Les illusions dans la guerre, 39-45, Opération Mincemeat

par Jean Marie Champeau 16 Mai 2021, 16:17 application guerre

39-45, L'homme qui n'a jamais existé

    
Cet article est peut être un peut long mais j’ai voulu qu’on puisse apprécier tous les rouages de la machination.


                                                         
Le contexte                                    
Ewen Montagu croqué par Robert Bartlett

À la fin de 1942, les planificateurs britanniques considéraient qu'une invasion de la France depuis la Grande-Bretagne ne pouvait avoir lieu qu'en 1944 et le Premier ministre, Winston Churchill, voulait profiter de ce temps d’attente pour utiliser les forces alliées d'Afrique du Nord afin d’attaquer le «ventre mou» de l'Europe. 

Il y avait deux cibles possibles. 

 

La première option était la Sicile. Le contrôle de l'île ouvrirait la mer Méditerranée à la navigation alliée et permettrait l'invasion de l'Europe continentale par l'Italie. 

 

La deuxième option était d'aller en Grèce et dans les Balkans, pour piéger les forces allemandes entre les envahisseurs britanniques et américains et les Soviétiques.

 

Lors de la conférence de Casablanca en janvier 1943, les alliés se sont mis d'accord sur le choix de la Sicile dont le nom de code serait "opération Husky".

Les alliés craignaient que la Sicile soit un choix trop évident même si Adolf Hitler était plus préoccupé par une invasion des Balkans, car la région était la source de matières premières pour l'industrie de guerre allemande.


Ils connaissaient les craintes d'Hitler, et ils ont lancé l'opération de tromperie Barclay, pour jouer sur ses préoccupations et le conforter dans l’idée que l’objectif d’une attaque serait les Balkans.

 

Pour suggérer que la Méditerranée orientale était la cible, les Alliés ont établi un quartier général au Caire, en Égypte, pour une formation fictive, la douzième armée, composée de douze divisions. 

Des manœuvres militaires ont été menées en Syrie, avec des nombres gonflés par des chars factices et des véhicules blindés pour tromper les observateurs. 
Des interprètes grecs ont été recrutés et les Alliés ont stocké des cartes ainsi que des devises grecques. 
De fausses communications sur les mouvements de troupes ont été émises à partir du faux quartier général de la douzième armée, tandis que le poste de commandement allié à Tunis, qui devait être le quartier général de l'invasion de la Sicile, a réduit le trafic radio en utilisant les lignes terrestres dans la mesure du possible.


Il restait à convaincre les Allemands avec des éléments concrets.

La genèse de l’idée

 

Quatre ans plus tôt, le 29 septembre 1939, peu après le début de la Seconde Guerre mondiale, le contre-amiral John Godfrey, directeur du renseignement naval, fit circuler le mémo Trout, un article comparant la tromperie d'un ennemi en temps de guerre à la pêche à la mouche. 
Une des options était de placer des papiers trompeurs sur un corps qui serait trouvé par l'ennemi.

 

La perte délibérée de faux documents trouvés par l'ennemi n'était pas nouvelle. Connu sous le nom de "Haversack Ruse", elle avait déjà été pratiqué par les belligérants en d’autres circonstances.


Vrai crash

En septembre 1942, un avion allant de Grande-Bretagne à Gibraltar s'est écrasé au large de Cadix. Tous à bord avaient été tués, y compris le lieutenant-payeur James Hadden Turner, un courrier transportant des documents top secrets, et un agent français. 

Les documents de Turner comprenaient une lettre indiquant que le général Dwight D. Eisenhower, le commandant suprême, arrivait le le 4 novembre à Gibraltar à la veille de la "date cible" de l'opération Torch, le débarquement des Alliés en Afrique française du Nord prévu le 8 novembre 1942.  

 

Le corps de Turner s'est échoué sur la plage près de Tarifa au sud de l’Espagne et a été retrouvé par les autorités espagnoles. Lorsque le corps a été rendu aux Britanniques, la lettre ne semblait pas avoir été ouverte. D'autres sources de renseignement alliées ont établi que, en revanche, le cahier porté par l'agent français avait été copié par les Allemands.

 

Cet accident montra que certains documents obtenus par les Espagnols étaient transmis aux Allemands.

Le renseignement britannique et l'inspiration du plan

 

C.C Cholmondeley

Charles Christopher Cholmondeley, un lieutenant d'aviation dans la Royal Air Force qui avait été détaché au MI5, le service de contre-espionnage, proposa en novembre 1942 un plan consistant à placer de faux documents sur un cadavre pour que les Allemands les découvrent.

Le plan de Cholmondeley fut rejeté comme étant irréalisable en l’état, mais comme il y avait une connexion navale au plan, Ewen Montagu, le représentant naval, fut chargé de travailler avec Cholmondeley pour développer l’idée.

Ewan Montagu

 

Le capitaine de corvette Ewen Montagu et son adjoint, de la Royal Navy, conçoivent la ruse pour amener les autorités allemandes à croire qu'un débarquement des Alliés aura lieu en Sardaigne et dans les Balkans alors qu'il est prévu en Sicile.

Ils feront en sorte que les Espagnols trouvent sur une de leurs plages le corps d'un officier britannique détenteur d'un faux plan de débarquement. 

Un corps serait obtenu dans l'un des hôpitaux de Londres ... Les poumons seraient remplis d'eau et les documents disposés dans un portefeuille. Le corps serait ensuite largué par un avion du Coastal Command. 
Lorsqu'il serait retrouvé, l'ennemi pourrait supposer que l'un de nos avions a été abattu ou est tombé et qu'il s'agit de l'un de ses passagers.

 

Le bluff représentait un pari risqué. 

Si les Allemands se rendaient compte qu'ils avaient été la cible d’une tentative de tromperie, au lieu de réduire le nombre de troupes en Sicile, ils les renforceraient, avec des conséquences sanglantes.


Montagu choisit le nom de code Mincemeat à partir d'une liste de possibilités disponibles.
Montagu et Cholmondeley ont réfléchi à l'emplacement de la livraison du corps au large des côtes de l'Espagne, dont le gouvernement prétendument neutre était connu pour coopérer avec l'Abwehr.

