Les illusions dans la guerre, 1990, les couveuses du Koweit

par Jean Marie Champeau 27 Août 2021, 22:23 application guerre

1990, les couveuses du Koweït

 

L’invasion du Koweït

           

Koweit city guide touristique
Koweit city

Selon les accords de 1915-1916, les Britanniques et les Français se sont partagé le Moyen-Orient. 
Un processus de «délimitation des frontières» s’est échelonné depuis cette date sur plusieurs décennies. Pour de nombreux Irakiens, le Koweït était un État artificiel, créé de toutes pièces, pris sur leur territoire par les Britanniques, et qui n’a acquit l'indépendance qu’en 1961.

 

L’invasion du Koweït trouve son origine dans le conflit engagé par l'Irak contre l'Iran, terminé en 1988, mais qui a laissé les deux pays exsangues. 

 

C'est à ce moment que le Koweït augmente unilatéralement sa production de pétrole de 20% en rompant la solidarité entre les pays exportateurs. Cette mesure fait chuter les cours, et l'Irak perd les deux tiers de ses recettes pétrolières.

Qui plus est, l'émir du Koweït, Jaber al-Sabah, refuse de différer le remboursement de la dette de 15 milliards de dollars contractée par l'Irak pendant la guerre contre l'Iran.


Saddam Hussein en garde rancune au Koweït et se souvient opportunément que le petit émirat faisait partie de son pays avant que les Britanniques ne l'en détachent en 1932. 


Le 25 juillet 1990, il convoque l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie, et lui fait part de son intention d'envahir le Koweït.

L'ambassadrice ne bronche pas. Le président Irakien croit comprendre qu'elle approuve sa décision et que les États-Unis n'interviendront pas dans le conflit. Dans le même temps, le Département d'État américain rappelle opportunément qu'aucun accord de défense ne lie les États-Unis au Koweït

 

Le piège se referme.

puits de pétrole au Koweit

En 1990, l'Irak accuse officiellement le Koweït d'avoir volé du pétrole irakien par forage oblique. 

Au cours de la période précédant la Guerre du Golfe, les Irakiens ont positionnés 100000 soldats près de la frontière de l’Irak avec le Koweït

 

Le 31 juillet, à Djeddah, en Arabie Saoudite, l'Irak et le Koweït tentent un compromis de la dernière chance. C'est l'échec. 

 

Le 2 août, l'invasion du Koweït par l'Irak a commencé. La petite armée koweïtienne a été rapidement submergée sans résistance notable si ce n'est l'incendie de quelques puits de pétrole.


Contrairement à ce qu’on lui avait laissé entendre, Saddam Hussein est surpris par la violence des réactions internationales.

La position officielle des Occidentaux est que l'appropriation par l'Irak des ressources pétrolières du Koweït risque de déséquilibrer le marché du pétrole. D’un point de vue stratégique, il semble que les dirigeants américains aient choisi de tirer parti de l’événement pour installer une base militaire au milieu des champs pétrolifères du Golfe Persique.

 

Drapeau du Koweit
Les couleurs du Koweit

Par ailleurs, l'URSS, en pleine implosion, pourtant allié historique de l’Irak, laisse les mains libres aux américains. Sans attendre, les Américains annoncent à leurs alliés Saoudiens que les Irakiens ont concentré des chars à leur frontière et se préparent à envahir l'Arabie après le Koweït


Inquiètes pour leur survie, les monarchies arabes, qui refusaient jusque-là toute présence militaire occidentale sur le territoire sacré de l'islam, se plient aux injonctions de Washington dès le 7 août 1990.

 

C’est à cette époque que se situe l’affaire des couveuses Koweitiennes.

L’affaire des couveuses

 

La guerre du Golfe fut l'occasion de montrer l'influence des médias dans la perception de la guerre que ce soit avant et pendant le conflit. A posteriori on peut dire que la quasi totalité des médias occidentaux ont relayé la propagande Étasunienne.  

 

l'infirmière Nayirah dans l'affaire des couveuses Koweitiennes

En octobre 1990, une jeune femme koweïtienne, appelée par les médias «l'infirmière Nayirah», témoigne, les larmes aux yeux, devant une commission du Congrès des États-Unis. 


