Les illusions dans l’art, François de Moncorbier

par Jean Marie Champeau 16 Avril 2026, 02:00 littérature

 

 

L’illusion François de Moncorbier

François Villon, par Auteur inconnu.

 

 

François de Montcorbier fut un poète français de la fin du Moyen Âge.

 

Le nom François de Montcorbier, où le «de» indique une provenance non la noblesse, est aujourd’hui accepté par l’ensemble des critiques comme son patronyme.

 

Sa généalogie est inconnue. Il naquit dans une famille pauvre, et fut bientôt orphelin d’un père dont il n'écrivit nulle part le nom et dont on ne sait rien.

 

Son année de naissance serait 1431 si l’on en croit le début du Testament, écrit en 1461 :

«En l’an de mon trentïesme aage».

 

 

Les anglais venaient tout juste d’expédier Jeanne d’Arc, la région était encore sous occupation britannique, orphelin de père, François fut confié par sa mère, femme pauvre, illettrée et pieuse. au chapelain Guillaume de Villon, de Saint-Benoît-le-Bétourné, près de la Sorbonne, qui le prit en charge sans doute très jeune.

 

Ce protecteur lui permit de faire des études universitaires, d’être reçu bachelier, puis licencié et enfin, maître ès art, à 21 ans environ. Ces titres faisaient de lui un clerc pouvant prétendre à un bénéfice ecclésiastique et espérer une belle carrière en continuant ses études de théologie, de médecine ou de droit, les trois grandes facultés parisiennes d'alors.

 

Mais écolier de l'université, il mena tout d'abord la vie joyeuse d’un étudiant indiscipliné du Quartier latin. À 24 ans, il tua le prêtre Philippe Sermoise, dans une rixe et fuit Paris.

Amnistié, il s’exila de nouveau, un an plus tard, après le cambriolage du collège de Navarre en 1456.

 

Assez tôt, il était logique que François adopte le nom de son bienfaiteur, Villon.

 

Il n’est plus connu, à partir de 1456, que comme François Villon dans les documents officiels le concernant.

 

Accueilli à Blois à la cour du prince-poète Charles d'Orléans, il échoua à y faire carrière.

 

 

Le texte le plus célèbre de la légende Villon : les Repues Franches (vers 1480), Villon.
les Repues Franches (1480) Villon

 

Sa dernière contribution à la cour de Blois, fut la Ballade franco-latine, qui faisait écho à deux poèmes, en forme de dialogue entre Charles et l'un de ses favoris, Fredet.

 

Ces deux poèmes étaient une attaque en règle contre Fredet. Villon fut réprimandé par Charles et l'un de ses pages qui, sans le nommer, l'accusa de mensonge et d'arrivisme.

 

Après cet épisode, Villon quitta vraisemblablement la cour de Blois, peut-être parce qu'il y avait déplu. En octobre-novembre 1458, il tenta en vain de reprendre contact avec son ancien et éphémère mécène en faisant parvenir à Charles la Ballade des proverbes et la Ballade des menus propos. Mais ce dernier ne le reçut plus.

 

 

Il mena alors une vie errante et misérable. Emprisonné à Meung-sur-Loire, libéré à l’avènement de Louis XI, il revint à Paris après six ans d’absence.

 

De nouveau arrêté lors d'une rixe, il fut condamné à la pendaison.

 

Dans la foulée du jugement, François Villon rédigea son testament, sous la forme d’un lais(*1) qui commence ainsi :

 

« Je, Francoys Villon, escollier »

et se termine par :

« Fait au temps de la ditte datte /

Par le bien renommé Villon ».

 

Après appel, le Parlement cassa le jugement mais bannit Villon pour dix ans ; il avait environ 31 ans.

 

 

 

 

 

 

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(*1) Les lais du Moyen Âge sont des poèmes courts à forme fixe, apparus au XIIe siècle, qui désignent successivement des genres de poésie narrative ou lyrique, souvent d'origine celtique ou bretonne. Initialement synonyme de «chant», le terme a évolué pour inclure des contes en vers de huit syllabes, riches en merveilleux et en amour courtois.

 

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Dans les décennies qui suivirent la disparition de Villon, son œuvre fut publiée et connut un grand succès.

 

Le long poème d’écolier, et Le Testament, son œuvre maîtresse, furent édités dès 1489, il aurait eu 59 ans. Trente-quatre éditions se succédèrent jusqu’au milieu du XVIe siècle. Très tôt, une "légende Villon" prit forme sous différents visages allant, selon les époques, du farceur escroc au poète maudit.

 

 

Villon fut imprimé pour la première fois en 1489, édition qui fut suivie par plusieurs autres. La dernière édition quasi contemporaine fut celle que Clément Marot donna en 1533.

 

 

À cette époque la légende de Villon était déjà bien établie. Elle s'estompa vers la fin de la Renaissance, c'est au XVIIIe siècle seulement que l'on commença à s'intéresser de nouveau au poète. Il fut redécouvert à l'époque romantique, où il acquit son statut du premier "poète maudit".

 

Dès lors, sa notoriété ne faiblit plus. Il inspira notamment les poètes de l'expressionnisme allemand et fut traduit dans de nombreuses langues, ce qui lui conféra une réputation mondiale, tant ses préoccupations étaient universelles et transcendaient les barrières du temps et des cultures.

 

 

C’est à partir de 1873, que furent découvertes les deux lettres de rémission relatives au meurtre de Philippe Sermoise, les deux documents relatifs au vol du collège de Navarre, les deux documents nous renseignant sur l’affaire Ferrebouc et les deux inscriptions relevées dans les registres de la Nation de France de l'université de Paris.

 

Bien sûr ces documents, les lettres de rémission, montrent l’accusé sous son meilleur jour mais pourtant ne nient pas les faits.