 

Adolf Clauss

Au début de la planification, ils visaient les côtes portugaises ou françaises, mais ils ont finalement opté en faveur de Huelva sur la côte sud de l'Espagne, après que l'hydrographe de la marine eut pris des conseils sur les marées et les courants les mieux adaptés pour s'assurer que le corps ne s’éloignerait pas trop de la côte. 

 

Le choix de Huelva avait également été fait parce qu’un agent allemand, Adolf Clauss, y résidait. C’était un membre efficace de l'Abwehr, natif de Huelva, fils du consul allemand, il avait d'excellents contacts avec certains officiels Espagnols.


En outre, Montagu considérait le vice-consul britannique de la ville, Francis Haselden, comme un homme fiable et serviable sur lequel on pouvait compter.

Operation Mincemeat


William Martin (Royal Marine officer)

Faisant partie de l'opération Barclay, la tromperie sur toute la méditerranée, Mincemeat consisterait à transporter le corps d’un faux officier britannique détenteur d'un plan de débarquement et ses faux documents sur la côte sud de l'Espagne par sous-marin et le relâcher près du rivage, où il serait récupéré par un pêcheur espagnol. 

 

Les Britanniques fabriqueraient tout un passé au mort, habillé en officier des Royal Marines, avec des objets personnels sur lui, l'identifiant comme le capitaine, major par intérim, William "Bill" Martin

La correspondance entre deux généraux britanniques suggérant que les Alliés prévoyaient d'envahir la Grèce et la Sardaigne, la Sicile étant simplement la cible d'une feinte, ferait partie des documents placés sur le corps.

Le nom de «Martin» a été choisi parce qu'il y avait plusieurs officiers de ce nom dans les Royal Marines et en tant que tel, le major Martin était sous l'autorité de l'Amirauté. Il serait facile de s'assurer que toutes les enquêtes et tous les messages officiels concernant sa mort seraient acheminés vers la Division du renseignement naval.

L'équipe du MI5, Section 17M in Room 13 à Londres, où l'opération Mincemeat a été conçue.

Ewen Montagu, première rangée, deuxième à partir de la droite; Joan Saunders, rangée arrière, troisième à partir de la droite; Juliette Ponsonby, quatrième à partir de la droite; Patricia Trehearne, deuxième à partir de la droite.

Le « message »

Montagu a décrit trois critères pour le document qui contiendrait les détails des faux plans de débarquement dans les Balkans. 
La cible devrait être identifiée avec désinvolture mais clairement. Le document devrait nommer la Sicile et un autre endroit comme étant la diversion, et ce devait être dans une correspondance non officielle qui ne serait normalement pas envoyée par un courrier diplomatique ou un signal codé.

Sir Harold Alexander

 

Le document principal était une lettre personnelle de "Archie Nye", lieutenant-général Sir Archibald Nye, vice-chef de l'état-major, qui avait une connaissance approfondie des opérations militaires, à "Mon cher Alex'', général Sir Harold Alexander, commandant du 18e groupe d'armées anglo-américain en Afrique du nord.

 

Après plusieurs tentatives de rédaction, il a été suggéré que Nye rédige lui-même la lettre.

La lettre évoquait plusieurs sujets sensibles, ce qui expliquait pourquoi elle était transmise par porteur plutôt que envoyée par les canaux habituels. 

 

 

On y trouvait, pour conforter les allemands sur une mésentente chez les alliés, un doute sur la pertinence de l'attribution de médailles Purple Heart par les forces américaines aux militaires britanniques servant avec eux et la nomination d'un nouveau commandant de la Brigade of Guards.  

 

La partie clé de la lettre indiquait qu’il y avait des informations récentes selon lesquelles les Boches avaient renforcé leurs défenses en Grèce et en Crète et que le chef de l'état-major avait estimé que les forces pour l'assaut étaient insuffisantes. Il aurait été convenu par les chefs d'état-major que la 5e division devrait être renforcée par un groupe-brigade pour l'assaut Grec sur la plage au sud du Cap Araxos et qu'un renforcement similaire devrait être fait pour la 56e division à Kalamata.

 

La lettre mentionnait également une deuxième attaque planifiée, qui indiquait que les forces de Tunisie envahiraient la Sardaigne. "Archie" ajoutait que « nous avons de très bonnes chances de leur faire croire que nous visons la Sicile ». 

Elle a été écrite par Sir Archibald lui-même.

Il y avait aussi une lettre d'introduction pour Martin de son commandant, le vice-amiral Lord Louis Mountbatten, le chef des opérations combinées, pour l'amiral de la flotte Sir Andrew Cunningham, le commandant en chef de la flotte méditerranéenne et commandant de la marine alliée en méditerranée. 

Martin était mentionné dans la lettre comme un expert en guerre amphibie prêté jusqu'à ce que «l'assaut soit terminé». Le document comprenait une blague maladroite sur les sardines, que Montagu inséra dans l'espoir que les Allemands le verraient comme une référence à une invasion planifiée de la Sardaigne. Un cil noir a été placé dans la lettre pour vérifier si les Allemands ou les Espagnols l'avaient ouverte.

 

Pour justifier le transport de documents dans la mallette, le major Martin a reçu deux copies de la brochure officielle sur les opérations combinées rédigée par l'auteur Hilary Saunders, du personnel de Mountbatten, et une lettre de Mountbatten à Eisenhower, lui demandant d'écrire un bref avant-propos pour l'édition américaine de la brochure. 

L'équipe a d'abord pensé mettre la poignée de la mallette directement dans la main serrée du cadavre, mais la mallette aurait pu s’échapper. Ils ont donc équipé Martin d'une chaîne recouverte de cuir, comme celle utilisée par les courriers de bijoux.

Pour Montagu, il semblait peu probable que le major garde le sac attaché à son poignet pendant le long vol depuis la Grande-Bretagne, de sorte que la chaîne a été bouclée autour de la ceinture de son trench-coat.

 

Pendant ce temps, Montagu a demandé au directeur général conjoint de la Lloyd's Bank s'il pourrait écrire une lettre de relance au dépensier "Bill" Martin au sujet d’un découvert.

Montagu a même donné à "L'homme" une vie amoureuse, avec une facture pour une bague de fiançailles ainsi qu'une photo de sa "fiancée''.
Il a choisi une jolie secrétaire du MI5, Jean Leslie, notamment parce qu'elle avait été photographiée récemment en maillot de bain. Les deux officiers l'ont appelée «Pam».

