L’illusion Emilienne Normand
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Émilienne Normand (légitimée Émilienne André) fut une comédienne, danseuse de cabaret, et célèbre courtisane française de la Belle Époque.
Ses origines et la spontanéité de ses répliques vaudront à Émilienne le surnom de «gavroche féminin».
Émilienne naquit à Paris 9e le 17 juillet 1870, dans un milieu modeste, fille naturelle de Maria Victoria Normand concierge rue des Martyrs et de père inconnu.
Le 19 avril 1883, sa mère se maria à Paris 8e avec Louis Victor André, 31 ans, sans profession, qui légitima Emilienne Marie, 13 ans, lui donnant son nom. Mariage qui fut dissous en 1992.
Emilienne Marie André fut lancée dans le demi-monde à l'âge de 15 ans en 1885 par Charles Desteuque, surnommé «l’intrépide vide-bouteilles». Ce chroniqueur de la rubrique des «Demi-mondaines» au journal Gil Blas, et nouvellement secrétaire des Folies Bergère, cherchait de nouvelles jeunes femmes à lancer dans les cabarets.
La jeune fille fit ses débuts avec un numéro approximatif de danse sensuelle de dresseuse de lapins au Cirque d'été des Champs-Élysées, en 1889.
Elle prit ensuite un numéro de dressage d'ânes, puis travailla au Théâtre de verdure du bois de Boulogne, Chez Maxim's et dans les théâtres.
En lui prédisant une belle carrière, la prostituée Laure de Chiffreville lui donna son pseudonyme, sûrement en référence à sa tenue de dentelle au point d'Alençon empruntée à sa tante. Elle fut Emilienne d’Alençon.
Émilienne devint célèbre par sa liaison de 1889 à 1892 avec le jeune duc Jacques d'Uzès, rencontré au Cirque d'été, qui lui fit donner des cours de maintien, de langue française et d'histoire dans l'espoir de pouvoir l'épouser.
La famille du duc, en particulier sa mère la duchesse Anne de Rochechouart de Mortemart, s'opposa à ce mariage et l'envoya faire ses faits d'armes au Congo belge où il mourut en 1893.
Mais la liaison fit du bruit dans le Paris de la galanterie et auréola Emilienne d'une réputation de femme irrésistible qui ne la quitta plus!
En 1893, l’année où disparu son premier grand soupirant, elle eut une liaison avec le comédien Emile Celestin Duard futur directeur de l’Odéon et futur mari de Emilienne Dux de la Comédie Française.
Elle était réclamée par les établissements à la mode où elle dansait et jouait la comédie à moitié dévêtue, au Casino de Paris, aux Menus Plaisirs, aux Folies Bergères, à la Scala, aux Variétés. . .
Son numéro d'effeuillage aux Folies Bergère permit à Émilienne d'Alençon de rencontrer de nombreuses célébrités de l'époque, autant d’admirateurs.
Elle eut ensuite des liaisons avec Étienne Balsan, le roi Léopold II de Belgique, le prince de Galles et futur roi d'Angleterre Édouard VII, de 35 ans son aîné, et peut-être même l'empereur allemand Guillaume II.
Elle se fit connaître à l'international par de nombreuses photographies et cartes postales. Le guide Paris-Parisien la décrivait en 1899 comme une «notoriété de la vie parisienne».
Ce furent évidemment ses amants qui assurèrent sa fortune plus que son génie dramatique et musical. Après Jacques d'Uzès, les messieurs firent la queue(façon de parler) au théâtre pour la rencontrer et tenter leur chance. Une chance qui était souvent aussi sûre que le portefeuille était épais.
En 1900 ce fut le tour de l’industriel Jacques Richard Maurice Hennessy.
Parmi ceux qui laissèrent leur nom dans la grande ou la petite histoire, citons Etienne Balsan, passionné de chevaux, riche héritier et futur amant de Gabrielle(Coco) Chanel.
Lors des courses, elle porta fièrement les premiers chapeaux de son amie Coco Chanel, à qui elle fit une publicité efficace, qu'elle avait rencontré par l'intermédiaire d'Étienne Balsan, lequel avait mis en relation l'ancienne et la nouvelle maîtresse.
À l'hippodrome, elle fit la connaissance du jockey Percy Woodland, qu’elle épousa en 1905, en Angleterre, comme l’indique l’article de l’Illustration de mai de la même année.
Bien que de 18 ans son cadet, il devint son mari officiel, une union contractée malgré les relations multiples de la courtisane, notamment sa liaison simultanée avec un autre jockey, George Alexander dit Alec Carter.
Tous ces braves hommes assurèrent la fortune et le renom d'Emilienne. Ce qui ne l'empêcha pas d'aimer aussi les femmes. On lui prêta plusieurs liaisons, avec la poétesse lesbienne Renée Vivien vers 1908, et diverses danseuses des Folies Bergère.
La liaison qui aura le plus de retentissement fut celle qu'elle entretint avec sa rivale en sensualité et en gloire, Liane de Pougy vers 1908. Elle fut commentée par la presse satirique et notamment le Gil Blas!
