Les illusions dans la guerre, 39-45, Hedy Lamarr sème la panique

par Jean Marie Champeau 6 Juin 2021, 20:04 application guerre

39-45, Hedy Lamarr sème la panique

 

William J. Donovan

À l'été 1943, l'Office of Strategic Services des États-Unis (OSS) commençait à produire ses premières créations. Seulement deux ans plus tôt, le service avait été monté à partir de rien par William J. Donovan, que l’on appelait par son surnom "Wild Bill" quand il était joueur de football à l'Université Columbia.


Donovan avait personnellement recruté des centaines d'agents, dont un grand nombre d'hommes d’âge mur qu'il appelait affectueusement « mes cheveux gris ».

Affectés à la Division Recherche, c’étaient des inventeurs, scientifiques, géographes, psychologues et anthropologues. Leur travail consistait à concevoir des armes et des gadgets pour tromper l'ennemi.     

Un gadget

L’équipe a conçu un gadget particulièrement innovant, émettant un fort bruit d’explosion.
L’objet est devenu réalité, après qu'un agent de l'OSS ait été piégé dans l'hôtel Adlon à Berlin, et qu’il ait réussi à s'échapper de justesse. Après coup, l’agent fit remarquer qu’il aurait donné n'importe quoi s’il avait pu créer la panique dans le hall bondé de l’hôtel pour faciliter sa fuite.


La réponse du service à la suggestion de l'agent était Hedy, le gadget ainsi nommé parce que l’actrice la plus célèbre des années 40, Hedy Lamarr déclenchait la cohue parmi les hommes partout où elle passait.

 

Hedy Lamarr, la plus femme du monde des années 40.

Hedy Lamarr, née Hedwig Kiesler à Vienne était une actrice naturalisée américaine et, à l’époque, considérée comme la "plus belle femme du monde".
Elle semblait être la définition même du mot par sa beauté classique et sensuelle. Son regard vert et ses cheveux noirs ensorcelaient les foules figurant l'archétype de la femme fatale.
Lors des projections, le public attendait toujours le moment où le réalisateur montrait en gros plan le profil parfait d'Hedy Lamarr.


                                                 
Le gadget Hedy était un pétard qui, lorsqu'une petite boucle de fil était tirée, déclenchait le bruit de la chute d’une bombe se terminant par un bang assourdissant.

C'était inoffensif, mais en activant Hedy, un espion pouvait avoir une chance de s'échapper au milieu de la cohue.

Des gadgets pour espions.

 

Booooom

 

Le 28 août 1943, Stanley P. Lovell, le chef du service recherche de l’OSS, a été invité à faire la démonstration de plusieurs des gadgets que son groupe avait mis au point, devant les chefs d'état-major interarmées au nouveau Pentagone à Washington. 

Il a montré plusieurs dispositifs diaboliques, puis a commencé à expliquer le besoin et l'utilisation de Hedy Lamarr. En cachette des officiers étoilés, il activa un Hedy et le laissa tomber négligemment  dans une poubelle en métal à proximité, tout en continuant à parler.

Soudain, Hedy a interrompu l'orateur en diffusant son bruit de bombe en chute libre jusqu’à l’explosion finale. Les généraux et les amiraux se sont précipités vers la porte unique de la pièce dans une grosse bousculade. 

 

Lovell n'a plus jamais été invité à organiser une manifestation pour les chefs d'état-major interarmées. Mais un grand nombre d'Hedys ont été envoyés sur le terrain où, Lovell l’apprendra plus tard, ils ont réellement sauvé la vie d’un certain nombre d’espions piégés, quand les ravisseurs ont été trompés par le petit appareil nommé d'après la Star d’Hollywood.
   

L’invention de Hedy

En appelant leur gadget explosif du nom de l’actrice glamour la plus célèbre de son temps, les concepteurs du dispositif n’imaginait pas le baptiser du pseudonyme d’une collègue, ou bien, peut être, l’un des chercheurs a-t-il eu connaissance de ce qui va suivre.

 

En effet, si Hedy Lamarr, née Hedwig Kiesler était un tête bien faite, c’était aussi un tête bien pleine car elle aussi, inventait des dispositifs militaires, motivée qu’elle était, d’aider les Etats-Unis qui l’avaient accueillie quand elle avait fuit l’Autriche annexée au grand Reich.

Hedy avait pris connaissance des technologies de différentes armes, dont celles de systèmes de contrôle de torpilles, lorsqu'elle était mariée, en 1933 à Friedrich Mandl, un très important fabricant d'armes autrichien.            
                                                       
De ses conversations avec son ami le compositeur d'avant-garde George Antheil, antinazi passionné comme elle, naît l'idée d'une invention. Il s'agit d'un principe de transmission de signaux,  a étalement de spectre par saut de fréquence (FHSS ou frequency-hopping spread spectrum). Ce principe a inspiré le système d'étalement de spectre à séquence directe (DSSS), utilisé dans les transmissions hertziennes modernes.                                                                                                                                             

 

brevet déposé par Hedy Lamarr et George Antheil

Le 10 juin 1941 Hedwig Kiesler, sous le nom de Hedy Kiesler Markey alias Hedy Lamarr, et George Antheil, décident de déposer le brevet de leur « système secret de communication ». Ils rendent cette invention immédiatement libre de droits pour l'Armée des États-Unis.

Usant de sa célébrité, Hedy a approché la défense américaine pour proposer son invention, mais l’armée jugea l’idée infaisable à l’époque. 


En 1959, le brevet du saut de fréquence est déclassifié. Un ingénieur militaire le découvre par hasard et décide de faire usage de cette technologie révolutionnaire dont le principe est encore utilisé de nos jours par le GPS, le Wi-Fi et les liaisons militaires chiffrées.

                                                          

Il aura fallu attendre 2017 pour que toute l’histoire de la vie réelle d’ Hedy Lamarr soit rendue publique.


L’invention est enfin reconnue mais ce n’est qu’en 1997 que les Etats-Unis ont remercié Hedy Lamarr pour son travail. Trop tard pour Hedy qui aura vécu toute sa vie avec la souffrance de ne pas être reconnue pour son génie, elle décédera en 2000, dans un relatif anonymat.

On peut dire que Hedy Lamarr aura sauvé des vies de deux façons. D’une part, à son époque de gloire, grâce à sa beauté en inspirant le nom d’un gadget d’espion permettant de se tirer d’un mauvais pas, d’autre part en inventant un procédé de transmission indéchiffrable qui lui aura survécu.

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