Jean Leslie alias Pam

 

"Bill" avait besoin de lettres d'amour évoquant une jolie romance de guerre pour accompagner la photo de Pam. Ce fut le travail de Hester Leggett, la femme la plus âgée du département. Hester n'était pas mariée. Elle s'était consacrée entièrement à la tâche de rassembler l’énorme quantité de paperasses secrètes. Mais dans les lettres d'amour de Pam, d’une grammaire approximative, elle y a mis toute l'émotion qu'elle avait enfoui en elle. 

 

Les lettres furent rédigées par Paddy Bennett, la secrétaire de l’officier du renseignement naval britannique Ian Fleming futur auteur des James Bond.

 

«. . .cette merveilleuse journée que nous avons passée ensemble. 

oh! Je sais que cela a déjà été dit, mais si seulement le temps pouvait s'arrêter une minute. J’ai peur de ces horribles allusions que tu évoques sur ton éventuelle affectation très loin de moi. Bien sûr, je ne dirai rien à personne, mais ce n'est pas à l'étranger, n'est-ce pas? » 

continuait la fictive Pam.

localiser un donneur

Trouver un corps approprié s'est avéré être une tâche difficile. C’était en grande partie dû au fait qu'il était exclu de dire aux proches parents du mort à quoi le corps était destiné en raison du risque de fuite de détails. Il fallait un défunt non réclamé.

Montagu et Cholmondeley ont été aidés par un représentant du MI6, le major Frank Foley, pour les aspects pratiques du plan. 

 

Sir Bernard Spilsbury

 

Ils ont approché le légiste Sir Bernard Spilsbury pour déterminer le type de corps dont ils avaient besoin et les facteurs dont ils devraient tenir compte pour tromper un pathologiste espagnol. 

 

Spilsbury les a informé que ceux qui sont morts dans un accident d'avion l'ont souvent fait par choc et non par noyade.

Les poumons ne seraient pas nécessairement remplis d'eau. Il a ajouté que les Espagnols, en tant que catholiques romains, étaient opposés aux autopsies et n’y procédaient que si la cause du décès était d'une grande importance. 

 

Bentley Purchase

Grâce au coroner Bentley Purchase et à des enquêtes des plus discrètes, ils purent trouver un homme. 

Le 28 janvier 1943, Purchase contacta Montagu pour lui annoncer qu'il avait trouvé un corps convenable, celui de Glyndwr Michael, un sans abri, apparemment sans famille, qui mourut à 34 ans en mangeant pain empoisonné avec du phosphore. 

 

Purchase a informé Montagu et Cholmondeley que la petite quantité de poison dans le système ne serait pas identifiée dans un corps qui était censé flotter dans la mer pendant plusieurs jours mais que le phosphore provoque l’afflux d’une quantité importante de liquide dans les poumons, ce qui se rapprochait des effets d'une mort par noyade.

 

Le grade de major par intérim pouvait convenir au fictif William Martin suffisamment âgé pour se voir confier des documents sensibles, mais pas si importants que cela. 

Lorsque Montagu a fait remarquer que le cadavre sous-alimenté ne ressemblait pas à un officier de terrain en bonne santé, Purchase l'a rassuré en lui disant qu’il devait plutôt ressembler à un officier d'état-major, stressé, habitué au travail de bureau. 


Purchase a accepté de garder le corps dans le réfrigérateur mortuaire à une température de 4 ° C. A une température plus basse la chair gèle, la manipulation serait évidente une fois le corps décongelé.
Il avertit Montagu et Cholmondeley que le corps devait être utilisé dans les trois mois, après quoi il se serait trop décomposé. Il fallait se dépêcher de créer une nouvelle identité pour leur cadavre.

la nouvelle identité

Glyndwr Michael a été transformé en capitaine William "Bill" H.N. Martin des Royal Marines. Il a reçu la carte d'identité, N°148228. 

Pour renforcer la crédibilité du personnage, Montagu et Cholmondeley se sont occupé de son portefeuille, lui fournissant une famille, un régiment, un directeur de banque, un avocat, une habitude de fumer et une religion en tant que catholique romain.

 

- La photographie de la fiancée inventée Pam et ses deux lettres d'amour.

 

- Le reçu pour une bague de fiançailles en diamant coûtant 53 £ 10s 6d d'une bijouterie de Bond Street.

 

- Une correspondance personnelle supplémentaire a été incluse, consistant en une lettre du père fictif de Martin avec une note de l'avocat de la famille.

 

- Le courrier de la Lloyds Banque, exigeant le paiement d'un découvert de 79 £ 19s 2d.

 

Pour s'assurer que les lettres resteraient lisibles après immersion dans l'eau de mer, Montagu a demandé aux scientifiques du MI5 d'effectuer des tests sur différentes encres pour voir laquelle durerait le plus longtemps dans l'eau, et ils lui ont fourni une liste appropriée des marques d'encre populaires et disponibles.

 

D'autres articles de la sacoche de Martin comprenaient un carnet de timbres, une croix en argent et un médaillon de Saint-Christophe, des cigarettes, des allumettes, un bout de crayon, des clés et un reçu de Gieves pour une nouvelle chemise. 

 

Pour indiquer la date à laquelle Martin était à Londres, des talons de billets d'un théâtre londonien et une facture pour quatre nuits d'hébergement au Naval and Military Club ont été ajoutés. 

Avec les autres objets placés sur lui, un itinéraire de son activité à Londres pourrait être reconstitué du 18 au 24 avril.

La carte d’identité

Des tentatives ont été faites pour photographier le corps pour la carte d'identité navale que Martin devait porter, mais les résultats n'étaient pas satisfaisants et il était évident que les photos étaient celles d'un homme mort. 

Ronnie Reed

Montagu et Cholmondeley ont mené une recherche de personnes qui ressemblaient au cadavre. Ils on trouvé, le capitaine Ronnie Reed du MI5 qui a accepté d'être photographié pour la carte d'identité, portant l'uniforme de la Royal Marine.

