Illusions dans l’art, Margaretha Zelle

par Jean Marie Champeau 4 Septembre 2026, 02:00 théâtre

 

 

L’illusion Margaretha Zelle

Mata Hari en 1910.


 

Margaretha Geertruida Zelle fut une danseuse et courtisane néerlandaise du 19e siècle.

 

Margaretha naquit le 7 août 1876 à Leeuwarden en Hollande, elle était la fille d’Adam Zelle, un riche marchand de chapeaux et de capes néerlandais, et d’Antje van der Meulen. Elle était l’aînée de la famille, elle eut trois frères.

 

Appelée familièrement M’greet ou Grietje, la jeune Margaretha avait un teint basané au point d’être souvent prise pour une moyen-orientale, bien que sa généalogie ne mentionne aucune origine étrangère à la Hollande,

 

Il est possible qu'elle ait en partie inventé un personnage de femme javanaise afin de justifier son faciès particulier et ne pas élever les soupçons de judéité, en raison de l'antisémitisme de l’époque.

 

 

En 1889, l’entreprise de son père fit faillite ; ses parents se séparèrent en septembre 1890 et sa mère mourut huit mois plus tard en 1891. Déchu de son autorité parentale, son père dut accepter qu’elle soit placée chez un oncle, négociant à La Haye qui la fit entrer dans le pensionnat le plus huppé de la région, où elle commença à s’inventer un passé glorieux.

Lors de ses études à Leyde pour devenir institutrice, elle fut renvoyée de l’école à la suite d’un scandale impliquant une liaison avec le directeur, qui perdit aussi sa place.

 

Margaretha commença à comprendre l’emprise qu’elle pouvait avoir sur la gent masculine.

 

À 18 ans, le 11 juillet 1895, à la suite d’une annonce matrimoniale, elle se maria avec un officier de la marine néerlandaise de dix-neuf ans son aîné, Rudolf MacLeod, avec qui elle partit vivre aux Indes néerlandaises, où le capitaine MacLeod était nommé chef de garnison dans l’est de l’île de Java. Comme c’était l’usage des femmes européennes à l’époque, elle s’habilla à la javanaise, parlait un peu le javanais, apprit la danse javanaise. C’est à cette occasion qu’elle choisit le pseudonyme de Mata Hari, signifiant, littéralement "œil du jour" en malais.

 

Le couple eut deux enfants, Louise-Jeanne et Normand-John, qui furent empoisonnés. Seule Louise-Jeanne survit, mais le drame brisa le couple.

 

En 1902, de retour à La Haye, elle divorça de son mari, un homme violent et alcoolique.

 

Elle obtint la garde de sa fille et une pension alimentaire, qui ne lui fut jamais versée, et son ex mari enleva sa fille.

 

En novembre 1903, à l’âge de 27 ans, elle fit une arrivée peu remarquée à Paris. Jouant sur le patronyme écossais de son mari, elle se fit appeler "Lady MacLeod" et, pour survivre, se fit entretenir par les hommes, devenant une cocotte, un terme utilisé dans le Paris de la Belle Époque, pour désigner une femme entre la courtisane et la prostituée,

 

Début 1905, elle se fit embaucher en tant qu’écuyère dans le "Nouveau cirque" d’Ernest Molier, qui lui proposa d’évoluer en danseuse dénudée ; elle commença dès lors à composer son rôle de danseuse orientale.

 

Le 13 mars 1905, Émile Guimet, orientaliste fortuné et fondateur du musée du même nom, l’invita à venir danser dans la bibliothèque du musée, transformé pour l’occasion en temple hindou. Elle y triompha sous les apparences d’une princesse javanaise habillée d’un collant couleur chair, se dénudant progressivement, dans un numéro de danseuse érotique exotique sous son nom de danseuse, Mata Hari.

 

Très grande (1,75 m), élancée, avec une peau mate sous une chevelure de jais, un regard ténébreux et une bouche sensuelle, elle séduisit son public.

 

Devant le succès du spectacle parisien, Gabriel Astruc devint son imprésario pendant dix ans, faisant jouer la troupe en août 1905 à l’Olympia puis à travers toute l’Europe.

 

Son numéro d’effeuillage, sous prétexte de danse orientale fit d’elle une égérie de la Belle Époque, une femme moderne qui "levait le tabou de la nudité". Il fut diffusé, de nombreuses cartes postales, de photos où elle posait à demi nue, alors que sa poitrine peu fournie était masquée par des cupules de bronze ornées de bijoux.

 

 

Elle aidait les échotiers à créer autour de sa personne une légende. Son père aurait été baron, elle serait une "princesse javanaise", prétendant avoir été initiée dès l'enfance aux danses sacrées hindoues et au culte de Shiva.