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Son couple avec Woodland finit par divorcer, Émilienne rejoignit Carter, à Maison Laffitte.
Leur relation fut de courte durée, Alec Carter étant tué au combat, à 27 ans, dès les premières semaines de la Première Guerre mondiale, en 1914, dans le Pas-de-Calais.
En 1918, Émilienne d'Alençon se passionna pour la littérature et écrivit le recueil de poèmes Sous le masque, d'une note mélancolique.
En 1919, elle publia un ouvrage consacré à ses recettes de beauté personnelle sous le titre de Secrets de beauté pour être belle : recueil de conseils utiles et pratiques pour les soins de la femme, suivant son précepte « Être belle, c'est un métier ! ».
Mais, la Belle Époque terminée, commença le déclin d'Émilienne d'Alençon. Elle n'était plus à la mode et ne se remettait pas du décès de son compagnon Alec Carter.
La guerre marqua le changement. Montmartre s'éteignait peu à peu et les artistes migraient vers Montparnasse. Emilienne était passée de mode. Elle chercha dans l’alcool et les paradis artificiels une échappée hors du réel. Elle connut des problèmes de santé et chercha à retrouver des forces sous le soleil de la Riviera.
Après avoir longtemps été entretenue, elle s'endetta à force de dépenses pour ses maîtresses et dans les jeux d'argent.
En 1931, pour éponger ses dettes, Émilienne d'Alençon mit en vente à l'Hôtel Drouot, l'ensemble de ses biens, parmi lesquels une importante collection de veilleuses en porcelaine, son précieux mobilier décoré de plaques de porcelaine et ses paravents de soie peinte.
Les acheteurs furent nombreux car Emilienne avait un goût très sûr pour les belles choses. Les acheteurs achetèrent sans remort. Pas de sentiments dans les affaires.
Elle s'installa à Nice, pour y finir ses jours.
Sous le soleil du midi, Emilienne a regardé sans complaisance ni culpabilité les splendeurs et misères de sa vie. . .
Une sensualité qui avait attiré les hommes, qui ne voyaient le plus souvent en elle que la courtisane. Des abeilles qui continuèrent à butiner d'autres fleurs quand la rose fut flétrie!
Émilienne Normand (légitimée Émilienne André) dite Émilienne d'Alençon, oubliée, mourut à Monte-Carlo (Monaco) le 14 février 1945 à 74 ans.
Elle fut considérée avec Liane de Pougy et Caroline Otero comme l'une des Trois Grâces de son temps!
Nombreuses sont les cartes et les photos de la Belle Epoque qui ont gardé l'image d'une des femmes qui fit tourner les têtes, nourrit bien des fantasmes et prit dans les filets de son charme et de sa sensualité quelques uns des princes de ce monde!
Si les chroniqueurs mondains influaient considérablement sur la notoriété des "grandes horizontales", ce furent les photographes qui leur assurèrent un succès international : la diffusion des portraits photographiques, fut d’autant plus indispensable pour les demi-mondaines qui, à défaut d’un véritable talent, misaient tout sur leur beauté.
Les séductrices de toutes les époques ont besoin d’une foule d’admirateurs anonymes qui, en collectionnant les reproductions de leurs portraits photographiques, contribuent à accroître leur renommée.
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sources
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89milienne_d%27Alen%C3%A7on
https://www.montmartre-secret.com/2019/01/emilienne-d-alencon.html
Article du "Le Temps" du 12/11/1916
Gabriella ASARO, « Splendeurs et misères d’une courtisane : Émilienne d’Alençon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 06/07/2026.
https://histoire-image.org/etudes/splendeurs-miseres-courtisane-emilienne-alencon
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couverture
Émilienne d'Alençon.
Album Reutlinger
Par Jean Reutlinger — Cette image provient de la bibliothèque en ligne Gallica sous l'identifiant ARK btv1b85969067/f42.item, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=78255743
Émilienne Normand (légitimée Émilienne André) dite Émilienne d'Alençon.
Album Reutlinger
Par Jean Reutlinger — Cette image provient de la bibliothèque en ligne Gallica sous l'identifiant ARK btv1b85969067/f42.item, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=78255743
Émilienne d'Alençon.
Photographie de Nadar.
Par Nadar — scan de Nossa História, ano 3, nº 26, dez. 2005, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3440797
Percy Woodland et, Émilienne d’Alençon, mai 1905
Bien connu sur les hippodromes Percy Woodland, le célèbre jockey d’obstacles, et Mlle Emilienne André. . . [qui] s’appelat Mlle d’Alençon. Le code des courses peu galant, l’a dépossédée de son pseudonyme. Peu importe puisqu’elle sera dans quelques jours, très légalement, Mrs Woodland.
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40452547q
Relation : Négatif d'une photographie parue dans"L'Illustration (Paris. 1843-1944)" = ISSN 0246-9251, 1905 : ark:/12148/bd6t51422189d/f13
Format : 1 photogr. nég. sur verre ; 9 x 12 cm (sup.)
image/jpegRéférence bibliographique : Rol, 2272
Collection numérique : Photographies de l'Agence RolDescription : Image de presse
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/btv1b6910800w
Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (19)
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