 

Comme les trois cartes et laissez-passer nécessaires confectionnées par Patricia Trehearne la spécialiste des faux papiers, semblaient trop récents pour un officier de longue date, ils ont été émis comme un remplacement d’originaux perdus. Montagu a passé les semaines suivantes à frotter les trois cartes sur son pantalon pour leur donner un éclat usé. 

 

Pour donner aussi un aspect usé à l'uniforme, il était porté par Cholmondeley, qui avait à peu près la même carrure. Conformément à son rang, il lui fallait des sous-vêtements de bonne qualité mais qui étaient extrêmement difficiles à obtenir en raison du rationnement. Les sous-vêtements ont été volés à feu le directeur du New College d'Oxford, Herbert Fisher, qui venait d’être tué par un camion.

 

Il a été convenu que, en tant que Royal Marine, Martin pouvait porter une tenue de combat plutôt qu'un uniforme naval. C'était important, car les uniformes de la marine à l'époque étaient fabriqués sur mesure par Gieves & Hawkes de Saville Row. Les autorités pouvaient difficilement demander aux tailleurs de Gieves de mesurer un cadavre, sans éveiller des questions embarrassantes.

 

Le corps porterait donc une tenu de combat.
 

La livraison

 

Il restait à savoir comment livrer le corps aux Allemands de manière à convaincre l'ennemi que "Bill" Martin avait été victime d'un accident d'avion en mer. Ce serait avec un sous-marin.

 

HMS Seraph

Pour transporter le corps en sous-marin, il devait être contenu dans l’intérieur du bateau, car tout conteneur monté à l'extérieur devrait être construit avec une peau si épaisse qu'elle modifierait le niveau de la ligne de flottaison. La cartouche devrait rester étanche à l'air et garder le cadavre aussi frais que possible tout au long de son voyage. 


Spilsbury a fourni les exigences médicales et Cholmondeley a contacté Charles Fraser-Smith du ministère de l'Approvisionnement pour produire le conteneur, qui était étiqueté "Manipuler avec soin: instruments optiques".

 

Le 13 avril 1943, les chefs d'état-major ont demandé au colonel John Bevan, l'officier en charge de la tromperie en temps de guerre, d'obtenir l'approbation finale de Churchill. 

Le 15 avril 1943, juste avant que "Bill" Martin ne soit prêt à être livré à Holy Loch dans l'ouest de l'Écosse, où l'attendait le sous-marin HMS Seraph, le colonel Johnnie Bevan a informé Winston Churchill sur tous les détails du plan.

Celui-ci a donné son approbation à l'opération, mais a délégué la confirmation finale à Eisenhower, le commandant militaire général en Méditerranée, dont le plan d'envahir la Sicile serait affecté. Bevan a envoyé un télégramme crypté au siège d'Eisenhower en Algérie pour demander une confirmation finale.

 

Aux premières heures du 17 avril 1943, le corps de Michael était habillé en Martin, bien qu'il y ait eu un accroc de dernière minute. Les pieds avaient gelé. Purchase, Montagu et Cholmondeley ne pouvaient pas mettre les bottes, ils ont dégivrés les pieds avec un séchoir électrique pour pouvoir enfiler les bottes. 

Le désormais major Martin, vêtu de sa tenue de combat et de son manteau des Royal Marines, a été placé dans un bidon en acier étanche à l'air, rempli de 9,5 kg de glace sèche pour ralentir la décomposition et scellé. 
Lorsque la glace sèche s'évapore, elle remplit le container fermé de dioxyde de carbone et chasse tout l’oxygène, préservant le corps sans réfrigération.

Cholmondeley et Montagu

La cartouche étiquetée «instruments optiques» a été placée à l'arrière de la fourgonnette Fordson 1937 d'un pilote du MI5 St. John "Jock" Horsfall

 

Le 17 avril 1943 Cholmondeley et Montagu ont voyagé à l'arrière de la camionnette, qui a roulé toute la nuit jusqu’à Greenock, à l'ouest de l'Écosse.

 

Bill Jewell

 

Le commandant du HMS Seraph, le Lt Bill Jewell, a déclaré à son équipage de 44 hommes qui avaient déjà une expérience d'opérations spéciales, que la cartouche contenait un dispositif météorologique «optique» top secret à déployer près de l'Espagne. 

Le 19 avril, HMS Seraph a appareillé et est arrivé juste au large de Huelva le 29 après avoir été bombardé deux fois en route. 
Après avoir passé la journée à reconnaître le littoral, à 4 h 15 le 30 avril, HMS Seraph a refait surface. 

 

À 4 h 30, Jewell a fait apporter la cartouche sur le pont, puis a envoyé tout son équipage en bas, à l'exception des officiers, qu'il a informés de l'opération secrète.

Reconstitution sur le HMS Seraph

Les officiers ont ouvert la cartouche, ont équipé le major Martin d'un gilet de sauvetage et ont attaché sa mallette à son corps par une corde en acier, afin qu'elle ne flotte pas au loin.

Jewell a lu le 39e Psaume et le corps de Glyndwr Michael alias William "Bill" Martin a été doucement poussé dans la mer.

 

Jewell a ordonné de mettre en arrière toute. Le remous poussa le cadavre vers le rivage.


«pardonne-moi, afin que je sois lavé de mes péchés, avant de partir d'ici, et que je ne sois plus.» 

Après ces derniers mots en territoire britannique, Glyndwr Michael flottait vers son nouveau destin. 

En Espagne

 

Le corps du «major Martin» a été retrouvé vers 9h30 le 30 avril 1943 par un pêcheur local, José Antonio Rey Maria qui a remarqué quelque chose flottant dans les vagues. Parmi le groupe de pécheurs, José Antonio s'est proposé pour ramener le corps à terre.

 

En approchant, il a constaté qu'il s'agissait du cadavre d'un homme portant un imperméable et une petite valise attachée à son avant-bras. La mer étant calme, ils l'ont mis dans le bateau et, en ramant, se sont dirigés vers la plage de La Bota, où ils ont laissé le corps sur le sable, sous la responsabilité de la garde civile.

La plage de La Bota

Le corps a passé toute la matinée dans les dunes, sous le soleil, là où le pêcheur José Antonio Rey María l'avait porté. 
Progressivement un attroupement s’est formé. 