 

Ce personnage exotique lui permit de devenir une danseuse et courtisane très convoitée, fréquentant l'élite militaire et politique européenne. La légende la dépeignit comme une "femme fatale" mégalomane et insouciante, capable de soutirer des secrets d'État au lit de ses amants. Cette image fut amplifiée après sa mort pour en faire le symbole de l'espionne séductrice et dangereuse.

 

Mata Hari en 1906.
Mata Hari en 1906

 

Couronnée d’aigrettes et de plumes, elle se produisait d’une capitale à l’autre, guettée par les échotiers qui comptaient ses chapeaux, ses chiens, ses fourrures, ses bijoux et ses amants.

 

Elle était aussi une courtisane qui se préoccupait très peu de la nationalité de ses conquêtes.

 

Parmi ceux-ci figura notamment le lieutenant allemand Alfred Kiepert avec qui elle resta plusieurs mois à Berlin - cette liaison lui fut vivement reprochée lors de son procès.

 

Alfred Kiepert était un officier de cavalerie très riche, qui avait fourni à Mata Hari un logement luxueux et l'avait introduite dans l'aristocratie militaire prussienne, l'accompagnant même comme observatrice aux manœuvres militaires en Silésie en 1906.

 

Personnalité flamboyante, elle s’inventait un personnage et une histoire. En 1907 : endettée, elle fut réduite à des rôles peu reluisants dans des spectacles non plus mondains mais populaires, allant jusqu’à se prostituer dans des maisons closes.

 

 

En 1910 et 1911, après avoir atteint le sommet de la célébrité à Paris, elle séjourna au château de la Dorée à Esvres, qui était est loué à la comtesse de La Taille-Trétinville par son amant de l’époque le banquier Xavier Rousseau.

 

Après l’année de leur rupture en 1912, elle dépensait beaucoup.

 

En 1915, elle vendit son hôtel luxueux de Neuilly et loua une modeste maison à La Haye. Elle y reçut la visite du consul d’Allemagne Carl H. Cramer, qui était intéressé par cette femme polyglotte introduite auprès des milieux du pouvoir et qui lui proposa de rembourser ses dettes en échange de renseignements stratégiques pour l’Allemagne, en retournant à Paris.

 

 

Elle s’éprit vers la fin 1916 à Paris d’un capitaine russe au service de la France dénommé Vadim Maslov, un fils d’amiral couvert de dettes. Blessé au front, il était soigné dans un hôpital de campagne près de Vittel. Elle réalisa des démarches pour un laissez-passer à destination de cette infirmerie du front. C’est dans ces circonstances qu’elle rencontra le capitaine Georges Ladoux, chef des services du contre-espionnage français, le 2 septembre 1916, ce dernier pouvant faciliter l’obtention du laissez-passer.

 

Comme Cramer quelques mois plus tôt, il l’invita à mettre ses relations internationales, son don des langues et ses facultés de déplacement au service de la France. Elle accepta contre une importante rémunération qui ne fut jamais versée, d’aller espionner le Haut commandement allemand.

 

En tant que ressortissante des Pays-Bas, elle pouvait franchir librement les frontières car son pays natal étant resté neutre durant ce conflit.

 

Pour éviter les combats, elle comptait rejoindre la Belgique via l’Espagne. Elle fut interrogée lors d’une escale involontaire à Falmouth par Basil Thomson des services britanniques, à qui elle révèéla son appartenance aux services secrets français.

 

Après un séjour en Belgique où elle aurait reçu une formation au centre de renseignements allemand d’Anvers par Fräulein Doktor Elsbeth Schragmüller, elle embarqua finalement le 24 mai 1916 pour l’Espagne, où elle fréquenta de nombreux membres des services secrets, comme Marthe Richard, toutes les deux étant sous le commandement du colonel Denvignes alors sur place.

 

 

 

 

Mata Hari, le jour de son arrestation.
Mata Hari, le jour de son arrestation


 

En janvier 1917, l’attaché militaire allemand à Madrid, le major Kalle, que Mata Hari avait tenté de séduire en se faisant passer pour l’espion allemand du nom de code H-21, transmit un message radio à Berlin, décrivant les activités de H-21.

 

 

Les services secrets français interceptèrent le message. Aussi étrange que cela puisse paraître, les Allemands chiffrèrent le message avec un code qu’ils savaient connu des Français et avec des informations suffisamment précises pour identifier sans peine Mata Hari, laissant penser que le but du message était que, si elle travaillait effectivement pour les Français, ceux-ci pourraient démasquer sa double identité et la neutraliser.

