L’illusion Currer Bell
Un roman intitulé Jane Eyre, publié en 1847 par Currer Bell, fait sensation.
Ce récit à la première personne, comme une autobiographie, scandalise certains par l'affirmation de soi et la détermination de l'héroïne, en pleine époque victorienne, mais son style somptueux, à la fois passionné et parfaitement maîtrisé, en fera un immense best-seller.
Dans l’histoire, Jane Eyre, élevée dans un environnement hostile par sa tante, est envoyée à l'institution de Lowood, où elle endure des privations mais forge son caractère.
Devenue adulte, elle obtient un poste de gouvernante à Thornfield Hall, où elle rencontre le mystérieux Mr. Rochester. Leur amour interdit est mis à l'épreuve par des secrets enfouis et les conventions de l'Angleterre victorienne. Jane, animée par une forte conscience morale et une quête d'indépendance, refuse de sacrifier ses principes, même par amour.
Le roman qui traite d'une histoire d'amour tourmentée, expose aussi des mythes profonds de l'humanité. Il a une structure fondée sur l'exil et le retour, mythe du Christianisme.
D'un point de vue psychologique et sociologique, Jane Eyre présente une héroïne qui, après avoir été dominée par un quatuor masculin, John Reed, Mr Brocklehurst, Mr Rochester et enfin St John Rivers, décide de prendre son destin en main et de n'obéir qu'à ses propres choix. En cela, elle présente un type de femme non conforme au modèle victorien.
Le roman offre un concentré de ce que le genre peut produire : l’histoire d’une formation, l’affrontement d’un être solitaire avec sa destinée, la passion, la peur, le mystère. C’est la révolte d’une humiliée, d’une femme inconvenante parce qu’elle s’oppose aux hommes. Jane est sauvage, directe, déjà féministe.
Face à elle, le «cygne noir», Rochester, séducteur sulfureux, sadique et tendre, père et amant.
Jane Eyre demeure un chef-d'oeuvre de la littérature anglaise, captivant par son atmosphère et sa profondeur psychologique.
Déjà en 1846 une publication de poèmes à compte d'auteur, de la fratrie Bell, Currer, Ellis et Acton, n'attira guère l'attention. Trois exemplaires seulement furent vendus, dont un, à un habitant de Warwick qui, admiratif, écrivit à l'éditeur pour obtenir un autographe, seul document portant l'écriture des trois auteurs.
Ce n'est pas ce premier roman qui a conduit à la découverte du pot aux roses, mais son successeur Shirley. L’histoire se déroulait dans le district de Spen Valley, autour de Mirfield et Dewsbury, que l’auteur devait bien connaître, et bon nombre de ses personnages étaient des portraits à peine déguisés de la population locale, des Taylor de Gomersal aux curés locaux, dont Arthur Bell Nicholls.
Il semble que certains amateurs de livres de la région aient examiné les indices contenus dans les livres et aient conclu que la fille du vicaire de Haworth devait en être l'auteur.
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Depuis l’été 1849, la véritable identité de Currer Bell était connue de quelques privilégiés.
C'est alors que Currer et Acton Bell rendirent visite à l'éditeur George Smith et révélèrent qu'elles étaient en réalité Charlotte et Anne Brontë, filles d'un vicaire d'une paroisse du Yorkshire au bord de la lande.
Charlotte révéla accidentellement l'identité d'Emily à Smith, bien qu'elle ait juré de la garder secrète.
Charlotte a écrit quatre romans :
• Jane Eyre : An Autobiography (1847). À travers ses thèmes intemporels, le roman interroge la place de la femme dans la société et prône l'égalité intellectuelle et morale entre les sexes.
• Shirley (1849), est, à certains titres, un roman dit "condition of England". Charlotte Brontë a écrit que Shirley représentait ce qu'Emily serait devenue si elle s'était trouvée dans des conditions de "bonne santé et de prospérité".
• Villette (1853) trouve son origine dans l’expérience professionnelle et platoniquement amoureuse, déjà exploitée dans The Professor, son premier roman publié à titre posthume. C'est un roman touchant à la condition féminine, les choix qui s'offrent, les métiers accessibles sur fond de conflits entre le protestantisme de l'héroïne, Lucy Snowe, et le monde catholique qui l'entoure.
• The Professor (1857), publié par Smith, Elder and Co à titre posthume, à l'initiative et avec une courte postface du Révérend Arthur Bell Nicholls, est le premier roman de Charlotte, qu'aucun éditeur n'avait accepté en 1847.
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Anne a écrit deux romans :
Moins célèbre que ses deux aînées, elle est l'auteur de deux romans réalistes.
• Agnes Grey (1847), largement autobiographique écrit à la première personne où elle raconte l'histoire de la fille cadette d'un pasteur qui doit gagner sa vie comme gouvernante. La question traitée du problème, assez commune à l'époque, concerne les femmes des classes bourgeoises les moins fortunées ne pouvant espérer un mariage convenable et ne pouvant compter que sur une place de gouvernante pour subvenir à leurs besoins.
• La Recluse de Wildfell Hall (1848) est un ouvrage où se mêlent d'une part le récit, par Gilbert Markham, sous la forme d'une lettre à un ami et d'autre part, inséré dans le premier, sous la forme d'un journal intime, le calvaire d'Helen, devenue Huntingdon, épouse d'un mari débauché et alcoolique. Le livre se vend bien, surtout par le scandale que suscite son réalisme et l'attitude de l'épouse qui se rebelle contre son mari, lui refusant l'accès à sa chambre, avant de prendre la fuite avec leur enfant, ce qui à l'époque est tout à fait illégal.
Dans sa préface à la seconde édition, Anne déclare : «si je puis attirer l'attention du public de quelque façon que ce soit, je préfère lui chuchoter quelques saines vérités que d'innombrables fadaises».
Emily a écrit un roman :
• Les Hauts de Hurlevent (1847). Le roman remporte un certain succès. Remarquable pour la densité de son écriture, il a souvent été comparé à une tragédie grecque pour son intensité.
La construction innovante du roman rend perplexes les critiques et la véritable reconnaissance sera tardive. Le génie d'Emily Brontë ne sera clairement reconnu qu'à partir de la fin du XIXe siècle.
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Sources
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte_Bront%C3%AB
https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Bront%C3%AB
https://www.annebronte.org/2022/02/06/when-currer-bell-became-charlotte-bronte/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jane_Eyre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Bront%C3%AB
https://fr.wikipedia.org/wiki/Emily_Bront%C3%AB
https://fr.wikipedia.org/wiki/Haworth_(Yorkshire)
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Page de titre du premier volume de l'édition originale, 1847 de Jane Eyre
Page de titre de Jane Eyre, « edited by Currer Bell ».
Par Auteur inconnu — wikisource:Page:Jane Eyre (1st edition), Volume 1.djvu/7, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3298382
Yorshire, Abbaye de Bolton - Anne-Laure Murier
https://media.routard.com/image/29/9/york.1411299.w630.jpg
Charlotte Brontë, huile sur toile de John Hunter Thompson.
Par John Hunter Thompson,
https://www.bookforum.com/print/2301/a-new-biography-of-charlotte-bronte-15805
Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12371306
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Charlotte_Bronte-small.jpg
Anne Brontë Anne Brontë, detail of a pencil drawing by her sister Charlotte Brontë, c. 1845.
Emily Brontë, oil painting by Branwell Brontë, 1833; in the National Portrait Gallery, London.
https://www.britannica.com/biography/Emily-Bronte
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