L’illusion Isidore Lucien Ducasse
Il mourut en 1870, pendant le siège de Paris alors que le Second Empire s’effondrait. Quasiment inconnu, il avait 24 ans.
Isidore Lucien Ducasse, fut un poète du 19e siècle né en Uruguay de parents Français arrivés quelques années auparavant, avec le flux de migrants du Sud-Ouest de la France à la recherche d’un avenir meilleur.
Sa mère mourut trois semaines après sa naissance, dans des circonstances mystérieuses, son père, François Ducasse, un homme d'une grande culture, d’origine tarbaise, jouissait d’une situation matérielle confortable.
Le futur auteur passa son enfance en Uruguay, pays agité par la guerre civile qui dura jusqu'en 1851.
En octobre 1859, il entra comme interne au lycée impérial de Tarbes, en sixième alors qu'il a treize ans et demi, ce qui n'est pas exceptionnel, de nombreux élèves venus des colonies ayant des retards scolaires. Isidore Ducasse semblait pourtant être un bon élève, qui apprenait vite.
Plus tard il suivit les cours de l’établissement qui devint le lycée Louis-Barthou à Pau.
En août 1865, il obtint son baccalauréat en lettres avec la mention «passable». En 1867, il arriva à Paris et entama des études supérieures.
Il publia à compte d’auteur et anonymement le premier des Chants de Maldoror. Un ensemble de textes d’horreur, qui consistent en une épopée en prose, qui passa pour de la poésie, très décalée des publications de l'époque.
Le personnage principal est Maldoror dont l'origine du nom provenait probablement d'une contraction des mots "mal" et "horror", créature terrifiante, squelettique, armée d'un stylet et ennemie du Créateur, dont le cruauté des actions était inimaginable pour un homme civilisé.
Les six chants complets furent imprimés en Belgique fin août 1869, signés "Comte de Lautréamont" par Albert Lacroix mais sans référence d'éditeur. Le texte complet ne parvint jamais au public, du moins du vivant de l’auteur.
Prendre un pseudonyme était probablement le moyen d’éviter des poursuites : l’œuvre était scandaleuse, à tel point que son tout premier éditeur, effrayé par ses audaces, en bloqua la diffusion.
Ce pseudonyme, qu'il n'utilisa pourtant qu'une seule fois, souvent simplement appelé Lautréamont, a suscité de nombreuses hypothèses. L’une des plus probables est que Isidore Ducasse l’aurait emprunté, après l’avoir légèrement modifié, au personnage éponyme du roman d’Eugène Sue, Latréaumont, paru en 1838. Le goût pour le roman noir, bien attesté dans les Chants, va dans le sens de cette piste.
Le stock des exemplaires de l’édition originale des "Chants de Maldoror" fut racheté en 1874 par Jean-Baptiste Rozez, libraire-éditeur tarbais installé en Belgique. Les exemplaires furent enfin mis en vente avec une nouvelle couverture.
Il fallut attendre 1885 pour qu’un extrait soit publié dans une revue grand public.
Le lecteur se sent pris d'un sentiment de vertige à la lecture de Lautréamont. Il partage sa vision d'un monde infernal, faisant l'expérience de la férocité, de la sauvagerie et de la perte de repères.
Le critique d’art, Charles Huysmans s'interrogera :
«Que diable pouvait faire dans la vie l'homme qui a écrit d'aussi terribles rêves ?»
La vision de l'humanité de l’auteur se comprend ici :
«Race stupide et idiote ! Tu te repentiras de te conduire ainsi. C’est moi qui te le dis. Tu t’en repentiras, va ! tu t’en repentiras. Ma poésie ne consistera qu’à attaquer, par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n’aurait pas dû engendrer une pareille vermine. . .»
Je dirais : Si t’en veux pas, de l’humanité, n’en dégoute pas les autres !
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Après cette première tentative de publication avortée, Isidore reprend son nom d'état civil en 1870, pour publier deux fascicules intitulés Poésies publiés dans une librairie du passage Verdeau.
Ses Poésies I et Poésies II, écrites en prose, consistent en des aphorismes exaltés ou des réflexions sur la littérature.
Isidore Ducasse y montre notamment son mépris pour Alexandre Dumas fils : «Je soutiens qu'un bon élève de seconde est plus fort que lui en n'importe quoi».
Il y cultive comme dans ses autres écrits une révolte envers l'ordre établi, réfutant tour à tour Balzac, Alexandre Dumas fils, Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, George Sand, Eschyle.
Tant qu’à faire, à 24 ans on sait tout(*1) !
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(*1) En août 1865, il obtint son baccalauréat en lettres avec la mention «passable», ce qui lui donne autorité pour jeter ses ainés à la poubelle.
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La révolte et le refus de l'ordre établi mettent en parallèle l'œuvre de Rimbaud et de Lautréamont, qui vécurent à la même époque mais ne se croisèrent jamais.
La mort prématurée de ce dernier a contribué au romantisme du personnage et à établir son destin de poète maudit.
Il n’est pas étonnant que les surréalistes(*2) reconnurent le poète comme l’un de leurs plus éminents précurseurs.
André Breton évoque Ducasse plusieurs fois dans ses Manifestes du surréalisme. Il citera, à titre d’exemple de la poésie et de l’humour de Lautréamont, un extrait que voici :
"Beau comme la loi de l’arrêt du développement de la poitrine chez les adultes dont la propension à la croissance n’est pas en rapport avec la quantité de molécules que leur organisme s’assimile."
Je ne sais pas vous, mais moi. . .(?).
Dans la mesure où il avait des avis définitifs sur les grands auteurs, j’ai bien envie d’en avoir un sur lui. . .!
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(*2) Les surréalistes, wokes avant l’heure et probablement téléguidés, avec leur slogan «casser les codes et les tabous», semblaient avoir voulu détruire la société occidentale. Pourtant ils se satisfaisaient de pouvoir siroter un petit noir (pardon, un expresso) tranquillement à la terrasse d’un café et bénéficier du cadre juridique de cette même société pour empocher leurs droits d’auteurs garantis pour plusieurs décennies.
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illusionisodoreducasse
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Sources
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lautr%C3%A9amont
http://www.philippesollers.net/lautreamont.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Chants_de_Maldoror
https://gallica.bnf.fr/essentiels/lautreamont/chants-maldoror
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couverture
Photo carte-de-visite représentant peut-être Isidore Ducasse. Portrait exécuté à Tarbes en 1867 par le studio Blanchard, place Maubourguet.
Par Studio Blanchard — https://www.beforeafter.rs/wp-content/uploads/2016/11/slavni-jednom-knjigom-171-before-after.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=72287635
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Photo carte-de-visite représentant peut-être Isidore Ducasse. Portrait exécuté à Tarbes en 1867 par le studio Blanchard, place Maubourguet.
Par Studio Blanchard — https://www.beforeafter.rs/wp-content/uploads/2016/11/slavni-jednom-knjigom-171-before-after.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=72287635
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Couverture par Magritte du livre Les chants de Maldoror(1948).
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Édition originale des Poésies de Isidore Ducasse.
Par Isidore Ducasse — Bibliothèque nationale de France, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3782980
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