 

Avec la fin ouverte que fut la disparition de Villon en 1463, on ignore où et quand il mourut, Villon disparut après son départ de Paris en 1463, mais il connut une célébrité immédiate. Ses vers étaient cités, ses ballades, reprises. Dès 1489, il aurait eu à peine 60 ans, ses œuvres furent éditées en caractères gothiques et de nombreuses éditions reproduisirent le texte dans les années qui suivirent.

 

Villon était-il un vrai criminel, ou ne fut il meurtrier que par accident en tuant Philippe Sermoise ? A-t-il fait partie des Coquillards, cette bande de malfaiteurs qui sévissait principalement en Bourgogne et en Champagne au cours des années 1450 ? On sait qu’il connut au moins deux d’entre eux, lesquels finirent au gibet, l’un en 1457, l’autre en 1460.

 

 

Le monde de Villon, c’était le Paris de Charles VII tout juste mis sur le trône par Jeanne D’Arc, Le Paris de la rive gauche avec son université, ses religieux, ses tavernes et ses prostituées, mais aussi de la rive droite avec ses harengères, son cimetière des Innocents, ses sergents et le gibet de Montfaucon.

 

 

 

 

Le Grant Testament (vers 1500), François Villon.
Le Grand Testament (1500) Villon

 

 

Son œuvre n’est pas d’un accès facile : elle nécessite notes et explications. Sa langue, dont certains termes ont disparu ou ont changé de sens, ne nous est pas familière, de même que sa prononciation est différente de l'actuelle, rendant certaines rimes curieuses dans la traduction en français moderne.

 

En 1462, il fut incarcéré pour un vol, puis remis en liberté de justesse, avant d’être à nouveau impliqué dans une rixe. À cause de son passé de délinquant, il fut condamné à la pendaison.

 

«En l'an de [son] trentïesme aage», comme épuisé par cette vie d'aventure, par l'emprisonnement, par la torture et la déchéance, il compose son Testament, une vingtaines de poèmes autonomes.

 

Une poésie qui témoigne de l’ironie constante de son auteur. Ne possédant rien, il fait des legs imaginaires et comiques à ses ennemis.

 

 

À titre d’exemple voici ce que la postérité à appelé le quatrain :

Dans ce petit poème, sans doute écrit alors que, fatigué de vivre et fataliste, Villon qui n'avait pas encore interjeté appel et attendait son exécution, renferme en quatre octosyllabes tout son art, avec face à la mort, son humour et sa vivacité d'esprit, toujours présents. 

 

Je, Françoys, dont il me poise
Né de Paris emprès Pontoise
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise

Je suis François, cela me pèse
Né à Paris près de Pontoise
Et de la corde d'une toise
Mon cou saura c'que mon cul pèse

 

Le quatrain débute par un jeu de mots sur son prénom, "Françoys", qui signifie aussi "Français » : ce double sens est présenté par Villon comme un coup du sort. Le fardeau, c'est sa nationalité. Et pour cause, Robin Daugis, pourtant bien plus impliqué que lui dans l'affaire Ferrebouc, a bénéficié, en tant que savoyard, d'une justice moins expéditive, il fut gracié à l'occasion de la venue à Paris du duc de Savoie.

 

Ensuite, l'inversion de l'ordre hiérarchique entre les villes : Pontoise qui semble prendre le pas sur Paris, n'est pas choisie au hasard ou pour la rime. Le prévôt de Paris qui fit condamner Villon était Jacques de Villiers, seigneur de L'Isle-Adam, dépendant de Pontoise.

 

Enfin, la figure de style faite de la symétrie de "mon col"  et de "mon cul" donne un certain relief au quatrain. 

 

Le tout nous entraîne des deux premiers vers au niveau de langue châtié et au contenu presque administratif, Villon déclinant son identité, aux deux suivants qui dévoilent la plaisanterie et utilisent un langage populaire, voire vulgaire, pour la chute.

 

 

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illusionFrançoisde Moncorbier

FrançoisdeMoncorbier

Françoisvillon

 

 

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Villon

https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A8H0118

https://www.lepoint.fr/culture/5-janvier-1463-francois-villon-est-banni-de-paris-qu-il-aille-se-faire-pendre-05-01-2012-1415456_3.php

http://studium-parisiense.univ-paris1.fr/individus/17421-franciscusferrebouc

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Grand_Testament

https://premierepluie.com/2020/06/13/francois-villon-le-premier-poete-maudit/

 

 

 

 

 

Photos

couverture

François Villon

Par Auteur inconnu — Grand Testament de Maistre François Villon, Paris, 1489, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=341811

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a5/Francois_Villon_1489.jpg/500px-Francois_Villon_1489.jpg

 

François Villon

Par Auteur inconnu — Grand Testament de Maistre François Villon, Paris, 1489, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=341811

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a5/Francois_Villon_1489.jpg/500px-Francois_Villon_1489.jpg

 

les Repues Franches (1480) Villon

Le texte le plus célèbre de la légende Villon : les Repues Franches (vers 1480). Villon devient rapidement le type populaire de l’escroc. Il est représenté ici en clerc, figure rase, cheveux courts, portant le bonnet, insigne du licencié ès arts, et la robe longue. Il tient un livre d’une main et de l’autre une banderole où se lit son nom.

Par Auteur inconnu — Gallica. Catalogue de la Bibliothèque James de Rothschild., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16244586

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/79/Villon16.jpg/500px-Villon16.jpg

 

Le Grand Testament (1500) Villon

Le Grant Testament (vers 1500). L'imprimerie répand l'œuvre de François Villon.

Par François Villon — Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES-Y2-2718 - Gallica, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16248947

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/76/Villon19.jpg/500px-Villon19.jpg

 

 

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