1989, L’Opération Just Cause
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Le Canal de Panama relie le golfe de Panama dans l’océan Pacifique, à la mer des Caraïbes dans l’Atlantique.
Il ne fait aucun doute que si Panama ne portait pas sur son sol le canal du même nom et les droits de passage qui vont avec, ainsi que sa position stratégique, ce pays n’aurait jamais vu autant de puissances s’intéresser à lui.
Depuis son ouverture, le canal a remporté un énorme succès et continue d’être un point de passage pour de nombreux bateaux. Chaque année, il est emprunté par plus de 14000 navires transportant plus de 203 millions de tonnes de cargaison.
Les droits de passage dans le canal, pour ne parler que de cela, basés sur le type de navire, la taille et le type de cargaison, ont rapporté en 2006 1,4 milliards de dollars.
Noriega
Manuel Antonio Noriega, accède au pouvoir en 1968 par un coup d'État orchestré par Omar Torrijos, qui devient de facto le dirigeant du pays.
Après la mort de ce dernier en 1981, Noriega devient le nouvel homme fort du Panama en tant que chef des forces armées, position qu'il occupe de 1983 à 1989.
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Les relations entre les États-Unis et Noriega ont duré pendant deux décennies, de 1959 au début des années 1980, lorsque Noriega était un élément actif des services de renseignement américains et salarié par la CIA.
Noriega a travaillé à faire progresser les intérêts américains en Amérique centrale, notamment en sabotant les forces socialistes et révolutionnaires en Amérique latine, recevant plus de 100.000 dollars américains par an.
Cet argent a récompensé de précieux services. Le Panama de Noriega a été ainsi l’un des rares pays à recevoir le Shah d’Iran après sa chute, ce précieux allié des Etats-Unis étant devenu un paria après son éviction par des islamistes radicaux.
Il a accepté d’héberger des stations d’écoute tournées vers le Nicaragua, un pays tombé aux mains de la gauche révolutionnaire. Il a aidé l’agence américaine chargée de la lutte contre le trafic de drogue, la DEA, à frapper certains réseaux.
L’enfant pauvre de Panama City en a été récompensé. Il a été accueilli par deux fois avec les honneurs à Washington. En décembre 1976, il a eu droit à une visite de la CIA en compagnie du futur président américain George Bush (le père de George W. Bush), alors directeur de l’agence.
Des années plus tard, en novembre 1983, il a reçu un accueil tout aussi généreux de la part du nouveau maître des lieux, William Casey, qui l’a présenté à une kyrielle de hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche, du Département d’Etat et du Pentagone.
Il fallait alors une bonne dose de cynisme, ou de réalisme, pour réserver un tel traitement à Manuel Noriega. Le militaire avait notamment beaucoup de sang sur les mains et ne s’en cachait guère auprès de ses contacts américains.
Il a déclaré un jour à l’un d’entre eux qu’il avait appris une chose de l’assassinat manqué d’un prêtre en 1971: il faut toujours tuer sa victime avant de la balancer d’un hélicoptère. A la tête d’escadrons de la mort baptisés «les bataillons de la dignité», il a aussi exécuté des opposants et terrorisé les survivants.
L’agent Manuel Noriega présentait à l’époque un autre inconvénient: il participait activement au commerce de la drogue. Il en faisait déjà au début des années 1970.
La décennie suivante, il a franchi une nouvelle étape en se liant à l’une des principales organisations criminelles de Colombie, le cartel de Medellin, auquel il a offert diverses facilités au Panama. Les preuves de cette activité avaient beau s’accumuler au fil des ans, le personnage est longtemps resté intouchable à Washington en raison de ses rapports privilégiés avec les milieux du renseignement.
Le jeu de Noriega était tout aussi machiavélique, sur la scène politique.
Tout en aidant les Etats-Unis à combattre le régime cubain et son allié nicaraguayen, l’homme fort du Panama aidait La Havane à contourner l’embargo américain et en facilitant la fourniture d’armes aux guérillas salvadoriennes et colombiennes. Au point de recevoir de certaines voix de gauche, à la fin des années 1980, le titre de «commandant de la dignité latino-américaine».
