Les illusions, le syndrome de Stockholm

par Jean Marie Champeau 22 Octobre 2023, 02:00 curiosité

Le syndrome de Stockholm

Image d'un coffre fort de banque.

 

23 août 1973. Stockholm. La succursale de la banque Kreditbanken vient d'ouvrir. Un homme entre et tire une rafale de pistolet-mitrailleur en l'air, des dizaines d'employés s'enfuient ou se jettent au sol. 

 

Jan Erik Olsson, perceur de coffres-forts, récemment libéré de prison, tente de commettre un braquage.

 

L'intervention des forces de l'ordre l'incite à se retrancher dans la banque où il relâche le personnel, ne prenant en otage que quatre personnes, Gunnel Birgitta Lundbald, Kristin Enmark, Elisabeth Oldgren et Sven Safstrom. 

 

Il demande aux négociateurs 3 millions de couronnes, des armes, un gilet pare-balles, une voiture, et la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson. 

 

Clark Olofsson est l'un des criminels les plus notoires de Suède. Il a dévalisé des banques, est lié au meurtre d'un policier et s'est déjà évadé de prison à deux reprises.

 

Étonnamment, les négociateurs ont accepté, ont fait venir Olofsson et l'ont laissé entrer dans la banque.

 

Les deux hommes et leurs otages se retranchent dans la chambre forte de la banque. 
 

Le 25 août, un policier prend l'initiative de fermer la porte de la salle des coffres(*1). Les six personnes sont prises au piège. Malgré l’enfermement, otages et ravisseurs finissent par développer un sentiment mutuel d'estime et de sympathie. 

 

La police perce des trous dans le plafond de la chambre forte et fait usage de gaz anesthésiants, ce qui permet leur libération le 28 août. 

 

On assiste alors à des scènes surréalistes au moment de cette libération. Les employés refusent d'être secourus sans garanties et Kristin Enmark, l'une des otages, sténographe dans la banque, exige que les otages passent devant, de peur que les deux criminels soient abattus par la police. 

Les otages refuseront de témoigner à charge lors du procès. 

 

Depuis, on nomme ce genre de comportement, fondamentalement paradoxal, entre agressés et agresseurs, Le syndrome de Stockholm.

 

 

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(*1) Ben voyons ! Comme si une telle action pouvait être une initiative purement individuelle ! C’est marrant quand ça merde c’est toujours à cause d’un lampiste qui n’a pas respecté les ordres !

Comme au foot, quand ça gagne c’est grâce aux joueurs, quand ça perd c’est la faute de l’entraîneur.

 

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Le paradoxe du syndrome de Stockholm
Image illustrant un hold up !
hold up !


Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci.

 

On constate le développement d'un sentiment de confiance, voire de sympathie des otages vis-à-vis de leurs ravisseurs, en retour un sentiment positif des ravisseurs à l'égard de leurs otages, ainsi que l'apparition d'une hostilité des victimes envers les autorités.

 

Le terme "syndrome de Stockholm" doit son nom à l'analyse de la prise d'otage par le psychiatre chargé de l'affaire Nils Bejerot par une évaluation psychiatrique étonnante le dédouanant ainsi de toutes critiques dans la gestion de l’événement.

 

Il semble, en effet, que les autorités aient montré un manque de maîtrise de l’évènement, rendant la situation plus instable qu'elle ne l'était déjà et conduisant les otages à craindre pour leur vie non pas à cause des preneurs d'otages, mais des forces de l'ordre. 

 

À la fin de la prise d'otage, les vives critiques émises par Kristin Enmark, l’une des otages, sur le comportement dangereux de la police et de Bejerot pendant les 6 jours de la prise d’otages ont alors été évaluées par ce dernier comme incohérentes, sous le prétexte du syndrome traumatique qu'il venait d'inventer. 

 

Durant sa captivité, Enmark avait demandé à parler avec Bejerot par radio. Il refusa. Enmark dira alors: «Ils sont est en train de jouer avec nos vies. Et ils ne veulent même pas parler avec moi, qui suis celle qui va mourir si quelque chose se passe».(*2).

