L’illusion Amantine Aurore Lucile Dupin
Elle s’appelait Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, par mariage baronne Dudevant. C’était une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française,
Elle comptait parmi les écrivains les plus prolifiques, avec plus de 70 romans à son actif et 50 volumes d'œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre et des textes politiques.
Malgré la misogynie de nombreux détracteurs comme Charles Baudelaire ou Jules Barbey d'Aurevilly, elle contribua activement à la vie intellectuelle de son époque, accueillant en son domaine ou à Palaiseau des personnalités aussi différentes que Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d'Agoult, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Eugène Delacroix, ou Henri Chapu, conseillant les uns, encourageant les autres.
Son père, Maurice Dupin, fils de Marie-Aurore de Saxe, incorporé dans les rangs de l'armée révolutionnaire, effectua, de 1798 à 1808, toutes les guerres républicaines et impériales.
Pendant les campagnes d'Italie, il s'éprit de Victoire Delaborde, qui partageait alors la vie de l'intendant affecté aux subsistances, l'adjudant-général Claude-Antoine Collin, âgé de cinquante ans. Victoire suivit Maurice Dupin à son retour en France.
Marie-Aurore de Saxe, la mère de ce dernier, étant totalement opposée à leur mariage, ils se marièrent en catimini le 5 juin 1804 à la mairie du 2e arrondissement de Paris, moins d'un mois avant la naissance de Amantine Aurore.
Aurore avait donc une double ascendance, populaire et aristocratique, qui la marqua profondément. Deux origines sociales diamétralement opposées qui expliquent la personnalité d'Aurore Dupin et son engagement politique à venir. Plus tard, elle écrivit :
«On n'est pas seulement l'enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu'on l'est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l'arrière-petit-fils d'Auguste II, roi de Pologne, et si, de ce côté, je me trouve d'une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n'en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d'une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n'y a point de bâtardise de ce côté-là.»
«Le sang des rois se trouva mêlé dans mes veines au sang des pauvres et des petits.»
Mais au XIXe siècle, il n’était pas facile de publier dans un monde, où l’édition était principalement réservée aux hommes.
La solution ? Se faire passer pour un homme !
Comme, à quelques encablures de la révolution la particule était un peu encombrante, elle choisit un pseudonyme masculin, plus simple, qu'elle adopta dès 1829.
Un prénom berrichon écrit à l’anglaise sans "s", et le nom qu’elle avait utilisé pour publier son premier roman qu’elle avait écrit à quatre mains, avec Jules Sandeau, et qui parut sous le nom de Jules Sand.
Ce sera :
George Sand(*1)
Cette technique fonctionna : son roman, Indiana sortit en 1832. Il s’ensuivit une foultitude de romans où la campagne du Berry servit souvent de cadre dans son œuvre abondante.
À l'image de son arrière-grand-mère, Louise Dupin, qu'elle admirait, George Sand prit la défense des femmes, prôna la passion, fustigea le mariage et lutta contre les préjugés d'une société conservatrice.
George Sand ouvrit ses romans à la question sociale en défendant les ouvriers et les pauvres et en imaginant une société sans classes et sans conflit.
Elle s'illustra par un engagement politique actif à partir de 1848, inspirant Alexandre Ledru-Rollin, participant au lancement de trois journaux : La Cause du peuple, Le Bulletin de la République, l'Éclaireur, plaidant auprès de Napoléon III, la cause de condamnés, notamment celle de Victor Hugo en exil dont elle admirait l'œuvre.
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(*1) «Le nom que je devais mettre sur des couvertures imprimées ne me préoccupa guère. En tout état de choses, j'avais résolu de garder l'anonyme. Un premier ouvrage fut ébauché par moi, refait en entier ensuite par Jules Sandeau, à qui Delatouche fit le nom de Jules Sand. Cet ouvrage amena un autre éditeur qui demanda un autre roman sous le même pseudonyme. J'avais écrit Indiana à Nohant, je voulus le donner sous le pseudonyme demandé ; mais Jules Sandeau, par modestie, ne voulut pas accepter la paternité d'un livre auquel il était complètement étranger. Cela ne faisait pas le compte de l'éditeur. Le nom est tout pour la vente, et le petit pseudonyme s'était bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver. Delatouche, consulté, trancha la question par un compromis : Sand resterait intact et je prendrais un autre prénom qui ne servirait qu'à moi. Je pris vite et sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon. . .»