L'événement est retransmis rapidement par les télévisions du monde entier.

«Monsieur le président, messieurs les membres de ce comité, je m'appelle Nayirah et je reviens du Koweït. […] Ma sœur aînée avait accouché le 29 juillet et nous voulions passer quelque temps au Koweït auprès d'elle. […] Pendant que j'étais là, j'ai vu les soldats irakiens entrer dans l'hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ont laissé mourir les bébés sur le sol froid.  […] Les Irakiens ont tout détruit au Koweït. […].»   

 

En réalité, ce témoignage était entièrement faux. La jeune fille, coachée selon certaines sources par Michael Deaver ancien conseiller en communication de Ronald Reagan, s'appelait Nayirah al- abaḥ, et était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington
                          

L’association «Citizens for a Free Kuwait» organisée par le gouvernement du Koweït exilé avait commandé cette campagne à la compagnie de relations publiques Hill & Knowlton pour la somme de 10 millions de dollars.    

 

Ce témoignage, avec d'autres comme ceux conçus par l'agence de communication Rendon Group chargée de superviser la communication de la CIA et du Pentagone, a beaucoup ému l'opinion publique internationale et a contribué à ce qu'elle soutienne l'action des puissances occidentales contre les armées de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe. 


Par ailleurs, le gouvernement américain aurait payé 14 millions de dollars à cette compagnie pour l'avoir aidé à médiatiser la guerre du Golfe sous un jour favorable à l'intervention occidentale.


Nul doute que certains quidams de l’époque mettant en doute cette histoire, furent d’affreux complotistes. On observera qu’un parjure devant le Congrès des Etats-Unis peut faire l’objet de poursuites pour outrage, mais là. . . .

Une coalition internationale

 

Chars alliés dans le désert irakien lors de l'opération tempête du désert
Chars alliés dans le désert irakien

Comme suite logique aux manipulations américaines, une armada internationale est donc rassemblée dans le désert arabe par les Anglo-Saxons et les Européens sous le commandement du général américain de Norman Chwarzkopf, Colin Powell étant le chef de l'état-major américain.

 

La coalition réunit 28 pays et 605000 hommes dont une moitié d'Américains disposant d'armes du dernier cri. 
                                                        

Face à elle, une armée irakienne de 540000 hommes, mal commandés et sans motivation, que la propagande occidentale présente, sans rire, comme «la quatrième armée du monde».

L’opération

 

Le vote de la résolution 678 par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 29 novembre 1990, autorise le recours éventuel à la force pour chasser les forces irakiennes du Koweït et fixe au régime de Saddam Hussein un ultimatum devant arriver à échéance le 15 janvier 1991.

Les ultimes tractations diplomatiques ayant échoué, l’Opération Tempête du Désert est lancée le 17 janvier à minuit pile, avec une vaste offensive aérienne afin de détruire l’ensemble des sites stratégiques irakiens.

 

carte des opérations lors de la première guerre du golfe.

Après l'invasion du Koweït, la coalition anti-Irak engage son mouvement de troupes et de matériel en Arabie Saoudite.

 

Saddam anticipe un assaut terrestre de la Coalition depuis l'Arabie Saoudite en direction du Nord vers le Koweït et un débarquement amphibie sur la côte du golfe Persique du Koweït

Mais l'attaque de la Coalition a effectué une simple feinte vers le Koweït tandis que l'effort principal, en dissimulant le déplacement des unités vers l'ouest, a attaqué plus loin en Irak et a coupé les forces irakiennes en deux devant le Koweït
 

Face à la puissance de combat écrasante de la Coalition au Koweït et incapable de battre en retraite en Irak, l'armée irakienne s'est rapidement rendue.                                      

85.000 tonnes de bombes auront été déversés sur le pays pendant 42 jours.


Un cessez-le-feu a lieu le 27 février 1991, après l’évacuation de l’émirat par les troupes de Saddam Hussein. 
                  
Fin du premier acte. 

 

Mais ce n’est que partie remise. On trouvera d’autres «arguments» plus tard, en 2003, pour clore définitivement l’encombrant dossier Saddam.   

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