres posés au sol.

 

 

 Atelier de Nancy, 1 er mai 1918

À gauche : ouvrières peignant des toiles.

À droite : ébouillantage des toiles peintes pour fixer les couleurs.

Les camoufleurs

 

En France, la première section de camouflage est officiellement créée par le ministère de la guerre le 4 août 1915 avec en son sein, des peintres, des dessinateurs, des décorateurs mais aussi des charpentiers et des mécaniciens. 

A Amiens à l'emplacement de l'ancienne halle au blé, à Châlons-en-Champagne, au cirque municipal, l’armée installe un atelier de fabrication pour mettre au point le matériel nécessaire. 

 

Avions, postes d'observation, voies ferrées et même création de villages entiers pour leurrer l'aviation ennemie. L'imagination des camoufleurs est sans limite et permettra d'épargner de nombreuses vies tout au long du conflit.

Un premier arbre factice sort de cet atelier et sera "planté" à Lihons-en-Santerre, à 40 kilomètres à l'est d'Amiens, le 16 mai 1915. Ce premier arbre camouflé à l’imitation remarquable renferme à l’intérieur un observatoire blindé. 
Le test est concluant. Pétain demande qu'on développe l'activité et la section spéciale de camouflage est créée le 14 août de la même année. 

 

Pendant deux ans, Amiens va accueillir de nombreux ateliers qui emploieront des centaines d'ouvriers. Charpentiers, serruriers, stucateurs, carrossiers s'activeront dans les ateliers situés à l'école des Beaux-Arts ou à la Hotoie. 

Pour répondre aux besoins en matériel nécessaire aux installations sur le terrain, des ateliers de fabrication sont ouverts à Paris dans des ateliers de décors de l’Opéra aux Buttes-Chaumont, ainsi que dans les divers groupes d’armées, notamment à Amiens, puis Chantilly, Châlons-sur-Marne et Nancy, complétés par des ateliers satellites. Plusieurs autres entrepôts sont créés dans la foulée, à Saint-Leu, Montières ou encore à La Hotoie afin d’intensifier la production de matériels.

 

La formation des "camoufleurs" bat son plein et un personnel nombreux est recruté dans différents corps de métiers : mécaniciens, carrossiers, menuisiers, plâtriers… pilotés par les artistes peintres,  sculpteurs et architectes. Les plus recherchés sont les peintres issus de la décoration théâtrale où ils ont appris à maîtriser l’art du trompe-l’œil. Quelques artistes cubistes, aptes à la déformation de la réalité, apportent leur vision déstructurante particulièrement efficace.

 

S’inspirant des recherches et des trouvailles de la Section française de Camouflage, et suivant leur génie propre, les armées alliées et adverses développent elles aussi des ateliers et des installations. Les artistes sont épaulés par des scientifiques, physiciens, ingénieurs, chimistes.

Aller voir

 

Les faux arbres

La rechercher d’un point haut pour scruter le paysage conduit naturellement les observateurs à vouloir utiliser les arbres. Encore faut il y être en sécurité. L’illusion consiste, ici, à créer un arbre artificiel blindé sans éveiller l’attention.
Pour réaliser ce type d’observatoire, il faut partir d’un tronc d’arbre réel pour ne pas éveiller les soupçons de l’adversaire. Les travaux d’aménagement se font de nuit.

La Guerre documentée N°49 p. 37

 Etapes de la fabrication d'arbres d'observation blindés.

 

14-18_Dessins d'arbres d'observation
Atelier de Châlons-sur-Marne, avril 1916

 

Les meules de foin

Au début du conflit, quand les champs ne sont pas encore ravagés et que des meules de foin figurent dans le décor on les aménage de l’intérieur.
Évidemment cette technique ne peut être utilisée que sur un courte période, ensuite, les tirs et les bombardements ont tôt fait de tout raser. 

 Croquis d'Henri Bouchard

Poste d'observation et de mitrailleuse dans une meule de paille.

Ecouter

Voir, mais aussi écouter. On va même jusqu’à utiliser des sites inattendus pour déjouer la vigilance de l’ennemi.

 

Faire croire

Outre les dispositifs d’illusion pour dissimuler, on imagine aussi des trompe-l’oeil pour, au contraire, suggérer la présence.

Ces dispositifs tendent à faire croire a un matériel imaginaire ou a une troupe prête à riposter à une attaque ou même à bondir pour un assaut. On pousse le raffinement à simuler les silhouettes selon les origines ou les armes.

 
Silhouettes de soldats disposées sur le parapet d'une tranchée donnant l'illusion d'une vague d'assaut.

 La Guerre documentée N°49 p. 33
 La Guerre documentée, N°49 p. 34

 

Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage
Les illusions dans la guerre, 14-18, Camouflage

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page