 

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Kristin Enmark.
Kristin Enmark

(*2) Ce qui est étonnant, c'est que personne n'a pris la peine de demander son avis à Kristin Enmark. l’otage qui s’est comportée de manière inattendue.

 

Son comportement surprenant allait être débattu pendant les 50 années suivantes.

 

Ce qui est tout aussi étonnant, c’est qu’aucun des experts mondiaux sur le syndrome de Stockholm qui ont gagné beaucoup d'argent en discourant, ne lui a jamais parlé. Ils ont parlé d'elle, sans elle, au lieu de lui donner la parole pour exprimer sa propre expérience.

 

"Kristin est l'une des femmes les plus célèbres et les moins comprises en psychologie", affirme à la BBC le psychologue Allan Wade, thérapeute et chercheur spécialisé dans les questions de violence.

 

"Kristin m'a dit qu'elle aurait souhaité que quelqu'un l’interviewe pendant très, très longtemps. Ce n'est pas ce qui s'est passé. Ils lui ont attribué une pathologie sans respecter l'éthique et sans lui parler", se plaint Wade.

 

En réalité, il n'existe pas de critères diagnostiques largement acceptés pour identifier le syndrome de Stockholm, et on ne le trouve dans aucun des deux principaux manuels de psychiatrie.

 

Les voitures de police pendant ces six jours de siège dans l’agence bancaire de Stockholm.

 

En 2021, un documentaire d’Olivier Pighetti a la chance de pouvoir compter sur trois des principaux concernés : Kristin Enmark, qui comme la plupart des otages était très jeune à l’époque des faits, et les deux braqueurs, Jan-Erik Olsson et Clark Olofsson, qui témoignent face à la caméra.

 

À travers les témoignages des trois protagonistes, on commence à comprendre ce qui s’est joué pendant ces six jours de siège dans l’agence bancaire de Stockholm. Kristin Enmark raconte que les otages craignaient beaucoup une intervention de la police, qui se montrait très menaçante sur place.

 

"Nous n'avons pas dormi. Nous ne savions pas ce que la police allait faire. Ils essayaient de se rapprocher tout le temps. Je pensais que peut-être ils finiraient par faire quelque chose qui m'affecterait, parce que les voleurs devenaient nerveux".

 

Kristin montre surtout dans ce documentaire à quel point elle a été durablement traumatisée par cet événement, et comment l’attitude des femmes otages a été critiquée à l’époque car elles avaient l’outrecuidance de ne pas faire ce qu’on attendait d’elles : se taire.

 

A propos du fameux syndrome, elle déclare : "c'est des conneries, si vous pouvez dire ça sur la BBC".

 

"J'ai fait ce que j'ai pu pour survivre", dit-elle.

 

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Explications
Agresseur demandant de se taire.

 

Le syndrome de Stockholm peut être vu comme une manifestation inconsciente de survie. Le sujet concerné, en s'attirant la sympathie de l'agresseur, peut se croire partiellement hors du danger, voire susceptible d'influencer les émotions de l'agresseur.

 

Le syndrome correspond à un aménagement psychologique d'une situation hautement stressante, dans laquelle la vie de l'agressé est en danger. L'apaisement de leur angoisse est trouvée dans l'identification à l'agresseur.

 

On peut voir ce même phénomène dans la relation que le citoyen d'un régime despotique entretient avec le dictateur. La haine envers le dictateur, ajoutée à la peur qu'elle puisse être découverte, provoque dans le sujet une simulation de sympathie à laquelle le sujet peut finir par croire. 

 

Il y a un mécanisme de refoulement capable de se transformer en admiration ou idolâtrie tels que des apologistes de la dictature ont eu une sensation de s'être « réveillés » après la chute du régime.

 

Le même type de relation a été constaté chez certains « collabos » envers les forces d'occupation
pendant la guerre.

 

Le terme "Syndrome de Stockholm", parce que très médiatisé, sera utilisé après l'événement de 1973 pour désigner ce phénomène d'abandon de son identité par crainte de l'autorité, qui n’était pas nouveau car dans les années 1960, l'expérience de Milgram avait déjà permis de la mettre en évidence expérimentalement.

