Le paradoxe du menteur

par Jean Marie Champeau 28 Juillet 2022, 02:00 curiosité

 

Pinocchio.

 

 

Et le Crétois dit. . .


-  «Tous les Crétois sont des menteurs.»

 

Le Crétois ment-il ou bien dit-il vrai ?

 


C’est le paradoxe du menteur.

 

Le paradoxe
Vue de constructions dans une sphère imageant un cercle vicieux.
cercle vicieux


Le paradoxe du menteur consiste essentiellement en une phrase se qualifiant elle-même de mensonge. 

 

Elle ne peut être alors ni vraie ni fausse.


La plus ancienne formulation connue du paradoxe du menteur est attribuée à Épiménide le Crétois au VIIe siècle av. J.-C, même si le paradoxe soulevé n’est pas nécessairement apparu immédiatement à l’époque. 

 

Cette phrase semble échapper au principe de non-contradiction car les deux possibilités suivantes sont absurdes :

 

    • si Épiménide dit vrai, alors il ment, puisque c’est un Crétois

 

    • s’il ment, alors les Crétois ne sont pas tous des menteurs, donc ils disent la vérité et Épiménide aussi en particulier.
      

 

Explications
Reflexions.


Général et particulier


Aristote donne une solution au problème: On peut mentir en général, tout en disant la vérité sur un point particulier. 

 

La contradiction disparaît dès lors qu'on comprend la proposition ainsi : «Je dis vrai en disant que je mens»: la vérité en question n'est plus alors absolue, mais relative à un contenu déterminé.

 

Une ambiguïté naît donc de la confusion entre le langage et le métalangage (celui qui parle du langage dans lequel il parle au moment où il en parle).

 

Philosophie

De son côté, le philosophe Alexandre Koyré, considère que le menteur se présente comme un jugement antinomique typique. La vérité de la proposition affirmée entraîne, en effet, sa fausseté, et sa fausseté entraîne, à son tour sa vérité. 

 

Pour l'analyse correcte du paradoxe, il faut tenir compte : 

 

1- du sens du jugement prononcé par le Crétois Épiménide 

2- du fait que c'est Épiménide qui le prononce.

 

Le jugement : “tous les Crétois. . .” est en quelque sorte interdit à Épiménide. Il ne peut pas le prononcer, ou, si l'on préfère, dans sa bouche la phrase se pervertit et devient un contre-sens. 

 

Si quelqu'un nous disait : “Le navire sur lequel je me suis embarqué a péri avec tout son équipage”, nous pourrions et devrions mettre en doute soit la vérité de l'assertion, soit la véracité de son auteur.

 

Logique

Enfin, Bertrand Russell, qui regarde moins le contenu ou la forme que l’utilisation logique faite de la langue, crée en 1910 la théorie ramifiée des types logiques, c’est-à-dire de la hiérarchie des ordres de propositions. 

 

Épiménide, remarque-t-il, se mentionne lui-même par auto-référence. 

 

Il masque une incorrection logique sous la correction grammaticale, il confond une totalité avec un membre de celle-ci.

 

Voilà l’erreur décelée. 

 

Russell tranche par la règle interdisant le cercle vicieux: 
«Aucune proposition ne peut exprimer quelque chose au sujet d’elle-même, parce que le signe propositionnel [la phrase] ne peut être contenu en lui-même.»

 

 

Le seul menteur du Midi, s'il y en a un, c'est le soleil. Tout ce qu'il touche, il l'exagère.

Alphonse Daudet

ACCUEIL

 

paradoxementeur

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page