Sa première œuvre personnelle, Indiana, est publiée le 19 mai 1832 sous le nom de G. Sand et tous ses romans ultérieurs le seront sous le pseudonyme de George Sand qu'elle adopte définitivement.
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Il n'est pas exceptionnel, au XIXe siècle, qu'une femme écrivain prenne un pseudonyme masculin pour écrire.
En revanche, George Sand est la seule romancière de son siècle dont les critiques parlèrent au masculin et qui était classée non pas parmi les "femmes auteurs", mais parmi les "auteurs", au même rang que Balzac ou Hugo.
De même, George Sand n'était pas la seule femme de son époque à s'habiller en homme afin de forcer les limites imposées aux femmes et d'accéder à des lieux réservés aux hommes.
En revanche, ces travestissements n'étaient pas du tout une habitude quotidienne et elle tenait beaucoup à conserver une féminité. Son costume masculin ne dissimulait pas ses formes : la veste était cintrée et moulait son buste et ses hanches. Son allure filiforme évoquait le raffinement d'un dandy. Son gilet blanc, sa lavallière soigneusement nouée, sa canne, ses bottes vernies, son haut-de-forme luisant, la confondaient par l'apparence avec les hommes des milieux d'artistes et d'intellectuels qu'elle aimait à fréquenter.
Elle provoqua le scandale par ses positions anticléricales, par sa demande en séparation de corps d'avec son mari, l'avocat Casimir Dudevant, ou en fumant en public cigarettes et cigares.
Le scandale concernait d'ailleurs moins ses attitudes que ses écrits : ses trois premiers romans, trois brûlots contre le mariage, les conventions sociales et le pouvoir masculin.
De son vivant, George Sand fit l'objet d'attaques misogynes d'une grande virulence, caractéristiques des jugements masculins de l'époque sur les femmes qui prétendaient faire œuvre littéraire.
L'ensemble de ces critiques misogynes tendaient à confondre l'œuvre et la romancière : Sand fut accusée d'être animée par des passions excessives.
Chateaubriand lui reconnaît un génie qui «a quelque racine dans la corruption» et qui ne saurait excuser «la dépravation», «l’insulte à la rectitude de la vie» qu’on trouve dans ses ouvrages, tout ce qui en somme «blesse la morale».
Charles Baudelaire(*2), : «Elle n'a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues.»
Il ajoute, non sur l'auteur, cette fois, mais sur la femme : «Que quelques hommes aient pu s'amouracher de cette latrine, c'est bien la preuve de l'abaissement des hommes de ce siècle.»
Eugène Delacroix apprécie la personne mais fait peu de cas de la romancière.
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(*2) Vous savez, l’auteur "des fleurs du mal", consommateur de drogues, syphilitique probablement contractée vers 1840 durant sa relation avec la prostituée Sarah la Louchette, qui eut une liaison, hors mariage bien sûr, avec l’actrice Jeanne Duval, pendant près de vingt ans, et qui dilapida la moitié de son héritage en 18 mois.
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En astronomie, sont nommés en son honneur (10733) Georgesand, un astéroïde de la ceinture principale d'astéroïdes, et Sand Corona, une corona de la planète Vénus.
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GeorgeSand
Sources
https://sherpas.com/blog/ecrivains-pseudonymes/
https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Sand
https://www.pays-george-sand.com/decouvrir/terre-dinspiration/george-sand/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Aurore_de_Saxe
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Sandeau
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Manceau
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couverture
Amantine Aurore Dupin par Charles Louis Gratia (c. 1835)
Par Charles Louis Gratia — Site Charles Louis Gratia, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18162294
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d1/George_Sand.jpg?20181030033742
Amantine Aurore Dupin par Charles Louis Gratia (c. 1835)
Par Charles Louis Gratia — Site Charles Louis Gratia, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18162294
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d1/George_Sand.jpg?20181030033742
"George Sand habillée en homme" le 25 novembre 1834 par Eugène Delacroix. La romancière vient de se couper les cheveux après sa rupture avec le poète Alfred de Musset. Le tableau est commandé par François Buloz, le rédacteur en chef de La Revue des deux mondes.
Musée national Eugène-Delacroix.
Par Eugène Delacroix — Portrait de « George Sand habillé en homme » au musée Eugène Delacroix., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=51130034
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