L'expérience de Milgram.
aller voir

 

 

Pour plus de détails sur l'expérience de Milgram, on peut aller voir l’article sur le biais d’autorité là. . .

 

 

La reddition d'Olsson et d'Olofsson et la libération des otages étaient loin d'être la fin de l'histoire. Tous ont été traumatisés par l’aventure. Kristin Enmark avoue qu’elle a eu du mal à s’en remettre. 


Elizabeth Oldgren, quant à elle, a changé de nom après le braquage et ne veut plus entendre parler de cet événement.

 

 

Moralité
Jan-Erik Olsson se rend au policiers.
Jan-Erik Olsson se rend au policiers

 

A la vue de cet événement et des attitudes des uns et des autres, on devine que beaucoup de protagonistes se sont illusionnés. 


Illusions des braqueurs sur leurs chances de succès?

 

Illusions des otages sur leur espoir d'en sortir vraiment indemnes?

 

Illusions des autorités sur leur capacité de gestion de la situation ?

 

Illusions de Kristin Enmark, l’une des otages, à tisser un lien de confiance entre les braqueurs et les autorités?

 

Ou illusions de Nils Bejerot, le psychiatre chargé de l'affaire, dans sa capacité à canaliser les événements ? 


En écartant les témoignages des principaux protagonistes, son évaluation psychiatrique étonnante lui permettait d'inventer un "nouveau syndrome traumatique"(*3), garant de beaucoup de conférences à venir.

 

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(*3) En réalité pas si nouveau que cela, puisque ce type comportement avait été relatée par Anne Freud dans son article de 1940 sur l'identification à l'agresseur, et déjà bien avant l'expérience de Milgram des années 1960,

 

Anna Freud, la plus jeune fille du père de la psychanalyse et mère de cette discipline pour enfants, avait conclu qu'un enfant qui était traité violemment intériorisait cette violence et sympathisait avec l'agresseur. Pour elle, c'était un mécanisme de défense.

 

"L'idée était que lorsque les gens sont accablés par la peur, ils reviennent inconsciemment à un stade infantile et commencent à s'identifier à l'agresseur, car c'est lui qui leur donne la vie. On trouve dans certaines formes de la pensée marxiste des idées connexes pour expliquer la raison pour laquelle le prolétariat ne se soulève pas contre ses oppresseurs".

 

Dans tous ces cas, les victimes agissent de manière irrationnelle contre leurs intérêts.

 

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syndromestockholm

 

 

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Stockholm

https://www.lepsychologue.be/articles/syndrome-de-stockholm.php

https://www.qare.fr/sante/syndrome-de-stockholm/

https://www.canalplus.com/articles/decouverte/le-syndrome-de-stockholm-la-veritable-histoire-d-un-braquage-devenu-celebre

https://www.bbc.com/afrique/monde-56153651

http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/13439_1

https://j-mag.ch/pessac-2022-quand-stockholm-est-devenu-un-syndrome-dolivier-pighetti-autopsie-un-braquage-memorable-que-tout-le-monde-a-oublie-mais-qui-a-donne-son-nom-a-un-diagnostic/

https://www.resilience-psy.com/un-nouveau-regard-sur-le-syndrome-de-stockholm/

 

 

Photos

Coffre fort de banque

Photo de Jason Dent sur Unsplash

https://images.unsplash.com/photo-1582139329536-e7284fece509?ixlib=rb-4.0.3&ixid=MnwxMjA3fDB8MHxwaG90by1wYWdlfHx8fGVufDB8fHx8&auto=format&fit=crop&w=580&q=80

 

Hold up

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Image de macrovector sur Freepik

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Kristin Enmark

BETTMANN ARCHIVE.

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Quand Stockholm est devenu un syndrome d’Olivier Pighetti
Image courtoisie Festival international du film d’histoire de Pessac

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peur

Photo de engin akyurt sur Unsplash

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expérience de Milgram

Par Das steinerne Herz — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12201784

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b7/Graph_of_Milgram-Experiment.svg/langfr-1280px-Graph_of_Milgram-Experiment.svg.png

 

Jan-Erik Olsson se rend au policiers

via hurriyetdailynews.com

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