Les illusions dans la guerre, 39-45, Des chars sculptés à Iwo Jima

par Jean Marie Champeau 5 Juillet 2021, 08:55 application guerre

39-45, Des chars sculptés à Iwo Jima


                              

Raising the Flag on Iwo Jima, par Joe Rosenthal
Raising the Flag on Iwo Jima, par Joe Rosenthal

La bataille d'Iwo Jima est l'assaut, durant la guerre du Pacifique, mené par les forces américaines sur l'île japonaise d'Iwo Jima, petite île à environ 1 000 km au sud de Tokyo


Elle se déroula entre février et mars 1945 et fut certainement le plus sanglant épisode de la guerre du Pacifique pour les Américains. En effet, l'île, dernier bastion avant Tokyo, était parcourue d'un vaste réseau souterrain et regorgeait de pièges.



Elle a été âprement défendue jusqu’au dernier homme par les japonais et ce jusqu’à la fin de la guerre et même au-delà puisque, pour la petite histoire, Yamakage Kufuku et Matsudo Linsoki, deux mitrailleurs de la Marine impériale japonaise, ont continué à combattre sur l’île, refusant de croire à la défaite de leur armée jusqu’en janvier 1949(*)

 

L’événement de la prise de l’île a été particulièrement médiatisé par le cliché de couverture pris le 23 février 1945 par le photographe américain Joe Rosenthal. des Marines érigeant le drapeau au sommet du mont Suribachi.

                                               
(*) Ce qui n’est rien à côté de Hirō Onoda qui combattit aux Philippines jusqu’en 1974. 

Leures


Comme tous les belligérants, le Japon a fait un usage intensif des leurres tout au long de la guerre.

Faire croire qu’on a plus de matériel que la réalité a pris une importance accrue à mesure que la marée de la guerre allait contre les japonais en 1944 et 1945. 

À l'aérodrome tenu par les Japonais dans le district de Tianhe en Chine, les Japonais ont peint au sol l'image d'un bombardier B-29 qui semblait être en feu. 
Leur intention était que l'image peinte intrigue les avions d’observation, qui abaisserait leur altitude afin d'enquêter, faisant ainsi d'eux des cibles pour les tirs anti-aériens japonais. 

                                                             

Lors de la bataille d'Iwo Jima, les leurres ou les camouflages n’ont pas été absents.

Tank enterré
Tank enterré

Un char japonais enterré pour couvrir les approches de l'aérodrome numéro 2. Les Japonais ont enterré tous leurs blindés afin de profiter au maximum de leur puissance de feu comme pièces d'artillerie supplémentaires. 

Mais dans ce chapitre, une mention particulière concerne la créativité dont ils ont fait preuve.
Profitant de la nature meuble du sol, le camouflage japonais comprenait des chars factices sculptés dans la roche volcanique de l'île. 

5 mai 1945

La qualité des détails est bien illustrée par cette vue d'un char factice trouvé sur Iwo Jima. 
Il est construit en cendres volcaniques consolidées, qui sont douces et peuvent facilement être travaillées avec un couteau.

Bonus, qui sont les soldats hissant le drapeau américain?

 

Timbre Raising the Flag on Iwo Jima
Timbre Raising the Flag on Iwo Jima

Notre article commence par la fameuse photo «L’élévation du drapeau sur Iwo Jima» («Raising the Flag on Iwo Jima»).

Pris le 23 février 1945 par Joe Rosenthal. Le cliché montre un groupe de Marines américains en train de hisser le drapeau national sur le mont Suribachi, pendant la bataille sur l’île d’Iwo Jima. 

 

La photographie eut immédiatement un immense succès, et fut reproduite dans des centaines de publications. Elle est aussi la seule à avoir reçu le prix Pulitzer l’année de sa capture. Elle a été décrite comme l'une des plus grandes photographies de guerre de tous les temps. 


La photographie fut plus tard utilisée par Felix de Weldon pour la sculpture de l'USMC War Memorial, situé à proximité du cimetière national d'Arlington, non loin de Washington.

Des six hommes présumés présents sur la photographie, trois (Franklin Sousley, Harlon Block et Michael Strank) n'ont pas survécu à la bataille. Les trois survivants (John Bradley, René Gagnon et Ira Hayes) sont restés célèbres. 
 

