Les illusions dans la guerre, 39-45, L’évadé déguisé

par Jean Marie Champeau 20 Juin 2021, 10:31 application guerre

39-45, L’évadé déguisé

 

Ian Garrow
Ian Garrow

Le capitaine Ian Garrow, de la 51e division «Highland», avait été séparé de son régiment lorsque les armées allemandes ont piégé la plupart des forces britanniques dans le port français de Dunkerque au printemps 1940.


Il a réussi à échapper aux Allemands et aux autorités de Vichy alors qu'il traversait le pays, atteignant finalement Marseille. Là, il trouve refuge avant de se diriger vers les Pyrénées et de s'enfuir vers l'Espagne neutre.

 

Sur le chemin des montagnes, Garrow a changé d'avis. Il fait demi-tour, revient à Marseille, et malgré la menace bien réelle d'être arrêté par la Gestapo et sommairement abattu, Garrow y crée la une filière d'évacuation. 

plan des réseaux PAT , COMET et SHELBURNE
plan des réseaux PAT , COMET et SHELBURNE

 

La filière deviendra finalement l'un des réseaux d'évasion les plus importants de la guerre, faisant passer de nombreux militaires alliés hors de France à travers les Pyrénées vers l’Espagne, d'où ils ont pu se rendre en Angleterre par bateau ou par avion.

 

Déguisés en civil, ils voyageaient à pied, à vélo, en bus, en voiture, en train et même en charrette à cheval.
 

Après un an et demi de clandestinité, en octobre 1941, le capitaine Garrow a été arrêté par la police française du gouvernement de Vichy.

 

Il avait été trahi par un « collègue », Harold Cole, un courrier qui prétendait être capitaine de l'armée britannique échappé de Dunkerque. En réalité Cole était un traître qui, en plus, avait détourné des fonds. Ce ne serait que beaucoup plus tard qu’on apprendrait que Cole avait un long casier de condamnations civiles pour cambriolage et fraude.
                                                                         

Patrick Albert O'Leary dont le vrai nom est Albert-Marie Guérisse, a appris que Garrow avait été arrêté. Il a immédiatement commencé les recherches pour localiser l’endroit où le capitaine était retenu.

Albert-Marie Guérisse

 

En 1940, lorsque l'armée allemande avait rapidement envahi la Belgique, Guérisse s’est enfui en Angleterre, où il s’est porté volontaire pour être renvoyé en France en tant qu'espion pour le Special Operations Executive (SOE).  Ils a reçu un nom d'emprunt, Guérisse est devenu Patrick O'Leary.


Dans la nuit du 25 avril 1941, il était en route pour recruter des agents pour le S.O.E. dans le village de pêcheurs de Collioure.

En débarquant de nuit le long de la côte Sud de la France, O’Leary a été repéré et arrêté. Après avoir passé plusieurs mois dans un camp d’internement, il s'évade, et se dirige vers Marseille et c’est là qu’il fait la connaissance de Ian Garrow, qui était dans la ville pour tisser des liens pour sa filière de fuite vers l'Espagne.

                        

Guérisse alias Patrick O'Leary a été recruté dans le réseau par Garrow, qui avait besoin d'un locuteur français pour aider à gérer le réseau. 

 

Après que Garrow ait été capturé, O'Leary a pris en charge la filière d’évacuation, lui donne le nom de PAT et l'a progressivement élargi jusqu'à plus de 250 membres dans toute la France.

L’évasion de Garrow

 

Camp de Mauzac
Camp de Mauzac

Vers la fin de 1942, O'Leary a appris que le capitaine Ian Garrow était détenu à Mauzac, un camp d’internement français en attente d’être envoyé au camp de concentration allemand à Dachau.
O'Leary, sous les traits d'un voyageur de commerce, a fait une reconnaissance à Mauzac, et a vu que le camp était fortement gardé et entouré de trois réseau de barbelés.

 

Mauzac est un camp militaire, et les gardiens qui ne sont pas en uniforme sont assistés par des soldats de Vichy qui rejoignent leur casernes le soir.

 

Le Belge a rapidement jugé que le seul espoir de faire évader Garrow rapidement, était que le prisonnier porte un uniforme de soldat et qu’il sorte avec eux à leur départ du soir. 

O'Leary s'est rapproché d'un des gardes et lui a offert 250 000 francs, soit environ six années de salaire, pour faire entrer un uniforme dans le camp. L'homme a accepté de faire le travail, et O'Leary lui a donné la moitié du pot-de-vin, sur les fonds fournis par le gouvernement britannique.