 

L'affaire relevait de la juridiction militaire du port. En fin de matinée, le lieutenant de la marine Mariano Pascual del Pobil Bensusan, commandant en second du port et juge militaire par intérim, est apparu sur la plage. Il fit un examen superficiel du corps, notant l'uniforme militaire et la mallette avec l'écusson «G VI R »(George VI, Rex) et la couronne royale, attachée au mort par une chaîne. Il a également extrait le portefeuille et noté le nom du major Martin sur la carte d’identité. 

Le corps a été chargé sur un âne et en fin d'après-midi, est arrivé au quartier général d'infanterie près du quai, trop tard pour organiser le transport du corps à travers l'embouchure de l'estuaire. Le cadavre a été placé dans une dépendance, prêt à être transféré à Huelva dans la matinée du lendemain.

Huelva                  

Quand le corps est arrivé à Huelva amené par des soldats espagnols, il a été remis à Mariano Pascual del Pobil, le juge d'instruction maritime qui a prévenu Francis Haselden, vice-consul qu’il disposait du corps dans ses locaux. 

 

Haselden devait jouer le rôle de l’officiel harcelé sous la pression croissante de ses patrons pour retrouver la mallette manquante. 
Le rôle exigeait des nuances. 

Francis Haselden

Haselden devait se renseigner, avec une urgence croissante, sur les papiers manquants, mais il ne devait pas le faire trop énergiquement, car cela pourrait conduire à ce que les documents lui soient effectivement restitués avant d’atteindre les Allemands. 

Dans ce cas, l'opération Mincemeat aurait échoué.

 

Il a rapporté à l'Amirauté que le corps et la mallette avaient été retrouvés. Une série de câbles diplomatiques pré-scénarisés ont été envoyés entre Haselden et ses supérieurs, pendant plusieurs jours. 
Les Britanniques savaient que ceux-ci étaient interceptés et, bien qu'ils aient été cryptés, on savait que les Allemands avaient cassé le code. Les messages insistaient sur le point qu'il était impératif que Haselden récupère la mallette parce que c'était important.

 

Méthodiquement, le préposé de la morgue a fouillé les poches du mort et en a extrait le contenu qu’il a disposé sur la table à côté de la mallette verrouillée.
Argent liquide, cigarettes trempées, allumettes, clés, reçus, carte d'identité, portefeuille, timbres et vignettes de billets de théâtre. 

Pascual del Pobil y jeta à peine un coup d'œil. Il était presque l’heure du déjeuner. Haselden faisait de son mieux pour paraître indifférent. 

L’officier espagnol a porté son attention sur la mallette qu’il a déverrouillée avec l’une des clés du mort. Le contenu était trempé, mais l'écriture sur les enveloppes était toujours clairement lisible. 

 

Pascual del Pobil

Pascual del Pobil a soigneusement examiné les noms sur les enveloppes et a fait signe à Haselden de regarder. Haselden n'avait appris que les grandes lignes de l'opération Mincemeat. Mais d'après les sceaux rouges et les enveloppes en relief, il s'agissait clairement de lettres militaires confidentielles. 

Pascual del Pobil a du comprendre l’importance des documents, car il a fait exactement ce que Montagu et Cholmondeley redoutaient. Il fit un geste vers la valise et demanda à Haselden s'il voulait la prendre croyant faire un geste d’amitié envers le vice-consul et aller déjeuner plus vite.

 

Haselden savait qu'il devait réagir rapidement. Il s'était préparé mentalement à la possibilité que Pascual del Pobil arrondisse les angles et lui remette simplement la mallette. 

 

Avec autant de nonchalance que possible, il dit: «Eh bien, votre supérieur pourrait ne pas aimer, alors peut-être devriez-vous la lui remettre, puis me la rapporter, en suivant la voie officielle ».
 

Pascual del Pobil referma la mallette. Le plan avait failli capoter dans la dernière ligne droite.

L’autopsie

 

Eduardo Fernández del Torno

A midi, le 1er mai, une autopsie est pratiquée sur le corps de Michael-major Martin
L'autopsie aurait du être réalisée par un légiste militaire, mais comme il était absent, la tâche incombait au Dr Eduardo Fernández del Torno, le médecin légiste civil. 

Fernández avait une vaste connaissance pratique des cadavres en général et des victimes de noyade en particulier.

Haselden ne savait rien des circonstances réelles entourant le corps, mais il en savait suffisamment sur l'intrigue pour se rendre compte que plus l'autopsie serait détaillée, plus il était probable que le pathologiste trouverait des indices sur la cause réelle du décès. Il demanda à assister à l’opération. 

 

Le vice-consul britannique était ami avec le médecin espagnol. La puanteur de la putréfaction dans la pièce était maintenant presque écrasante. Avec une présence d'esprit remarquable, il décida d'intervenir. Puisqu'il était évident que la forte chaleur avait fait son effet, il n'était pas nécessaire de procéder à une autopsie détaillée. Le médecin, non sans soulagement peut-être, a accepté de lui faire son rapport plus tard et a délivré le certificat de décès pour le major William Martin pour "asphyxie par immersion dans la mer".


Dans son rapport ultérieur, le médecin légiste indiquera que le corps semblait avoir séjourné en mer entre 8 et 10 jours. Il trouva que cela ne coïncidait pas avec d’autres observations. Le fait que le cadavre ne présentait pas les morsures typiques de poisson et de crabe sur les parties molles du corps, et que la peau et même les chaussures ne présentaient pas la rugosité caractéristique de quelqu'un qui était dans l'eau depuis si longtemps. Cela indiquait plutôt un court séjour. L'uniforme ne présentait pas non plus l'aspect dégradé qu'il aurait du avoir. Les oreilles et sa peau étaient étrangement décolorées. 

Sur des corps qui ont été dans l'eau de mer pendant plus d'une semaine, les cheveux sur la tête deviennent ternes et cassants. La brillance des cheveux ne correspondait pas au temps qu'il aurait passé dans l'eau, et il y avait aussi, dans l'esprit de Fernández, un doute sur la nature du liquide dans les poumons de l'homme.

 

Par ailleurs, outre le rapport alarmant du légiste, selon les documents du major Martin, il avait volé depuis Londres à partir du 24 avril, et le corps a été récupéré dans les premières heures du 30 avril. L'état de décomposition du corps était tout simplement incompatible avec un corps immergé dans l'eau de mer froide pendant seulement un peu plus de cinq jours.


