Les illusions dans la guerre, 39-45, Jim, le faussaire talentueux

par Jean Marie Champeau 16 Juin 2021, 11:25 application guerre

39-45, Jim, le faussaire talentueux
 

faux bond du trésor américain

Il y avait une guerre. 

 

Une guerre mondiale.

 

Les services secrets des États-Unis, Office of Strategic Services (OSS), devaient être présents sur tous les théâtres d’opération, et n'étaient pas trop regardants sur la moralité des personnels recrutés, en particulier pour faire le sale boulot.

 

Parmi ceux-là, il y avait un homme d'une quarantaine d'années agréable et sympa comme tout, seulement connu de son surnom dans la Direction de la documentation où il a exercé ses talents. 

On l’appelait "Jim the Penman".

Ce surnom était emprunté à l'Allemand Emmanuel Ninger, qui, durant le 19e siècle fut arrêté en 1896, et qui peignait des billets à la plume et au pinceau. Ils étaient si bien exécutés qu'il a pu les passer facilement, et ce n'est que lorsque l'encre a commencé à se dissoudre sur l'un de ses billets que les contrefaçons ont été détectées. 


Notre "Jim", dont le vrai nom est inconnu, était aussi un expert dans le domaine de la falsification de signatures dans les années 40. 

Sa plus grosse erreur a été, quelques années plus tôt, de contrefaire la signature d'un haut responsable du Trésor américain sur des papiers gravés qui ressemblaient presque, mais pas tout à fait, à des bons du trésor américain. 
En conséquence de quoi, après qu’il ait été attrapé, il est devenu l'invité d'un pénitencier fédéral.
L’erreur ne venait pas de son travail, mais plutôt de la texture du papier dont la qualité insuffisante avait trahi les auteurs.

 

Siège de l'OSS
photo de “Donovan of OSS” de Corey Ford

Quand il est devenu clair pour l'OSS à la fin de 1942 que la duplication de signatures de haut personnages ennemis serait l'un des moyens les plus sûrs d'atteindre un objectif de supercherie, "Jim" a été libéré de prison et s'est retrouvé escorté au siège de l'OSS à Washington.

Les experts, c'est-à-dire ceux de la communauté des faussaires, ont affirmé que "Jim" était le duplicateur de signature le plus talentueux qui ait jamais vécu.                                                                   


Cependant, les hommes de l'OSS étaient sceptiques. Le faussaire ne pouvait pas être aussi infaillible. Donc "Jim" a demandé à un haut fonctionnaire d'écrire sa signature sur un papier ligné, «comme vous le feriez sur un chèque», dit-il. Ensuite, "Jim" a étudié l'écriture pendant quelques minutes.


Disposés devant lui se trouvaient une vingtaine de stylos de toutes formes et de toutes tailles, des instruments de sa « profession », ainsi que plusieurs bouteilles d'encre de différentes nuances.
Enfin, il a choisi un stylo, l'a plongé dans l'un des conteneurs d'encre et a commencé a écrire des signatures d’un trait, une sur chacune des lignes au-dessus et en-dessous de la signature authentique.

 

loupe

Maintenant, "Jim" s'est tourné vers l'homme de l'OSS et l’a mis au défi de retrouver son écriture. N'importe quel idiot pourrait reconnaître sa propre signature et l'homme de l’OSS a parié en sortant un billet d'un dollar de sa poche. 

Lorsque la liste des signatures lui a été montrée, le fonctionnaire a dû concéder sa défaite.

Avec un grand sourire, "Jim" a empoché le billet avec un petit commentaire : « Il y a une fortune à faire en écrivant simplement les noms des gens ! » Puis il fit un clin d'œil exagéré.

 

"Jim le Penman" a été mis au travail. Il ne saurait jamais quelle utilisation précise serait faite des documents qui bénéficiaient de son incroyable talent, mais il savait que d'une manière ou d'une autre il aidait à vaincre l'Allemagne. C'était suffisant pour lui.

"Jim" était un artiste sensible, donc le mot a été passé parmi "ses collègues" pour appeler ses produits des « duplications » et jamais comme des « contrefaçons ». 
Il était évident qu'il débordait de fierté de ce qu'il accomplissait pour son pays, et en plus, il n'avait pas d'agents des services secrets ou du FBI à ses trousses.

 

Avec une copie d'une signature authentique à étudier, "Jim" écrivait le nom sur un document avec brio. Toute hésitation ou correction de la contrefaçon serait fatals, vite découverts par les services Allemands ou Japonais. Des noms comme Adolf Hitler, Benito Mussolini, Philippe Pétain, et Hermann Göring étaient familiers pour "Jim le Penman".

signature Adolf Hitler
Signature Benito Mussolini

 

 

 

 

signature Philippe Pétain
signature Herman Goring

 

signature Henrich Himmler

Comme un athlète qui donne le meilleur de lui-même dans des matchs cruciaux, "Jim" tenait sa meilleure forme quand il fallait contrefaire des signatures presque illisibles. Le chef de la Gestapo et des SS, Himmler, avait une des signatures les plus difficiles à lire, mais "Jim" s'est régalé  avec le problème de cette « duplication ». L'une après l'autre il signa une cinquantaine de cartes d'identité SS.

Après la fin de la guerre en 1945, les responsables de l'OSS ont tenté d'obtenir une sorte de reconnaissance pour "Jim le Penman". Ils n’ont pas eu de réponse, Washington a évité d'attribuer des citations à un faussaire condamné, même si celui-ci a joué un rôle si important dans la tromperie de l'ennemi.
                                                                                                                   

L’OSS a été démantelée le 1er octobre 1945 par le Président Harry S. Truman pour être remplacée par la CIA. 
  

En 2008, la déclassification d'archives de l'OSS a fait ressortir les noms de 35 000 employés de ce service. Nul doute que le nom réel de notre "Jim" y figure mais je ne l’ai pas retrouvé. Parmi les célébrités on note la présence du gangster Lucky Luciano

 

Quand on vous dit que l’OSS n’était pas trop regardante sur ses recrues à l’époque !

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