Les illusions dans la guerre, 14-18, Les navires Q

par Jean Marie Champeau 22 Juin 2021, 17:35 application guerre

14-18, Les navires Q

 

U-boots U52 et U35
U52 et U35

La première bataille de l'Atlantique s'est déroulée dans l'Atlantique Nord pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, et a connu un paroxysme en 1917. Elle constitue la première occurrence d'un nouveau type de guerre navale qui surviendra à nouveau lors de la Seconde  Guerre mondiale.

Le terme U-Boot est l’abréviation d'Unterseeboot qui signifie sous-marin en allemand et désigne les sous-marins allemands des deux guerres mondiales. 

         
Les marines de guerre allemandes successives ont appelé leurs sous-marins par une dénomination commençant par un U suivi d'un nombre.

Des navires-leurres

 

Q-ship britannique HMS Tamarisk.
Q-ship britannique HMS Tamarisk.

Lors de la première guerre mondiale, il existait peu d'armes anti-sous-marines pour détecter et attaquer les U-Boots.

Parmi toutes les idées, avait germé celle de les prendre au piège. Si on lui offrait une cible facile, trop petite pour justifier l'usage d'une torpille, il était probable que le U-Boot ferait surface pour la détruire au canon. 

Q-ship avec ses canons cachés

 

Camouflés pour ressembler à un bateau décrépit, les Q-ship « Navires-Q », étaient des leurres qui portaient des canons lourds dissimulés. 

Les Q-ships, sont également connus sous le nom de Q-boats, Decoy ship, Special service ships, ou même Mystery ships. 

 

En principe, les sous-marins allemands seraient attirés à la surface pour couler ou détruire le navire en utilisant le canon de pont, permettant au sous-marin de conserver son stock limité de torpilles.

Le White Ensign
Le White Ensign

Si un U-boot allemand faisait surface, le Q-ship afficherait immédiatement le drapeau "White Ensign" de la Royal Navy, le pavillon de guerre britannique, conformément au droit international, puis déploierait ses canons contre le sous-marin. 

 

 

Le navire-Q pouvait alors dévoiler sa propre artillerie et couler l'imprudent.

Les Britanniques les mettront en œuvre dès 1915. Les Français les imiteront l'année suivante.

 

Jusqu'à la fin du conflit, les Britanniques nieront l'existence de tels navires.
 

Les bateaux

                                                        

  USS Anacapa.
USS Anacapa.

Ce sont de petits navires, cargos ou voiliers. Ils sont choisis pour leur aspect commun et ne doivent pas attirer l'attention.

 

Ils vont être armés de plusieurs canons. Le nombre et l'emplacement varient selon les navires. 

Les canons sont camouflés derrière des cloisons amovibles, simulant des superstructures. 

D'autres camouflages plus créatifs inspirés des décors de théâtre seront également utilisés: Une fausse chaloupe repliable faite de toile peinte sur une légère armature de bois, un faux rouf en planches à cloisons rabattables, ou encore des caisses de bois repliables simulant une cargaison en pontée. 

 

Pour les petits voiliers de cabotage, qui à l'époque ne disposaient jamais de radio et rarement de moteur auxiliaire, on prenait une attention particulière pour camoufler dans le gréement les antennes radio à l'époque très encombrantes.

 


Les volets articulés à l'arrière de l'ancre cachaient des canons de 3 pouces à bord


Certains porteront des tubes lance-torpilles dans la coque. On trouvera aussi des armes plus originales, comme des filets dérivants garnis de mines. 

 

HMS Dunraven
HMS Dunraven

 

Le HMS Dunraven aligne ainsi un canon de 102 mm, 4 de 12 livres et 2 tubes lance-torpilles de 356 mm cachés dans la coque. 
 

 

Précaution supplémentaire, leurs cales sont remplies de tonneaux vides, de poutres de bois ou autres matériaux susceptibles de leur permettre de flotter et continuer à combattre, s'ils venaient à être torpillés.

La technique d’attaque      

 

Le camouflage ne suffit pas, il faut aussi fréquenter des routes commerciales et des escales vraisemblables. L'équipage doit respecter le secret et avoir une apparence crédible de matelots civils


Il est même prévu que le Q-ship se déguise, arborant des couleurs de compagnies maritimes. Il est simplement recommandé d'arborer le pavillon national réel avant d'ouvrir le feu.


Attaqués par un U-Boot, ils doivent se comporter comme un navire marchand, obéissant sans discuter à l'ordre de stopper. S'il est sous le feu du sous-marin, une partie de l'équipage, en civil, doit simuler une évacuation précipitée, pendant que l'autre reste, cachée, auprès des canons. 

Quand le sous-marin est assez proche, les fausses cloisons sont rabattues pour permettre le tir des canons. Si c'est possible, le Q-ship cherche à éperonner son adversaire.