Si les Allemands avaient tenu compte de l’opinion du légiste sur les incohérences physiologiques et avaient comparé la date du décès à la date du départ figurant sur les documents, le stratagème aurait explosé. En revanche, l’exposition du corps sur la plage en plein soleil pendant plusieurs heures pouvait expliquer sa dégradation.

Si la ruse n’a pas été éventée c’est principalement grâce à la soif de renseignements spectaculaires qu’avaient les agents de l'Abwehr, Adolf Clauss, Karl-Erich Kühlenthal et leur acolyte espagnol, le colonel José López Barrón Cerruti, le chef de la police secrète espagnole, truffée d'espions et de sympathisants allemands.

 

Clin d’oeil de la providence, cette preuve de l’incohérence de dates figurait dans le portefeuille de Martin qui était, non parmi les objets de l’autopsie, mais en possession du capitaine Francisco Elvira Álvarez, commandant du port de Huelva et, meilleur ami de Ludwig Clauss, le vieux consul allemand, père de l’agent de l'Abwehr Adolf Clauss.      

Restitutions

 

Le corps a été rendu au consulat britannique par les Espagnols. Le "Major Martin", a été enterré dans la section San Marco de Nuestra Señora cimetière de Huelva, avec tous les honneurs militaires le dimanche 2 mai.

Quelques jours plus tard, une pierre tombale en marbre a été placée sur la tombe avec l'inscription horacienne "Dulce et decorum est pro patria mori" (Il est doux et honorable de mourir pour la patrie).

 

La marine espagnole avait conservé la mallette et, malgré la pression d'Adolf Clauss et des autres agents de l'Abwehr, ni elle ni son contenu n'avaient été remis aux Allemands par les autorités locales.

 

Le 5 mai, la mallette a été transmise au quartier général naval de San Fernando, près de Cadix, pour être expédiée à Madrid. 
Une fois la mallette arrivée à Madrid, son contenu est devenu le centre d'attention de Karl-Erich Kühlenthal, l'un des agents les plus expérimentés de l'Abwehr en Espagne. Il a demandé à l'amiral Wilhelm Canaris, le chef de l'Abwehr, d'intervenir personnellement et de persuader les Espagnols de communiquer les documents. 

 

Erich_Kühlenthal

Accédant à la demande, les Espagnols ont retiré le papier encore humide. 
Les lettres ont été séchées et photographiées, puis trempées dans l'eau salée pendant 24 heures avant d'être réinsérées dans leurs enveloppes pour restitution, mais sans le cil témoin qui y avait été caché. 

L'information a été transmise aux Allemands le 8 mai. Cela a été jugé si important par les agents de l'Abwehr en Espagne que Kühlenthal a personnellement apporté les documents en Allemagne.
 

 

Le 11 mai, la mallette, accompagnée des documents, a été renvoyée à Haselden par les autorités espagnoles. Haselden l'a transmis à Londres dans la valise diplomatique.

La vérification des Anglais

 

À la réception à Londres, les documents ont été examinés.

Le cil témoin était manquant.


D'autres tests ont montré que les fibres du papier avaient été endommagées par pliage plus d'une fois, ce qui a confirmé que les lettres avaient été extraites et lues. 
  

Pour dissiper les craintes potentielles des Allemands quant à la découverte de leurs activités, un autre câble pré-arrangé crypté dans le même code qu’on savait cassé, a été envoyé à Haselden indiquant que les enveloppes avaient été examinées et qu'elles n'avaient pas été ouvertes.

Haselden a divulgué la nouvelle aux Espagnols sachant que l’information remonterait aux Allemands.

 

La preuve définitive que les Allemands avaient exploité les informations des lettres est venue le 14 mai lorsqu'une communication allemande a été décryptée par Bletchley Park. Le message, qui avait été envoyé deux jours auparavant, prévenait que l'invasion devait se faire dans les Balkans, avec une feinte au Dodécanèse en grèce. 


Un message a été envoyé par le brigadier Leslie Hollis, le secrétaire de l'état-major, à Churchill, alors aux États-Unis.

On y disait que Mincemeat avait atteint «les bonnes personnes et, à partir des meilleures informations, ils semblent vouloir agir en conséquence».

Churchill et ses officiers supérieurs planifient l'invasion de la Sicile

 

La vérification des Allemands


Les Allemands délèguent à Londres un de leurs espions, l'Irlandais Patrick O'Reilly, chargé de vérifier l'authenticité de l'identité de William Martin. 


O'Reilly contrôla point par point la véracité de l'existence de Martin.

De la boutique où il achetait ses chemises jusqu'au domicile de sa "fiancée". 

 

Pris d'un doute, O'Reilly tend un piège aux Britanniques en mettant son existence en péril. Il dévoile à la fiancée son identité et le nom de la pension de famille où il réside. Si les Britanniques viennent l'arrêter, c'est que William Martin et son plan de débarquement ne sont qu'un stratagème. 

 

Le capitaine Montagu a une prémonition de la tactique de O'Reilly et demande aux services secrets de ne pas l'appréhender. 

Passé le délai qu’il s’était fixé, O'Reilly, depuis sa chambre, confirme par émetteur radio l'authenticité de Martin aux Allemands.

 

Montagu a inclus le "major Martin'' dans la liste publiée des victimes britanniques qui parut dans le Times le 4 juin, au cas où les Allemands vérifieraient dans les publications.

Goebbels, le chef de la propagande d’Hitler, avait des doutes, comme le révèle son journal.

On sait maintenant que Joseph Goebbels lisait le Times tous les jours. Par pure coïncidence, le même rapport détaille les noms de deux autres officiers décédés lorsque leur avion a été perdu en mer. Cela a donné plus de crédit à l’histoire du major Martin.

Conséquences militaires

 

La plupart des principaux généraux nazis ont été trompés par les documents. Le général Jodl, chef de l'état-major des opérations du commandement suprême allemand, a déclaré: «Vous pouvez oublier la Sicile. Nous savons que c'est en Grèce. »


Adolf Hitler était personnellement convaincu que les documents contenaient de véritables plans pour le mouvement des troupes alliées. Il n'était pas d'accord avec Mussolini, qui croyait que la Sicile restait le point d'invasion le plus probable. Il estime que les documents découverts confirment l'hypothèse que les attaques prévues seront dirigées principalement contre la Sardaigne et le Péloponnèse.

