Les illusions dans la guerre, 1945, Le V2

par Jean Marie Champeau 23 Juillet 2021, 19:04

 Le V2 (missile)

 

Décollage d'un A4 depuis un pas de tir à Peenemünde pour un vol d'essai.
Décollage d'un A4 à Peenemünde

Le V2 Vergeltungswaffe 2 (arme de représailles) ou A4 est un missile balistique et lancé à plusieurs milliers d'exemplaires en 1944 et 1945 contre les populations civiles, principalement au Royaume-Uni et en Belgique.

Cette fusée de 13 tonnes pouvait emporter une charge explosive de 800 kg à une distance de 300 kilomètres. 

 

C'est la première grosse fusée construite et les technologies mises au point durant sa conception, telles que la propulsion à ergols liquides de grande puissance et les gyroscopes de précision, ont plus tard bouleversé ce domaine technique. 

 

La réalisation du missile V2 est le résultat des travaux d'ingénieurs et chercheurs allemands dans le domaine des fusées, qui débutent dans les années 1920 et qui sont soutenus à partir de 1934 par l'armée allemande, désireuse de disposer de nouvelles armes échappant aux limitations du traité de Versailles. 

Les fusées de la série Aggregat, de puissance croissante, sont mises au point par de jeunes ingénieurs comme Helmut Gröttrup, Arthur Rudolph, Walter Thiel et Wernher von Braun, en s'appuyant sur les travaux de plusieurs pionniers de l'astronautique.


La fusée V2 est mise au point à Peenemünde, mais sa production en série, qui débute en 1943, est effectuée dans l'usine souterraine de Mittelwerk, dans laquelle périssent plusieurs milliers de prisonniers placés sous la coupe des SS.

Son guidage imprécis, sa charge militaire limitée ne permettent pas d'avoir un impact notable d'un point de vue militaire : les 3000 V2 tirés ont tué quelques milliers de civils en drainant les ressources d'une Allemagne exsangue. 


Le développement de l'A4 qui avait débuté vers mai 1937 ne débouche sur un premier essai de la propulsion sur banc d'essais que le 21 mars 1940. 

La première fusée complète est amenée sur le banc d'essais pour un test statique en octobre 1940 mais la mise à feu est repoussée durant tout le premier semestre 1941 car de nombreux problèmes apparaissent : soudures de mauvaise qualité, problèmes de gestion des vannes et des commandes pilotant le moteur-fusée, mise au point de la tuyauterie du système d'injection et de l'ensemble turbopompe/générateur de gaz. 

 

Les tests statiques ne s'achèvent que durant l'été 1941 et le moteur-fusée est mis à feu sur son banc d'essais pour la première fois en septembre 1941. 

V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII, été 1943.
V2, 4s après le décollage été 1943.

Le premier vol a finalement lieu le 13 juin 1942. De nombreux responsables de l'armée y assistent. 

La fusée décolle puis disparaît derrière le plafond nuageux très bas. L'A4 s'écrase dans la mer à environ 600 mètres du rivage.

 

Le second vol a lieu le 16 août 1942. La fusée décolle cette fois sans mouvement de roulis et dépasse Mach 2 mais la propulsion s'arrête 45 secondes après le décollage au lieu des 60 secondes prévues et elle s'écrase à seulement 8,7 kilomètres du site de lancement. 
                                                              

Le tir qui a lieu le 3 octobre 1942 et est un succès total. La fusée s'élève jusqu'à une altitude de 80 kilomètres et s'écrase dans la mer à 190 km de son point de départ. 


 

Pour Domberger, responsable du projet, seules des équipes mobiles, constituées de soldats ayant reçu un entrainement spécialisé, pouvaient échapper aux chasseurs alliés. Les responsables allemands décident finalement de créer une batterie sous blockhaus et deux batteries mobiles.


Les travaux sur la batterie sous blockhaus sont confiés à l'organisation Todt et débutent en mars 1943 à Eperlecques près de Calais. 

Le site a été choisi parce qu'il est à portée des régions visées par les missiles, proche d'une voie ferrée et relativement abrité des attaques aériennes à la fois par le relief et la végétation.

 

Le blockhaus d'Éperlecques, ouvrage gigantesque, emploie rapidement plusieurs milliers de personnes, majoritairement des Français mobilisés par le STO car il est prévu de couler 120000 m3 de béton. 

Dès mai des photos prises par des avions de reconnaissance aérienne alertent les alliés. Bien qu'ils ne connaissent pas l'objectif de l'installation, ils décident le lancement d'un bombardement massif. 

Le 27 août, 366 bombes d'une tonne sont largués sur le chantier en infligeant des dommages qui conduisent à l'abandon du site par les Allemands.