 

Le premier succès date du 24 juillet 1915. Le Prince Charles coule le U-36.

Cargos français


Les Français armeront de leur côté le même genre de bateaux-pièges que les Britanniques, mais en nombre nettement plus faible. Entre autres, les pseudo-cargos construits aux Ateliers et chantiers de Bretagne, à Nantes, et livrés en 1917, à l'initiative du Commandant Jean-Baptiste Charcot, trois cargos de 52 mètres et 500 tonnes, armés de quatre pièces de 90 mm, d'un canon de 47 mm et de mitrailleuses.


Ces navires embarquent des marins de la Marine nationale pour mettre en œuvre l'armement. Dans certains cas, l'équipage est entièrement militaire. 

 

Marguerite VI
Marguerite VI

Le cargo Marguerite VI, ancien cargo allemand nommé Adrana saisi à Rouen, aura, lui, 4 canons de 75 mm. 


Il soutint trois engagements en 1917 dans le golfe de Gascogne avec des sous-marins allemands, en endommageant un et coulant un autre le 17 juin 1917 après un combat acharné qui laissa le navire piège en proie à un grave incendie et plusieurs voies d'eau. 


Maintenu à flot de justesse, le Marguerite VI se traîna jusqu'à Saint-Jean-de-Luz et fut renfloué non sans difficultés. Vendu à un armateur danois après guerre, le Marguerite VI, rebaptisé Helle survécut aussi à la Seconde Guerre mondiale et naviguait encore en 1960, arborant dans sa timonerie la croix de guerre décernée au navire en 1917.

Bilan

 

Tout au long du conflit, 180 Q-ships auront été armés par les Britanniques. Lors de 150 engagements, ils couleront 14 U-Boots, et revendiqueront des dommages causés à 60 autres, contre 27 Q-ships coulés.

Ce chiffre est à rapprocher des 187 U-Boots disparus pendant la Grande Guerre sur les 380 utilisés par l'Allemagne.


Les résultats bruts des Q-ships se révélèrent au total décevants en termes de destruction de sous-marins, l'arme la plus efficace étant au final l'organisation de convois escortés par des navires de guerre.


Les promoteurs de cette stratégie invoquent son utilité psychologique en incitant à la prudence les commandants des U-Boots face à ce qu'ils appelaient des U-boot Fälle, pièges à sous-marins, mais ses détracteurs pointent le durcissement de la guerre sous-marine.


En effet, alors que les instructions de l'amirauté allemande aux commandants de U-Boot au début de la guerre préconisaient l'arraisonnement des navires marchands en laissant aux équipages le temps d'évacuer, la pratique évoluera. 

Certaines actions de Q-ships ont amené le Kaiserliche Marine à cesser de se conformer aux règles de prise pratiquées jusqu’alors. La crainte de rencontrer ces bateaux-pièges conduira les Allemands à minimiser les risques en torpillant désormais sans avertissement les cargos rencontrés. 

   
Ainsi, à titre d’exemple, l’action très controversée du 19 août 1915 où le Baralong coula le U-27.

Le  Q-ship Baralong surprend le U-27 alors qu'il est en train de couler au canon un cargo mixte anglais, le Nicosian après avoir laissé à l'équipage le temps de mettre à la mer les chaloupes de sauvetage. 

 

Arborant le pavillon américain, encore neutre à cette date, ce qui constitue une ruse de guerre considérée comme légitime, le commandant Godfrey Herbert s'approche et signale son intention de recueillir les naufragés, ce que le capitaine allemand Bernd Wegener accepte en faisant cesser le tir le temps du sauvetage. 

Hissant alors le white ensign et démasquant ses canons à 500 m de distance, autant dire à bout portant, Geoffrey Herbert coule le U-27 avec trente-quatre obus, en un temps record. 

Une douzaine de marins allemands dont Wegener tentent de se réfugier à bord du Nicosian, encore à flot, avec à bord une équipe de prise venue du U-27, certains sont mitraillés dans l'eau, d'autres escaladent l'échelle de pilote ou les garants des chaloupes du Nicosian. 

 

Herbert envoie alors un détachement de fusiliers marins, avec instruction de ne pas faire de prisonniers, le détachement retrouve les marins allemands dans la chaufferie du Nicosian et les abat sans sommations. Wegener, qui s'est jeté à l'eau par un hublot, est achevé d'une balle.

 

Dans son rapport, Herbert invoquera sa crainte de voir les marins allemands saborder le Nicosian et la fureur guerrière de ses matelots déterminés à venger le tout récent torpillage du Lusitania et du vapeur anglais Arabic. 

 

 

Des passagers Américains neutres du Nicosian ont été témoins de l’événement.

 

L'amirauté britannique décrète le secret, mais l'affaire filtre dans la presse américaine via les passagers rescapés et sera invoquée par le haut commandement allemand pour décréter la guerre sous-marine sans restriction.

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