Les illusions, le phénomène Eaton-Rosen

par Jean Marie Champeau 2 Décembre 2022, 03:00 biais de raisonnement

 

Le phénomène Eaton-Rosen

 

Jugement.

 


"If it doesn't suit, you must acquit,"(*)

 

 

Ceci est un exemple célèbre de la qualité persuasive du phénomène Eaton-Rosen.

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(*) "Si cela ne vous convient pas, vous devez acquitter," est la conclusion de la plaidoirie de Johnnie Cochran avocat de O. J. Simpson pour obtenir son acquitement lors de son premier procès pénal en 1995 pour les deux meurtres de son ex-femme et de son compagnon. Ce procès avec 150 millions de téléspectateurs à l'écoute pour entendre la décision, fut l'un des événements les plus regardés de l'histoire de la télévision.

 

Malgré les preuves accablantes contre Simpson, les avocats avec la conclusion en rimes de leur plaidoirie ont réussi à jeter les soupçons sur le traitement des preuves.

 

Pourtant O. J. Simpson ne s’en tirera pas à si bon compte puisque deux ans plus tard il sera condamné une première fois au tribunal civil.

 

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Le biais


Le phénomène Eaton-Rosen ou l'effet de la rime comme raison, est un biais cognitif selon lequel un dicton ou un aphorisme est jugé plus précis ou véridique lorsqu'il est réécrit en rime.

 

L’effet a été montré par le chercheur anglais Zach Eaton-Rosen. Dans ses expériences, les sujets jugeaient les variations des dictons qui rimaient et ne rimaient pas, et avaient tendance à évaluer ceux qui rimaient comme plus véridiques.

 

Symétrie

 

Symétrie.

Beaucoup de proverbes utilisent le principe de rimes, comme par exemple :

 

«Noël au balcon, Pâques au tison».

 

Si les consonnances de mots participent à augmenter l’impression de véracité, toutes les consonances n’ont pas le même effet. 

 

Dans la phrase «ta katy t’a quitté», on voit que les jeux de consonances chères à Boby Lapointe sont loin de rendre l’expression plus intelligible, bien au contraire.


En revanche, le rythme d’une phrase participe à sa compréhension.

 

D’après vous cette phrase est elle vraie ?

 

«Il faut se nourrir pour être en vie, mais manger n’est pas un but dans l’existence.» 

 

A priori, la phrase n’a pas l’air fausse. Mais que dites vous de celle ci, qui dit la même chose ? :

 

 «Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger»

 

Pourtant strictement équivalente à celle qui précède, cette sentence qu’on trouve dans l’Avare de Molière, semble bien plus vraie. 

 

Une telle phrase dont les éléments se répètent dans l’ordre inverse se nomme un chiasme(*2) (je sais c’est pas terrible comme nom, mais c’est efficace).

 

La mécanique rhétorique y est donc pour quelque chose.

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(*2) comme dans «Bonnet blanc et Blanc bonnet»

 

​Le chiasme (prononcer kiasme) est une figure dans laquelle les mots mêmes ou contraires s’opposent en symétrie dans une forme AB-BA.

 

"En temps de paix, les enfants enterrent leurs parents. En temps de guerre, les parents enterrent leurs enfants."

 

"Jeune homme on te maudit, on t’adore vieillard."

 

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Explication

 

Boeuf écossais.

Des expériences ont montré que l’on a tendance à trouver plus plausibles les affirmations que notre cerveau traite facilement et rapidement comme les rimes. 

 

On supposait que ce phénomène était seulement dû au principe qu’avait élaboré le poète britannique du 18e siècle John Keats(*3) stipulant que la vérité d'un énoncé est évaluée selon des qualités esthétiques. 

 

En réalité la beauté n’est pas la vérité, elle en donne seulement l’illusion en participant à la compréhension de ce qui est énoncé.



On voit que ce qui rend percutant une expression sera la combinaison de la rime des mots par le phénomène Eaton-Rosen mais aussi du rythme de la phrase et de sa symétrie qui permettent une meilleure compréhension. Ces trois éléments étant indissociables.

 

Le rythme seul ne suffit pas.

 

Avec l’expression qui fonctionne bien :

 

«Qui vole un œuf, vole un bœuf», 

 

Qui aurait l’idée de nier que toute personne commençant par de menus larcins finit par se rendre coupable de forfaits plus importants ? Cela tombe sous le sens.

 

Pourtant, il y a autant de rapport entre un oeuf et un bœuf qu’il y a entre une pomme et un cheval. 

 

Et pourtant, si l’on dit :

 

«Qui vole une pomme, vole un cheval». . . 

 

On se demande pourquoi deviendrait-on voleur de chevaux quand on a dérobé une pomme ? 

 

Hein ! je vous le demande !

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(*3) John Keats. Pour écrire, le poète anglais utilisait, outre les comparaisons et les images, beaucoup d'éléments fondés sur les rythmes et musicalité des mots et phrases construites.

 

L'effet Eater-Rosen, mettant en lumière l'impact des rimes sur la véracité perçue, est comparable à la façon que John Keats avait de mettre de la musique dans les mots pour les rendre plus expressifs.

 

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