La disgrâce
Mais le vent a fini par tourner. L’explosion du scandale Iran-Contra, le financement de la guérilla anti-sandiniste par la vente d’armes au régime de Téhéran, a écarté l’un des plus fervents soutiens du Panaméen à Washington, le lieutenant-colonel Oliver North.
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Puis la mort a emporté son allié le plus haut placé, le directeur de la CIA William Casey. Signe des temps, un sous-comité du Sénat, comprenant l’actuel secrétaire d’Etat John Kerry, s’est alors mêlé de débrouiller l’écheveau des connivences.
En pleine Guerre froide, les Etats-Unis auraient probablement continué à soutenir Manuel Noriega, de peur que son pays ne passe dans le camp de l’Union soviétique. Mais Washington connaissait alors une détente sans précédent avec Moscou. Et l’ancien directeur de la CIA George Bush, élu à la Maison-Blanche, avait placé au cœur de son agenda la «guerre à la drogue».
Autant de bouleversements défavorables au Panaméen.
Noriega fut accusé d'avoir été un agent double, pour avoir transmis des informations hautement confidentielles à Cuba, d'avoir facilité le transfert de technologies sensibles à des pays du bloc de l'Est et d'avoir vendu des armes aux guérilleros pro-communistes.
En 1987, il est lâché par les États-Unis. En 1988, le président américain Ronald Reagan "négocia" avec le général Noriega, demandant à celui-ci de démissionner pacifiquement, tout en faisant pression sur lui avec plusieurs actes d'accusation liés au trafic de drogue et au racket devant les tribunaux américains en 1988.
En mars 1988, une tentative de coup d'État contre son gouvernement du Panama a été déjouée par les forces de Noriega.
En mai 1989, pendant les élections nationales, une alliance de partis opposés à la dictature militaire de Manuel Noriega a compté les résultats de l'élection avant qu'ils soient envoyés aux centres régionaux montrant leur succès.
Noriega déclara l'élection nulle et resta au pouvoir par la force, se rendant impopulaire parmi les Panaméens.
En octobre 1989, Noriega déjoua une deuxième tentative de coup d'État dirigée par le major Moisés Giroldi.
Tromperies de Noriega
En décembre 1989, lorsque le chef du Panama, s'est rendu compte qu'il était surveillé par l'armée américaine, il a recouru à plusieurs mesures trompeuses pour masquer ses mouvements et ses emplacements.
Parmi ces mesures, il a notamment utilisé des sosies, des véhicules et aéronefs leurres, de faux convois, des changements fréquents de vêtements, d'enregistrements de sa voix joués à des endroits où il n'était pas présent et de changements fréquents de son emplacement réel.
Il faisait préparer ses repas par une femme de confiance, la mère de sa maîtresse préférée, Vicky Amado, pour éviter un empoisonnement.
Tromperies américaines
Les États-Unis décidèrent d’intervenir et collectèrent des informations décisives par l'intermédiaire de l'entreprise de cryptographie que le Panama avait utilisé pour ses communications confidentielles.
Du côté américain, la tromperie comprenait des mouvements de troupes à l'intérieur et autour des bases américaines au Panama, qui ressemblaient à des missions d'entraînement de routine.
Un renforcement logistique déguisé en activité de routine et des exercices à grande échelle aux États-Unis n’ont pas alerté les dirigeants panaméens sur les intentions américaines.
Alors que Noriega et ses subordonnés savaient que les États-Unis avaient la capacité d'agir, ils ont été induits en erreur par leurs perceptions de l'activité américaine.
En conséquence, lorsque l'attaque a eu lieu, les États-Unis ont bénéficié de la surprise, ce qui leur a permis de remporter une victoire rapide.
L’Opération
Cette opération du 20 décembre 1989, intervient dix ans avant que la souveraineté du Canal de Panama ne soit rendue par les États-Unis au Panama.
En ce qui concerne les raisons énoncées par les États-Unis pour justifier l'invasion, elles sont de trois ordres.
- Le dirigeant militaire panaméen Manuel Noriega après avoir déjoué plusieurs coups d'État et annulé les élections le mettant en minorité, avait menacé la vie des quelque 35000 citoyens américains qui vivent à Panama.
- Panama était devenu un pôle du blanchiment d'argent de la drogue et un point de transit pour le trafic de drogue aux États-Unis et en Europe.