Il a également appris du même garde que le temps était compté pour le Capitaine Garrow car son départ pour le camp de la mort allemand était prévu dans une semaine.


Il s'est rendu à Toulouse et a joint Paul Ulmann, le tailleur du réseau, qui a créé un uniforme qui conviendrait à Garrow.
Ulmann et sa femme ont travaillé presque sans interruption pendant quarante-huit heures pour terminer le travail, et O'Leary l'a apporté à Mauzac le 30 novembre 1942. 

Gardes mobile à Mauzac  
Gardes mobile à Mauzac  

A son arrivée, catastrophe, le camp n’est plus gardé par des soldats de Vichy mais par des gendarmes français. L’uniforme qu’O'Leary avait apporté avec lui est inutile.

O'Leary se hâta de retourner à Toulouse, et le couple Ulmann façonna un authentique uniforme de gendarme français, encore une fois en deux jours d'efforts effrénés.

          

À 6 h 45, le 8 décembre 1942, un groupe de gendarmes traversait la porte du camp de Mauzac après avoir terminé leur quart de garde.

Avec eux se trouvait un grand homme qui, contrairement aux autres, ne semblait pas participer aux conversations. Dans son uniforme de gendarme parfaitement ajusté Ian Garrow sortait du camp.

 

Patrick O'Leary  le met à l'abri chez Marie-Louise Dissard à Toulouse. Ian Garrow est retourné en Angleterre au début de février 1943 en traversant les Pyrénées et en rejoignant le consulat britannique à Barcelone.  Il restera en Angleterre jusqu'à la fin de la guerre.

Il est décédé en Écosse en 1976 après une brillante carrière au S.O.E. et MI9.

Epilogue      
                                              

Portrait du camp "Pat O'leary"
Portrait du camp "Pat O'leary"

En janvier 1943, le réseau sera infiltré par l'agent double français Roger Le Neveu surnommé « Roger le légionnaire ». 

O'Leary a été arrêté par la Gestapo à Toulouse le 2 mars de la même année. La Gestapo démantèle complètement le réseau Pat O’Leary. 

 

Le 16 octobre 1943, catégorisé "Nacht und Nebel", c'est-à-dire destiné à disparaître "dans la nuit et le brouillard", il est déporté au camp de concentration de Mauthausen. 

Le 20 juin 1944, il est transféré au camp de Natzwzeiler Struthof (Alsace) d'où il parvient, à faire passer un message qui parviendra en Angleterre, faisant savoir que « Pat est vivant en Allemagne ». 

Le 4 septembre 1944, il est acheminé au Camp de concentration de Dachau. 

Le 29 avril 1945, le camp de Dachau est libéré par le 157e Infanterie de la 45e division US. 


Albert-Marie Guérisse alias Patrick O'Leary a survécu à la guerre. Il est décédé à Waterloo le 26 mars 1989, à l’âge de 78 ans. 
 

 

Marie Louise Dissard, dite Françoise
Marie Louise Dissard

Le réseau d’évasion a été repris par Marie Louise Dissard, dite Françoise, une femme aux cheveux blancs dans la soixantaine qui était responsable de l’organisation du réseau à Toulouse. 

 

Après avoir sauvé les papiers compromettants, Françoise se réfugie quelques temps dans sa ville natale, Cahors, puis déterminée retourne à Toulouse. Le War Office, persuadé que cette filière d’évasion est anéantie, suspend tous les financements et toutes les opérations.

 

Françoise ne renonce pas. Elle se rend en Suisse pour rencontrer l’ambassadeur britannique et le persuader de reconstituer le réseau d’évasion. Convaincus, les Anglais lui donnent les moyens nécessaires à la mise en place d’un nouveau réseau, homologué sous le nom de « Réseau Françoise » en mai 1943.


La poursuite de l’activité du réseau a permis à 110 évadés supplémentaires de s'échapper.

 

Malheureusement une des guides des Pyrénées fut capturée à Perpignan en janvier 1944 et le nom de Marie Dissard figurait dans son carnet. Informée que les Allemands étaient en route, elle est entrée dans la clandestinité à Toulouse, le réseau est entré en sommeil.

 

Marie-Louise Dissard est décédée, infirme, malade et solitaire en juillet 1957 à Toulouse

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