Illusions dans l’art, Jeanne-Catherine Gaussem

par Jean Marie Champeau 24 Août 2026, 02:00 théâtre

 

 

 

L’illusion Jeanne-Catherine Gaussem

Mademoiselle Gaussin. Détail de la peinture attribuée à Jean-Marc Nattier (1685-1766).


 

Jeanne-Catherine Gaussem fut une actrice de la Comédie française de la fin du 17e siècle et du debut du 18e.

 

 Jeanne-Catherine naquit le 25 décembre 1711 à Paris dans une famille modeste mais dans le sérail, d'un père au service de l’acteur Baron et d’une mère ouvreuse à la Comédie.


 

Jeanne-Catherine Gaussem n’a pas "choisi" son pseudonyme, la transformation de Gaussem en Gaussin s’inscrit dans une tradition du 18e siècle où les acteurs adaptaient souvent leur nom pour le rendre plus harmonieux ou mémorable sur les affiches et dans les cercles littéraires.

 

Elle adopta le nom de scène Mademoiselle Gaussin dès le début de sa carrière théâtrale professionnelle. Elle utilisa ce nom de scène à partir de ses premiers engagements en province.

 

Son goût et ses talents pour la comédie se déclarèrent de bonne heure, et par son jeu, ainsi que par sa beauté, elle avait déjà fait les délices de la société du duc de Gesvres qui donnait des spectacles à Saint-Ouen, lorsqu’à l’âge de dix-sept ans environ elle partit pour Lille, où elle tint l’emploi des jeunes princesses dans la tragédie, et celui des amoureuses de la comédie pendant environ deux ans.

 

Ses succès dans cette ville la firent désirer à Paris, où elle débuta à 19 ans à la Comédie-Française le 11 décembre 1730 dans le rôle de Tullie, dans Brutus, tragédie de Voltaire, puis le 28 avril 1731 dans le rôle de Junie dans Britannicus, et dans celui d'Agnès de L'École des femmes. Elle parut avec succès sur la scène dans les rôles d'Andromaque, d'Iphigénie, et de Bérénice.

 

Adulée à ses débuts par Voltaire, elle était douée d’une voix charmante dont le son allait au coeur et elle possédait un regard qui, selon l’expression de l’écrivain Jean-François Marmontel, avait dans les larmes un charme inexprimable, devenant rapidement l’idole du public et pouvant jusqu’à un âge avancé jouer les jeunes amoureuses grâce à son air de candeur et d’ingénuité.

 

Ses dispositions parurent si grandes qu’après avoir joué le 24 juillet 1731 à Fontainebleau le rôle de Chimène, elle fut reçue le 28, 111e sociétaire, et parut bientôt si supérieure à Mlle Labat qui remplissait les mêmes rôles depuis dix ans, que celle-ci fut forcée de se retirer à la clôture de 1733.

 

Sa beauté touchante et sa sensibilité émurent Voltaire qui lui confia le rôle-titre de Zaïre à la création de la pièce. Ce fut le commencement de sa réputation. À dater du mercredi 13 août 1732, jour de la première représentation de cette pièce, Mlle Gaussin fut généralement regardée comme une actrice du premier ordre, par les éloges dont elle fut comblée par Voltaire, enchanté de la sensibilité touchante qu’elle y déploya, ainsi que du charme qu’elle avait su répandre sur tout son rôle.

 

Elle créa plusieurs rôles dans les tragédies et comédies de Voltaire, et des grand auteurs de l’époque. Son interprétation de Bérénice provoqua un véritable engouement.

 

Les succès de Mlle Gaussin dans la comédie furent encore plus brillants que ceux qu’elle obtint en jouant les jeunes princesses tragiques ; personne surtout ne s’avisa de vouloir la rivaliser.

 

L’actrice qui jouait avec un succès égal Sophilette dans La Magie de l’amour, Clarice dans Le Consentement forcé, et autres rôles de l’emploi des amoureuses ingénues qu’aucune actrice n’avait encore rempli avec la même supériorité, on put dire, que cette actrice méritait d’être placée au premier rang.

 

Elle fut l'une des rivales de Mademoiselle Clairon.

 

Mlle Gaussin savait allier les talents qui semblent les plus incompatibles. Lorsqu’elle voulait bien déroger au genre noble, elle ne montra pas moins de talent dans la comédie.

 

On l’a vue, pour se prêter aux amusements de quelques sociétés, jouer des personnages grotesques, tels que celui de Cassandre dans plusieurs parades, avec un succès très étonnant.

 

Elle était aussi bonne que jolie. Son âme compatissait à toutes les souffrances, et s’imposait le devoir de les consoler. Ses yeux faisaient beaucoup de victimes, mais ces victimes ne languissaient pas longtemps.

 

Mlle Gaussin.
Mlle Gaussin

 

La toile baissée, on ne songeait plus guère qu’à la Gaussin ; c’est à la Gaussin que les gentilshommes, les financiers, allaient porter leurs hommages.

 

Mais capricieuse et un peu folle, elle n’écoutait guère que sa fantaisie ; il lui arrivait de négliger un grand financier pour un petit clerc ; et ce qu’elle recevait de la magnificence du duc de Richelieu, fils du petit-neveu du célèbre ministre de Louis XIII, passait bien souvent dans la poche d’un poète besogneux.