Tous les hommes figurant sur la photo n’ont pas été formellement identifiés, en particulier John Bradley, un aide-soignant de la Marine, censé être le deuxième personnage en partant de la droite sur «L’élévation». Après investigations, l'armée américaine a reconnu le 23 juin 2016 que John Bradley n'était pas sur cette photo et qu'en réalité, c'était le Marine Harold Schultz, décédé en 1995.  Les deux hommes avaient cependant hissé ensemble un premier drapeau, plus tôt dans la journée.

 

Son fils James Bradley est l'auteur du livre "Mémoires de nos pères" en 2000, adapté en film par Clint Eastwood en 2006, sous le même titre.

Le premier cliché(Louis R. Lowery)
Le premier cliché(Louis R. Lowery)

 

La difficulté d’identification des marines sur cette photo, en particulier, vient du fait que le cliché célèbre est, en réalité, une seconde prise de vue du même événement. Le premier drapeau hissé étant trop petit pour être facilement repérable des plages voisines, un drapeau plus grand a été érigé à la place, et ce ne sont pas les 6 mêmes hommes qui ont refait l’action.

L’élévation du drapeau sur Iwo Jima

 

 

 

 

 

Les six soldats qui élevèrent le second drapeau:

#1, Cpl. Harlon Block (, 1er mars 1945)
#2, Pfc. Harold Keller / Cpl René Gagnon)
#3, Pfc. Franklin Sousley (, 21 mars 1945)
#4, Sgt. Michael Strank (, 1er mars 1945)
#5, Pfc. Harold Schultz
#6, Pfc. Ira Hayes 

 

On observera que le Marine n°2 qu’on distingue à peine est René Gagnon alors que sur d’autres sources on l’identifie comme étant Harold Keller. Pourtant René Gagnon figure bien sur le cliché car c’est lui qui a identifié les autres soldats de la photographie. 
                           
et selon une autre source :              

 

Bonus du bonus, pourquoi cette photo nous parle-t-elle ?

 

Raising the Flag on Iwo Jima avec règle des trois tiers

La photo en noir et blanc représente 6 soldats américains plantant un drapeau. 

Rosenthal, le photographe, est proche d’eux au moment de la photo, il se tient debout sur quelques pierres pour prendre ce cliché. La vue est ainsi horizontale (ligne verte). 


Le plan général permet de comprendre immédiatement ce qui se passe sous nos yeux. 

Le mât du drapeau trace une diagonale qui coupe la photo en 2, en dessous la guerre, au dessus l’espoir. 


La ligne du mât, le soldat agenouillé, qui est sur un point de force de la grille, et le sol créent une croix, cette composition dirige le regard sur la finalité du mouvement : le drapeau est planté et va être dressé.

L’image est constituée de 3 plans :

    • Premier plan : le sol couvert de débris et de végétaux hachés, symbole de la violence des combats.

    • Deuxième plan : les soldats déterminés à vaincre, en train de dresser un mat dont on ressent le poids.

    • Troisième plan très clair : le ciel. Celui ci permet à l’image des soldats de se détacher.


Cette construction en trois plans permet de mettre le focus sur le sujet de la photo : le combat des soldats pour la liberté. 


Le premier et le troisième plan représentent la désolation et l’isolement, les soldats représentent, eux, l’espoir d’une victoire.

Raising the Flag on Iwo Jima et triangle

Le triangle, formé par le mât du drapeau, les soldats et la ligne d’horizon donne à cette image une incroyable dynamique
              
« Le tuyau de vingt pieds était lourd, ce qui signifiait que les hommes ont dû forcer pour le mettre sur pied. C’est ce qui crée cette impression d’action », explique Joe Rosenthal.

 

Au travers de la construction de cette image l’on peut ressentir l’effort qu’il est nécessaire à ces soldats pour lever ce drapeau par son poids bien sur, mais surtout par la dureté des combats qui les ont amenés à grimper les 166 mètres de ce volcan.

 

La photo illustre l’ensemble des batailles dans le Pacifique qui ont amené les soldats américains depuis Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, jusqu’à ce premier bout de terre stratégique du Japon. 

 

Toute la force que ces soldats déploient à lever ce drapeau symbolise que l’Amérique parvient toujours à se relever du désastre.                                                                          

Et c’est, justement cela, que les politiques américains de l’époque vont voir dans cette photo.

le mont Suribachi
le mont Suribachi

 

ACCUEIL

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page