- Les politiciens américains indiquèrent que Noriega menaçait la neutralité du canal de Panama, et que les États-Unis avaient le droit, en vertu des traités, d'intervenir militairement pour protéger le canal.
Les États-Unis avaient fermé les yeux sur les exactions de Noriega depuis les années 1970
mais c’était terminé.
Au terme de cette invasion qui dura moins d'un mois, Manuel Noriega a été déposé et la Force de défense panaméenne dissoute.
Traqué de toutes parts, Noriega voulait rejoindre l'une ou l'autre des ambassades amies, de Cuba, du Nicaragua, ou de la Libye, mais les Américains surveillaient les bâtiments. En revanche, une autre représentation diplomatique échappa à leur vigilance: celle du Vatican.
Il se réfugia dans la résidence du nonce apostolique José Sebastian Laboa, alors que les soldats américains se déployaient en masse dans le pays. Pour forcer cet amateur de musique classique à se rendre, les Américains iront jusqu’à diffuser du hard rock et du heavy metal en continu par haut-parleurs.
Les jours passent. Pour le convaincre de se rendre, il suffisait d'ouvrir les fenêtres, et de tendre l'oreille. Non loin de là, 10000 opposants hurlaient "Tuez cet Hitler !".
Vous pourriez finir lynché comme Mussolini, glisse Laboa. Vous feriez mieux de vous rendre.
Il quitte son refuge le 3 janvier 1990, une Bible en main. Une nouvelle vie commence alors pour le dictateur.
Noriega a été envoyé aux États-Unis. Pendant son procès, Noriega affirma que sa collaboration avec la CIA lui avait rapporté 10 millions de dollars. Il demanda à pouvoir révéler les tâches qu’il avait effectuées pour les États-Unis, mais les autorités judiciaires lui imposèrent le silence.
Manuel Noriega fut condamné en 1992 à quarante ans de prison ferme. Sa peine fut ensuite ramenée à trente ans, puis réduite à dix-sept ans pour bonne conduite. Il vivait jusqu'en avril 2010, avant son extradition en France, dans une prison de Floride, où il se convertit à l'évangélisme en 1992.
Noriega est condamné par contumace en France en 1999 à dix ans d'emprisonnement pour blanchiment d'argent et à une amende de 75 millions de francs français de l'époque.
Il est également condamné par contumace au Panama à deux peines de vingt ans de prison pour le meurtre de deux opposants politiques.
Il aurait dû être libéré le 9 septembre 2007, mais son extradition a été réclamée par le Panama et la France, où une enquête pour trafic de drogue était ouverte depuis 1989.
Il a été extradé le 26 avril 2010 vers la France. Noriega est alors incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Il était libérable en 2011.
Le 2 août 2011, un décret d'extradition vers le Panama a été notifié à Manuel Noriega par les autorités françaises. Il est extradé par la France à destination de son pays le 11 décembre 2011.
En 2017, les autorités panaméennes l’autorisent à se faire hospitaliser pour se faire opérer d’une tumeur du cerveau. Noriega meurt sans avoir repris connaissance dans la nuit du 29 au 30 mai 2017 mettant un terme à son embarrassant dossier.
Depuis le renversement de Noriega, le Panama a connu trois élections présidentielles.
La zone du Canal de Panama, qui était passée sous domination des États-Unis quelques jours après l'indépendance de Panama en 1903, lui a été rétrocédée en 1999.
Malgré cette rétrocession, le canal est toujours considéré comme une voie d’eau intérieure par les États-Unis. Il est ainsi prévu dans le traité de rétrocession que les navires battant pavillon américain ont une priorité de passage sur les autres.
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Sources
https://france2.wiki/wiki/Military_deception
ttps://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_du_Panama_par_les_États-Unis
https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_de_Panama
https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Noriega
https://www.kayak.fr/Panama-City.18478.guide
https://www.letemps.ch/monde/hautes-trahisons-manuel-noriega
https://www.memoiresdeguerre.com/2014/08/affaire-iran-contra.html
Par unknown, United States Air Force — www.dodmedia.osd.mil, DVIC ID DF-ST-91-05008, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12380383
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CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1038406
Par Master Sgt. Ken Hammond — http://www.defenseimagery.mil; VIRIN: DF-ST-91-02659, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7877160
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