 

 

Que ce qu’elle disait fût ou non des affabulations, Mata Hari se retrouva au milieu de services secrets en pleines manœuvres de manipulation et d’intoxication de part et d’autre.

 

 

Des télégrammes chiffrés interceptés établirent, et elle le reconnut, que le consul allemand aux Pays-Bas lui avait versé 20 000 francs.

 

Six semaines après son retour en France pour rejoindre son amant Vadim Maslov, le contre-espionnage français fit une perquisition dans sa chambre de l’hôtel Élysée Palace sur les Champs-Élysées.

À la suite de cette perquisition, le 13 février 1917, elle fut arrêtée par le capitaine Pierre Bouchardon.

Accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne dans le cadre d’une enquête sommaire, Mata Hari passa du statut d’idole à celui de coupable idéale dans une France traumatisée par la guerre et dont l’armée venait de connaître d’importantes mutineries après l’échec de la bataille du Chemin des Dames.

 

Elle fut condamnée à mort pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre

 

Margaretha Geertruida Zelle dite Grietje Zelle, connue sous le nom de Mata Hari, mourut exécutée le 15 octobre 1917 à Vincennes, fusillée pour espionnage pendant la Première Guerre mondiale, elle avait 40 ans.

 

Selon certains historiens, Mata Hari était une "cocotte" naïve et vénale manipulée par les services secrets. Le chef des services du contre-espionnage français Georges Ladoux avait engagé de tels frais qu’il n’aurait jamais voulu avouer qu’il a avancé de telles sommes pour une simple courtisane.

 

Le procès scellé de Mata Hari et d’autres documents connexes, soit un total de 1.275 pages, ont été déclassifiés par l’armée française en 2017, cent ans après son exécution.

 

L'analyse des archives montrerait que Mata Hari aurait été victime d'un procès falsifié pour servir la "campagne antiboche" et renforcer le moral d'une France traumatisée par la guerre et les mutineries de 1917.

 

Plusieurs éléments accréditent cette théorie. La description précise de la courtisane par les allemands dans un code qu’ils savaient décriffré par les français. Des membres du contre-espionnage français auraient délibérément menti sous serment.

 

Un témoignage capital d'un ancien membre des services secrets allemands, recueilli en 1936 et corroboré par les dossiers, affirme : « Toute l'histoire des télégrammes déchiffrés par vous fut truquée depuis le début… Nous lançâmes la danseuse dans un traquenard, préférant qu'elle fût fusillée par vous que par nous. » Les Allemands ont ainsi utilisé la procédure française pour éliminer un agent double potentiel sans avoir à agir directement.

 

Sur la base de ces nouveaux éléments tirés des dossiers déclassifiés, une demande de révision du procès a été déposée le 15 octobre 2001 auprès de la ministre de la Justice par la fondation néerlandaise Mata Hari et la ville de Leeuwarden.

 

À ce jour, la décision de saisir la Cour de cassation pour enclencher officiellement le processus de révision repose sur l'appréciation du ministre de la Justice, seul habilité à le faire lorsque les descendants du condamné ne sont pas à l'origine de la demande.

 

 

 

 

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sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mata_Hari

https://hazelstainer.wordpress.com/tag/rudolf-macleod/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Molier

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Guimet

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Astruc

https://gw.geneanet.org/garric?lang=en&p=xavier&n=rousseau

https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-vadim-masloff-l-amour-mortel-de-l-espionne-mata-hari-1444a81c-b6f7-11ec-91b4-4cb12076d3f2

https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Ladoux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Basil_Thomson

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bouchardon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elsbeth_Schragm%C3%BCller

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marthe_Richard

https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/mata-hari

Mata Hari : Le dossier secret du conseil de guerre publié en 2001 par les Éditions Italiques.

 

 

 

 

 

Photos

couverture

Mata Hari en 1910.

Par Auteur inconnu — scan from a magazine, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3249204

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Mata Hari en 1910.

Par Auteur inconnu — scan from a magazine, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3249204

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fb/Mata-Hari_1910.jpg/1920px-Mata-Hari_1910.jpg

 

Mata Hari en 1906.

Par Stanisław Julian Ignacy Ostroróg — NRC Webarchive page Webarchive imageScanned from "Moed en overmoed : leven en tijd van Mata-Hari" ISBN 9789045035123, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=68329016

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7f/Mata_Hari_%285116%29.jpg

 

Mata Hari, le jour de son arrestation.

Par not named — scan from a magazine, caption said it's in the collection of Fries Museum, Leeuwarden, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7498839

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bd/Mata_Hari_on_the_day_of_her_arrest_13-2-1917.jpg/1920px-Mata_Hari_on_the_day_of_her_arrest_13-2-1917.jpg

 

 


 

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