Hitler a informé Mussolini que la Grèce, la Sardaigne et la Corse doivent être défendues "à tout prix" et que les troupes allemandes seraient les mieux placées pour faire le travail. 


Il a ordonné le 21 mai que la 1ère Division Panzer expérimentée soit transférée de la France à Salonique. 
À la fin du mois de juin, l'effectif des troupes allemandes en Sardaigne avait été porté à 10 000, avec des avions de chasse également basés là-bas comme soutien. 
Sept divisions allemandes ont été transférées en Grèce, en portant le nombre à huit, et dix ont été affectées aux Balkans, portant leur nombre à dix-huit.

 

Les efforts défensifs allemands ont été considérablement réorientés pour presque y doubler.
Un groupe entier de torpilleurs a été redéployé depuis la Sicile vers la mer Égée, et deux autres divisions Panzer ont été déplacées de la Russie vers la Grèce au moment où elles étaient le plus nécessaires dans la bataille de Koursk, à 280 miles de Moscou.


Hitler a même dissuadé le leader italien Benito Mussolini, qui voulait défendre la Sicile. 

 

Troupes britanniques en Sicile 10 juillet 1943. Parnall, CH (Lt)

Le 9 juillet, les Alliés ont envahi la Sicile dans le cadre de l'opération Husky. Les signaux allemands interceptés ont montré que même quatre heures après le début de l'invasion de la Sicile, 21 avions ont quitté la Sicile pour renforcer la Sardaigne. 

Pendant un temps considérable après l'invasion initiale, Hitler était toujours convaincu qu'une attaque contre les Balkans était imminente et, à la fin de juillet, il envoya le général Erwin Rommel à Salonique pour préparer la défense de la région. 


Au moment où le haut commandement allemand a réalisé l'erreur, il était trop tard.


Ce fut le couronnement de l’opération. Convaincre l'ennemi d'abandonner la position la plus logique.


Par coïncidence, l'assaut contre la Sicile a été mené par le HMS Seraph avec son capitaine Bill Jewell, en plantant des bouées pour conduire les envahisseurs vers les plages.

Le bilan de l’opération

 

Trajets des documents

L'impact exact de Mincemeat est impossible à calculer. 

On peut noter cependant que les Britanniques s'attendaient à 10 000 tués ou blessés au cours de la première semaine de combat en Sicile, On a compté seulement un septième de victimes.
La marine prévoyait que 300 navires seraient coulés dans l'action, mais seulement 12 ont été perdus. La campagne prévue pour 90 jours était terminée au 38 eme jour.

 

Le rôle du major "Bill" Martin dans une victoire alliée n'était pas terminé. Après s'être rendu compte qu'ils avaient été dupés, le haut commandement allemand s'est méfié de tout renseignement britannique qu'ils rencontraient à l’avenir.

 

Un an plus tard, deux jours après le jour J, ils ont trouvé une péniche de débarquement abandonnée en Normandie contenant des documents top secrets détaillant les futures cibles militaires dans la région. Hitler a ignoré les documents, convaincu que c’était une autre ruse et que l'invasion principale devait être dans le Pas de Calais.(voir "Les illusions de Fortitude")

Conséquences politiques


Le 25 juillet 1943, alors que la bataille pour la Sicile, depuis le 9 juillet, se déroulait, le Grand Conseil du fascisme italien vota pour limiter le pouvoir de Mussolini et passa le contrôle des forces armées italiennes au roi Victor Emmanuel III. 

Le lendemain, Mussolini rencontra le roi, qui le congédia comme premier ministre. 
L'ancien dictateur a ensuite été emprisonné. 
Un nouveau gouvernement italien a pris le pouvoir et a entamé des négociations secrètes avec les Alliés. 

La Sicile est tombée le 17 août après qu'une force de 65 000 Allemands ait combattu 400 000 soldats américains et britanniques.

Le 3 septembre l'armistice de Cassibile entre l'Italie et les Alliés, est rendu public sans instructions précises aux troupes italiennes, ce qui a mis le pays, déjà à l'abandon, dans la plus grande confusion.

Glyndwr Michael

 

L'agent principal de l'opération Mincemeat est bien loin du monde romantique des agents secrets.
C’était un sans abri et il était déjà mort lorsqu'il a mené à bien sa mission.

 

L’histoire personnelle de Michael est une histoire de tristesse et de tragédie. 

Glyndwr Michael est né le 4 janvier 1909 au 136 Commercial Street, Aberbargoed, Monmouthshire au Pays de Galles, d’une famille de conditions d’extrême pauvreté. 
La famille déménagea fréquemment, à Penygraig et Trealaw dans la vallée de Rhondda au sud du Pays de Galles.

Ses sœurs s'étaient mariées et vivaient ailleurs, lui-même invalide chronique et émotionnellement instable, vécut avec sa mère jusqu'à la mort de celle ci en 1940. 

 

Avant de quitter la ville, Glyndwr a occupé des emplois à temps partiel comme jardinier et ouvrier. Son père Thomas, un mineur de charbon, s'était suicidé en 1925 quand il avait 15 ans et sa mère Sarah Ann Chadwick est morte quand il avait 31 ans.

En 1942, il avait déménagé à Londres, à la recherche de travail et d'argent mais sans ressources, solitaire et sans-abri, Michael a dérivé et vivait dans la rue.

 

Son corps inconscient est retrouvé le 26 janvier 1943 gisant dans un entrepôt abandonné près de King's-Cross après avoir mangé du pain imbibé de poison lors d'une probable tentative de suicide.

Emmené à l'hôpital St Pancras, il a survécu pendant deux jours, ignorant le sacrifice posthume qu'il ferait pour son pays. Le phosphore, cause de sa mort le 28 janvier 1943 a provoqué une accumulation de liquide dans ses poumons, compatible avec la mort en mer. Il avait 34 ans.

 

C’est à ce stade que la vie de Glyndwr Michael prend un tournant extraordinaire. Le gouvernement cherchait un corps sans famille pour la mission qui tromperait Hitler lui-même.