 

À la suite du bombardement d'Éperlecques, les dirigeants allemands décident de réaliser la batterie blindée dans une ancienne carrière de craie située non loin dans la commune d'Helfaut, près de Saint-Omer. L'installation comprend un immense dôme de béton (la coupole d'Helfaut) de 71 mètres de diamètre et de 5 mètres d'épaisseur sous laquelle doit être creusé un réseau de galeries et de salles. Le site en construction est à son tour régulièrement bombardé à partir de mars 1944. Le 17 juillet 1944, un raid utilisant des bombes géantes de type Tallboy bouleverse suffisamment le sol pour déstabiliser les fondations de la coupole par ailleurs intacte. Les Allemands décident d'abandonner définitivement l'idée de construire des sites de lancement abrités dans des blockhaus, et de confier le lancement à des bataillons de lancement mobiles. 

 

Décollage d'une V2 depuis un pas de tir camouflé dans une forêt près de La Haye, aux Pays-Bas.
V2 près de La Haye, aux Pays-Bas

À la suite de l'abandon des blockhaus blindés, des unités spécialisées sont formées pour mettre en œuvre les missiles.

 

L'organisation retenue vise à simplifier au maximum les opérations de lancement pour réduire le temps de préparation et permettre l'utilisation de sites non préparés. Les missiles V2 sont livrés par chemin de fer puis sont stockés dans des ateliers situés à quelques kilomètres des sites de lancement. Des équipes de techniciens affectés à l'atelier vérifient le fonctionnement des missiles avant de les livrer à des équipes de lancement qui, après avoir choisi un site de tir, procèdent au chargement des ergols avant d'effectuer le lancement. 

 

Le général SS Hans Kammler, qui dirige la production des V2, crée au cours de l'été 1944 deux unités destinées au lancement des V2 comptant chacune plus de 5000 hommes et environ 1600 véhicules spécialisés : huit bataillons comprenant chacun 3 unités de lancement. Le groupement Nord est installé près de Nimègues, aux Pays-Bas. Le groupement Sud est installé, au début de la campagne de tir, autour de Euskirchen, en Allemagne.


Un premier tir avait été prévu le 6 septembre 1944, depuis le plateau des Tailles au lieu-dit Petites-Tailles dans l'Est de la Belgique, non loin de Saint-Vith, mais des ennuis techniques et l'avance des Alliés qui avaient franchi la Meuse contraignirent les Allemands à se rapprocher de leur frontière. 

 

La première fusée V2 fut donc tirée le 8 septembre 1944 depuis Gouvy, en Belgique, en direction de Paris. En 5 minutes, elle atteignit Maisons-Alfort, en banlieue parisienne, tombant sur des immeubles situés 25, rue des Ormes et 35, rue des Sapins. 

 

Le premier missile opérationnel de l'histoire fit six morts et 36 blessés : « Paris venait d'avoir le redoutable privilège d'être la première cible d'un engin balistique militaire ». Plus tard le même jour, le premier V2 tiré sur Londres tombait à Chiswick. 

Il faudra deux mois et deux cents explosions sur son sol avant que le gouvernement britannique ne communique sur l'attaque des V2 en cours. Les missiles arrivant à une vitesse de Mach 3,5, supérieure à celle du son, c'est-à-dire dans un silence total, les explosions pouvaient être imputées à toutes sortes de causes. 

 

Lors de la chute du premier V2 sur Londres, personne ne comprit sur le moment qu'il s'agissait d'une bombe. On crut à l'explosion d'un immeuble due au gaz, jusqu'à la découverte des débris de la tuyère.

En tout, 4000 engins furent construits pour être lancés vers le Royaume-Uni et Londres, dans des conditions très dures pour les prisonniers affectés à ces travaux forcés dans l'usine souterraine de Dora

 

Les V2 tuèrent deux fois plus de déportés en Allemagne que de civils au Royaume-Uni.

 

Mis très tard en service, les V2 furent lancés depuis des sites que l'avance des troupes alliées imposa de déplacer plusieurs fois. Les dernières batteries furent installées dans la région de Münster, visant Anvers et Liège.

 

Malgré les dégâts infligés aux infrastructures de fabrication et de lancement, 1560 V2 furent lancés entre le 8 septembre et la fin de 1944, principalement vers Londres (450) et Anvers (920), mais aussi vers Norwich (40), Liège (25), Paris (22) ainsi que vers Lille, Tourcoing, Arras, Maastricht, Hasselt.

Les tirs de 1500 autres V2 se poursuivirent jusqu'au 27 mars 1945, principalement depuis La Haye, et toujours vers Londres et Anvers, ainsi que vers quelques cibles militaires. Les dernières fusées furent tirées vers le Kent.

 

Au total la région de Londres reçut 1350 V2 et celle d'Anvers plus de 1600, les victimes étant surtout civiles.

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wunderwaffe

https://fr.wikipedia.org/wiki/V2_(missile)

 

Photos

Décollage d'un A4 depuis un pas de tir à Peenemünde pour un vol d'essai.

Par Bundesarchiv, Bild 146-1978-Anh.026-01 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5482980


V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII, été 1943.

Par Bundesarchiv, Bild 141-1880 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5338474

 

Décollage d'une V2 depuis un pas de tir camouflé dans une forêt près de La Haye, aux Pays-Bas.

Par Bundesarchiv, Bild 141-1879 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5418745

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