 

Tous ceux qui l’approchaient étaient sous le charme. On prétend même que son charbonnier en devint éperdument amoureux. L’infortuné languissait. Mlle Gaussin sécha ses larmes et lui rendit la santé.

 

Elle n’était pas avare, jamais l’intérêt ne la fit agir.

 

Mais quand la fatigue et le temps eurent imprimé leurs stigmates sur son visage et terni l’éclat de ses yeux, le vide se fit autour d’elle, et un silence glacial remplaça les madrigaux et les épîtres.

 

À cinquante ans, elle jouait encore, avec le plus grand succès, le rôle de Lucinde dans L’Oracle, et elle en avait cinquante-deux lorsque Collé lui confia celui de Marianne dans Dupuis et Desronais, le dernier qu’elle ait joué d’original.

 

Depuis la fin de 1745, en effet, et jusqu’en 1763, date de sa retraite, elle créa vingt-quatre rôles et ne reçut que fort peu d’éloges et de rares encouragements.

 

 

Elle sacrifia beaucoup à l’amour ; elle eut les amants les plus illustres, et n’en devint pas plus riche, ayant constamment préféré le plaisir à l’intérêt. Quand on lui reprochait son extrême facilité, elle répondait naïvement : «Que voulez-vous ? cela leur fait tant de plaisir, et cela me coûte si peu !»

 

Ce mot fit fortune et se répandit de manière à être généralement connu. Aussi, lors de la première représentation de La Force du naturel, comédie de Destouches, jouée en 1750, le public ne put-il s’empêcher de rire lorsqu’il entendit que l’on disait d’une jeune fille dont Mlle Gaussin jouait le rôle dans cette pièce :

 

C’est un pauvre mouton :
Je crois que de sa vie elle ne dira non.

 

On a conté souvent l’histoire de ses amours avec le fermier général Bouret, qu’elle avait passionnément aimé avant qu’il n’eût fait fortune. Un jour, au milieu des plus folles ivresses, il lui avait donné un blanc-seing. Devenu prodigieusement riche, et craignant l’usage qu’elle en pouvait faire, il alla la trouver, balbutia, réclama en tremblant son billet. Mlle Gaussin le tira de ses tablettes et le remit à son ancien adorateur. Bouret se jeta dessus et lut avidement. Au-dessus de la signature, la comédienne avait tout bonnement écrit : «Je jure d’aimer Gaussin toute ma vie.» Et Bouret de fondre en larmes.

 

 

 

 

Mademoiselle Gaussin. Gravure réalisée d’après l’oeuvre de Jean-Marc Nattier (1685-1766).
Mademoiselle Gaussin.


 

Elle épousa le 29 mai 1759 un danseur de l’Opéra, plus jeune qu’elle et nommé Marie-François Taolaïgo ; Ce mariage de ces deux être mal assortis contribua à jeter de la mélancolie sur les derniers jours de l’actrice.

 

On prétend qu’il se comportait avec sa femme comme le Médecin malgré lui (*1) avec la sienne ; heureusement pour Mlle Gaussin, il mourut le 1er mars 1765 dans la terre de Labzenay en Berry, qu’il avait achetée et dont il portait le nom.

 

Jeanne-Catherine Gaussin, devenue libre, s’enferma dans une petite habitation dont elle était propriétaire, à La Villette, avec la pension de quinze cents livres qui composait la majeure partie de sa fortune.

 

Elle passa ainsi dans l’isolement le reste de son existence.

 

Jeanne-Catherine Gaussem ou Marie-Madeleine, dite Mlle Gaussin, mourut le 2 juin 1767 à Paris, dans sa 55e année.

 

L’abandon dans lequel on laissa la comédienne durant les dernières années de sa vie lui avait inspiré de salutaires réflexions sur la fragilité des affections humaines.

 

Elle chercha dans les bras de la religion les saines joies de l’âme, que la terre avait été impuissante à lui donner.

 

Un sermon du prieur de La Villette, rapporta une feuille de l’époque, avait si vivement impressionné Jeanne qu’elle avait résolu de vivre désormais dans la pénitence.

 

 

 

 

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(*1) Acte I du Médecin malgré lui : Une dispute éclate entre Sganarelle et Martine, son épouse, qui se termine par une bastonnade appliquée par le mari à sa femme. L'arrivée de M. Robert, un voisin venu réconcilier les époux, met un terme à la dispute, Sganarelle et Martine se retournant contre lui. . .

 

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Jeanne-CatherineGaussem

 

 

sources

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7908

https://www.comedie-francaise.fr/fr/artiste/mlle-gaussin#

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoiselle_Gaussin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_M%C3%A9decin_malgr%C3%A9_lui

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Marmontel

 

 

 

 

 

 

Photos

Mademoiselle Gaussin. Détail de la peinture attribuée à Jean-Marc Nattier (1685-1766).

Galerie de la Comédie-Française

https://www.france-pittoresque.com/IMG/jpg/mademoiselle-gaussin-3.jpg

 

Mlle Gaussin

https://i.servimg.com/u/f52/19/51/71/19/tzolz259.jpg

 

Mademoiselle Gaussin. Gravure réalisée d’après l’oeuvre de Jean-Marc Nattier (1685-1766)
et publiée dans Les femmes du temps passé d’Arsène Houssaye (1863)

https://www.france-pittoresque.com/IMG/jpg/mademoiselle-gaussin-2.jpg

 

 

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