La «première» mort de Michael était celle d’un sans-abri solitaire. Sa seconde fut celle d’un vaillant pilote appartenant aux Royal Marines, héros de guerre nommé «Major William Martin».

Avec l’opération "Mincemeat" ainsi que de ses autres conséquences sur l’opération "Overlord", Glyndwr Michael aura peut être été l’agent secret qui aura permis d’éviter le plus de pertes humaines de la seconde guerre mondiale.

Il repose face à la mer en vue des grandes plage blanches d’Andalousie.
 

Commémoration


Le corps de Michael a été remis au vice-consul britannique et, le 2 mai 1943, et a été enterré, avec tous les honneurs militaires, en tant que major William Martin. Sa tombe, n ° 1886, se trouve dans la section San Marco du cimetière de Nuestra Señora, à Huelva, en Espagne. Sur la pierre tombale on peut lire:

 

William Martin, né le 29 mars 1907, est décédé le 24 avril 1943, fils bien-aimé de John Glyndwyr(!) Martin et de feu Antonia Martin de Cardiff, Pays de Galles, Dulce et Decorum est pro Patria Mori, R.I.P. 


En 1977, la Commonwealth War Graves Commission a pris la responsabilité de la tombe du major "Martin" à Huelva.

La véritable identité du corps n'a été révélée qu'en 1997.

En 1998, après que le gouvernement britannique ait identifié le corps comme étant Glyndwr Michael, une nouvelle inscription a été ajoutée à la pierre tombale:


 «Glyndwr Michael a été le major William Martin RN».

 

Depuis l’enterrement, des fleurs fraîches étaient déposées chaque année  par Isabel Naylor de Méndez, une citoyenne anglo-espagnole vivant à Huelva. 

 

Isabel Naylor de Méndez

 

 

Depuis l'âge de 14 ans elle faisait ce geste sur la tombe du major William Martin, suivant la tradition commencée par son père Thomas Naylor.

Décédée le 24 mars 2019, Isabel Naylor a toujours montré une profonde émotion dans l’histoire de cet homme. Elle aura passé 68 ans à apporter des fleurs sur la tombe, la dernière fois pour célébrer le 75e anniversaire.

 

C’est maintenant sa fille, Gladys Méndez qui reprend le flambeau comme elle l’a souhaité.


Au Pays de Galles, une plaque commémorant Glyndwr Michael a été ajoutée au monument aux morts à Aberbargoed. Elle est intitulée "Y DYN NA FU ERIOED" (traduction - "L'homme qui n'a jamais été").


 

Epilogue

 

Sans Glyndwr Michael et son exploit posthume, le déroulement des débarquements aurait pu être très différent. 

 

Comme on l’a vu, suite à l’opération Mincemeat, les Britanniques s'attendaient à 10 000 tués ou blessés au cours de la première semaine de combat en Sicile, on en a compté seulement un septième. Il était prévu que la campagne durerait de 90 jours, elle n’en a durée que 38.

 

Il a fallu pour cela que Glyndwr souffre et erre toute son existence jusqu’à en perdre le goût à la vie sans savoir, ni même imaginer, que son destin se situait au-delà de la mort. 

Aidé par un ticket de bus, d'une photo d'une jolie fille en maillot de bain, d'une bague de fiançailles, et d’une lettre de relance d'un directeur de banque, il aura eu une existence d’agent secret à laquelle il n’aurait jamais osé rêver.

Il aura peut être été celui qui aura permis d’éviter le plus de pertes humaines de la seconde guerre mondiale.

Merci Glyndw , de la part de Pam, Jean Leslie.

Jean est décédée le 3 avril 2012 à l’age de 88 ans, elle était devenue madame Gerard Leigh en 1946.

(colonel William Gerard Leigh)

ACCUEIL

 

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_qui_n%27a_jamais_existé

https://en.wikipedia.org/wiki/William_Martin_(Royal_Marine_officer)

https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Mincemeat

https://todayinhistory.blog/2018/04/30/april-30-1943-operation-mincemeat/

https://historywench.com/2015/09/15/mincemeat/

https://www.dailymail.co.uk/news/article-1243379/The-dead-tramp-won-war-A-new-book-reveals-astonishing-story-Man-Who-Never-Was.html

https://www.thesun.co.uk/news/9365200/operation-mincemeat-1943-invasion-of-sicily/

 

Le film réalisé par Ronald Neame et sorti en 1956 est basé sur l'opération Mincemeat et sur son témoignage écrit par Ewen Montagu sous le titre (en) (The Man Who Never Was) en 1953

 

https://www.warhistoryonline.com/world-war-ii/operation-mincemeat-allies-convinced-hitler-open-gates-sicily-mm.html

http://www.andhaluz.com/voyages-andalousie/fr/21-huelva

https://erasmusu.com/fr/erasmus-huelva/blog-erasmus/les-plages-de-huelva-799095

https://fr.versiontravel.com/les-plus-belles-plages-despagne-la-plage-despigon-de-huelva/

https://fichacorrida.wordpress.com/2012/08/28/espas-en-la-playa-la-increble-historia-del-hombre-que-nunca-existi/

https://www.civitatis.com/fr/huelva/balade-bateau-estuaire-huelva/

https://www.cicc-iccc.org/public/media/files/prod/banque_fichiers_events/519/Presentation-UQTR-AlyssaBlondon.pdf

http://williammartin75.com/adolf-clauss/

https://erenow.net/ww/operation-mincemeat/16.php

https://www.andalucia.org/fr/punta-umbria-soleil-et-plage-la-bota

https://puntaumbriahoy.com/playa-de-la-bota/

https://www.wikitree.com/wiki/Michael-892

https://www.diariodehuelva.es/2019/03/24/fallece-isabel-naylor-la-mujer-que-dejaba-flores-en-la-tumba-de-william-martin/

https://www.libertyship.be/news/l-operation-mincemeat/

 

Les troupes britanniques sur les rives de la Sicile, le 10 juillet 1943. Par Parnall, CH (Lt), photographe officiel de la Royal Navy - http://media.iwm.org.uk/iwm/mediaLib//30/media-30134/ large.jpg Voici la photographie A 17916 des collections des musées impériaux de la guerre., domaine public.

Troupes britanniques sur les rives de la Sicile, 10 juillet 1943.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page