Le paradoxe de la tolérance

par Jean Marie Champeau 26 Juillet 2022, 02:00 curiosité

La tolérance.
tolérance

 

Imaginons une société parfaitement tolérante (!).

 

Imaginons, dans cette société, que se trouve une personne intolérante.

 

La société doit-elle tolérer l’intolérant ?

 

C’est cette question qui est au coeur du paradoxe de la tolérance.

 

Le paradoxe
Un paradoxe.

 

En 1945, le philosophe Karl Popper, publie, "La Société ouverte et ses ennemis".

 

Le terme "paradoxe de la tolérance", prétendument annoncé par Karl Popper, est régulièrement utilisé par les antifas, mais aussi par la gauche en général, en guise d’argument massue, dès lors que quelqu’un se hasarde à critiquer l'idéologie dominante.

 

L’interprétation qui est faite des mots de Popper est, en réalité, une terrible simplification frisant le contresens, et elle fait honte à l’intelligence et à la subtilité de ce brillant logicien.

 

Le terme de "paradoxe de la tolérance" n'apparaît nulle part dans le texte principal de son ouvrage. Popper le cite comme une note, parmi les paradoxes mentionnés proposés par Platon dans ses excuses pour le "despotisme bienveillant".

 

La note sur le "paradoxe de la tolérance" est destinée à expliquer davantage la réfutation de Popper au paradoxe comme justification de l'autocratie : pourquoi les institutions politiques au sein des démocraties libérales sont préférables à celles de la vision de la tyrannie bienveillante de Platon, et à travers de telles institutions, le paradoxe peut être évité. 

 

Malgré cela, des interprétations abusives sont attribuées, par erreur(?), à Popper pour défendre la répression extrajudiciaire, y compris violente, et donc illégitime, de la prétendue intolérance, en dehors des institutions démocratiques.

 

La bonne aubaine

 

Même si une personne un peu futée se sera demandé qui définit l’intolérance et les intolérants, et comment éviter la dérive consistant à classer comme intolérante toute personne critiquant une idéologie dominante, ce qui serait pour cette idéologie un bien bon moyen de se prémunir de toute critique. 

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.
pas de liberté pour les ennemis de la liberté


En effet, on ne peut ignorer ces groupes activistes violents et dogmatiques qui sévissent actuellement, à notre époque, en France et ailleurs. 

 

Force est de reconnaître que cette «mouvance» clame haut et fort le refus de toute discussion et utilise la violence contre tous les gens en désaccord avec ses idées, et uniformément désignés sous l’appellation de «fachos».
On a même vu Eric Zemmour et Alain Finkielkraut traités d’antisémites. C’est tout dire !  

 

On n’est plus très loin du «pas de liberté pour les ennemis de la liberté» du sanguinaire Saint Just. 

 

Sauf que. . .

 

Voici la citation de Popper, qui sert habituellement d’argument, et qui est habilement défigurée par les gauchistes :

 

«Le paradoxe de la tolérance est moins connu : une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance

Pour comprendre en quoi l’interprétation habituellement faite de cette citation est fallacieuse, il s’agit de comprendre ce que Popper entend par «tolérance illimitée», par «intolérants» et par «leurs assauts». 

 

Toute personne se rappelant de ses cours de philosophie de terminale doit savoir que définir les termes d’un énoncé est la première et plus importante chose à faire. Coup de chance(!), la suite de la citation apporte immédiatement des précisions.

 

«Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes

 

tiens donc. . .

 

«Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre par exemple

 

(Hors la loi, c’est moi qui souligne. On peut nous rappeler qui sont ceux qui se mettent hors la loi par leurs violences ?)

 

Et tout de suite, ainsi énoncée en entier, la citation devient frappante de bon sens. 

 

Nous voyons maintenant clairement ce qu’est la «tolérance illimitée» et quels sont les «assauts» contre lesquels elle fait l’erreur de ne pas se défendre. 

 

Ces assauts, c’est le refus de toute discussion logique et la violence en tant que réponse aux arguments. 

 

La tolérance illimitée, c’est le fait d’accepter ces assauts.

 

Jamais il n’est dit qu’il fallait interdire les discours intolérants, c’est même explicitement le contraire. 


Lorsqu’il est dit qu’il faut revendiquer le droit d’interdire les intolérants, c’est exclusivement dans le cas où ceux-ci se montrent violents et hermétiques à la discussion.

 

C’est en cela, et uniquement en cela, que les intolérants se placent hors la loi. 

 

L’on comprend, dès lors, que la question de définir si des idées quelconques sont intolérantes ou non n’a plus vraiment d’importance.

 

L’auteur vise plutôt les milices politiques violentes et les discours totalitaires et dogmatiques, qui ont pour ambition d’interdire tout discours contradictoire. Car la vraie intolérance, c’est bel et bien le refus de la contradiction.

 

Moralité
Un Gilet Jaune devant les forces de l'ordre qui semble dite écoutez moi!
écoutez moi!


Ce n’est donc pas un paradoxe.

 

La question de tolérer ou non les intolérants, ne se pose plus.

 

Une société tolérante se doit de tolérer toutes les opinions mêmes les opinions intolérantes. 

 

Elles doit seulement mettre hors d’état de nuire les personnes qui font des actes physiquement répréhensibles et non pas celles qui contreviennent à une idéologie. 
 

 

Les marxistes sont tentés d’attribuer la position d’un adversaire à un préjugé de classe, et les sociologues de la connaissance tentés de l’attribuer à son idéologie. Tout cela est facile et amusant. 

Mais à ce jeu toute discussion rationnelle devient impossible, et l’on glisse vers l’anti-raison et le mysticisme.

 

Vous avez dit tolérance ?

ACCUEIL

 

paradoxetolerance

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page